Frantz Mars loue la beauté de la langue
Selon Frantz Mars, professeur de français retraité du Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys à Montréal, les ouvrages haïtiens défendent des causes politiques et sociales.
C’est une littérature engagée qui témoigne de la douleur, des difficultés et de la lutte de l’Haïtien afin qu’il trouve sa place non seulement en Haïti, mais dans le monde entier ,
affirme-t-il.
« Haïti m’a donné tant de choses qu’elle n’a pas encore reçues de moi. Je garde toujours espoir de retourner dans mon pays natal un jour pour lui rendre la pareille. »
M. Mars, dont la fierté haïtienne ne s’éteint pas avec le temps, est complètement emballé par l’œuvre poétique Les dix hommes noirs d’Etzer Vilaire.
C’est l’histoire de dix jeunes Haïtiens qui en ont assez de l’état du pays et de la vie
, raconte M. Mars.
Il s’agit d’un recueil de poèmes, parmi les classiques haïtiens remplis de métaphores et de métonymies, qui mérite, selon lui, d’être lu par la jeunesse d’aujourd’hui pour son écriture fluide.
Le coup de cœur de la professeure Marlène Rémy Thélusma
Pour Marlène Rémy Thélusma, professeure de sciences sociales nouvellement retraitée du Collège Boréal à Toronto, le 18 mai est une date importante dans le temps marquant le début de la liberté intellectuelle pour le peuple noir.
Libérés de l’esclavage, les Haïtiens ont pu aller à l’école et apprendre à écrire
, explique-t-elle. Ainsi, on a commencé à souligner l’existence des intellectuels, des poètes.
« Je considère le 18 mai comme étant la première pierre posée dans l’édifice de la libération des esclaves noirs. »
Dans le cadre du 220e anniversaire du Bicolore haïtien, la professeure en sciences sociales suggère d’ailleurs la lecture du roman Le livre d’Emma de Marie-Célie Agnant, qui a été nommée 10e poète officielle du Parlement du Canada.
Elle est une grande dame et écrivaine
, lance Mme Thélusma. C’est sa franchise et la simplicité avec lesquelles elle écrit pour permettre à tout un chacun qui lit ses livres de comprendre que je trouve extraordinaires
.
Le 18 mai inspire à Mme Thélusma autant de fierté que de nostalgie en raison de la crise socio-politique qui sévit en Haïti.
Cette année, je commémore le drapeau haïtien, car dans l’état qu’est notre pays aujourd’hui, on ne peut pas parler de célébration
, exprime-t-elle.
Heureusement, le monde littéraire haïtien est une façon, selon elle, de voir Haïti autrement, d’un œil plus joyeux.
L’œuvre dont Gabriel Osson suggère la lecture
Quant à Gabriel Osson, écrivain canado-haïtien vivant à Toronto et retraité du ministère de l’Éducation de l’Ontario, il présente le recueil de poèmes intitulé Amours jaunies suivi de Miscellanées de l’auteure Elsie Suréna, établie à Hearst en Ontario.
« Un ouvrage qui figure parmi les finalistes 2023 du prix littéraire Alain-Thomas dévoilé lors du dernier Salon du livre de Toronto », explique M. Osson.
À sa lecture, j’ai pris plaisir à découvrir un petit recueil très simple où la poétesse dédie un hymne à l’amour en plusieurs tons et sous plusieurs jours
, raconte-t-il.
« Le drapeau haïtien démontre la force d’esprit qui animait le peuple. »
M. Osson, qui écrit depuis plusieurs années et qui fait des tournées dans les écoles, trouve que la littérature haïtienne n’est pas assez mise de l’avant dans les universités canadiennes.
Comme piste de solution, l’homme de lettres franco-ontarien pour qui le 18 mai a marqué la coupure entre l’esclavage en Haïti et la période de l’indépendance
suggère d’inviter davantage d’auteurs de la communauté haïtienne à aller à la rencontre des jeunes dans les écoles et les universités
Le livre que Jude Mary Cénat aurait aimé écrire
Jude Mary Cénat, professeur agrégé à l’École de psychologie de l’Université d’Ottawa a particulièrement été frappé par le roman Un mur à crever de Frankétienne publié en 1968.
Une lecture extraordinaire et riche de sens qu’il conseille à la jeunesse de lire.
Aujourd’hui, si l’on regarde l’actualité, on n’a pas envie de se lever le matin, mais Frankétienne vous donne des raisons de se battre, de croire encore, d’espére
, dit-il.
« Je pense que le monde entier a besoin de souligner que des personnes qui ont été réduites à l’indignité ont décidé de se mettre debout […] et de dire ce qu’on veut, c’est notre liberté. »
M. Cénat croit que la célébration du drapeau est symbole de joie.
Je revois ma tante derrière sa motocyclette qui m’attend à la sortie des classes avec le drapeau national qui flotte au vent, se souvient-il. Des élèves descendaient dans les rues pour se préparer à fêter le 18 mai
, conclut-il.
Les livres, c’est tout ce qu’il reste…
Rodney Saint-Éloi est un poète, écrivain et éditeur haïtien basé à Montréal.
Il affirme qu’Haïti existe parce qu’il y a des écrivains qui témoignent de son existence. Mais les politiciens effacent les rêves du [ peuple ].
Il ne reste aujourd’hui que les livres pour rappeler l’épopée de 1804.
Un critique littéraire disait à juste titre que Haïti produisait deux choses : le café et les livres. Aujourd’hui, comme il n’y a plus de café, ne reste que les livres
, ajoute-t-il.
« La jeunesse d’aujourd’hui devrait s’intéresser à la littérature haïtienne, pour regarder demain avec sérénité, comprendre la catastrophe actuelle, puiser dans le chaos actuel l’espoir, réinventer l’espoir, rester debout, en criant liberté, égalité, fraternité, pour gouverner la rosée. »
Les Haïtiens doivent simplement frapper aux portes de toutes les librairies et demander ces livres qui représentent le meilleur d’eux-mêmes
, recommande M. Saint-Éloi.
À Toronto, la cérémonie du lever du drapeau haïtien se tiendra jeudi à l’Hôtel de Ville.
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