73 véhicules abandonnés depuis novembre : les parkings souterrains de Monaco font la chasse aux voitures ventouses

Recouverte d’une pellicule de poussière, cette Audi gît dans un recoin du parking public d’Ostende, un sabot placé sur l’une de ses roues avant. Malgré la fiche « contact clientèle » apposée sur la vitre du conducteur en octobre 2017, malgré les courriers et mises en demeure, son propriétaire n’a jamais daigné la récupérer.

Ce cas de « voitures ventouses » abandonnées à leur sort depuis des années n’est pas isolé puisque le service de Monaco Parkings en a recensé 34, ainsi que 39 deux-roues, répartis dans plusieurs ouvrages souterrains du pays. « Cela pose plusieurs problématiques, détaille Nicolas Sosso, chef du service des parkings publics. Celle de l’image, d’abord, car on ne souhaite pas que nos clients aient cette vision poussiéreuse à leur entrée dans les parkings, souvent la première image qu’ils ont de Monaco. C’est, ensuite, une question de sécurité au sein de l’ouvrage: un véhicule abandonné peut perdre des fluides qui se déversent alors dans l’allée. À l’extrême, cela peut provoquer un incendie. »

Enfin, naturellement, cela occupe inutilement des places de stationnement, une denrée rare en Principauté où les listes d’attente pour obtenir un abonnement se comptent en années.

23 deux-roues et 6 véhicules légers enlevés

C’est pour cela que le gouvernement princier, depuis le 1er novembre dernier, a renforcé les moyens d’action du service des parkings publics avec l’entrée en vigueur d’une ordonnance souveraine et deux arrêtés ministériels. « Nos chefs de parcs principaux sont désormais assermentés pour constater diverses infractions comme le stationnement abusif, le stationnement sur les places à mobilité réduite ou encore l’entrave à la circulation. Cela leur permet de faire appel à la Sûreté publique qui vient et qui peut, par exemple, procéder à l’enlèvement de véhicules. Ce n’était pas possible avant », indique Nicolas Sosso.

Bilan: 23 deux-roues et 6 véhicules légers abandonnés ont été placés en fourrière par les policiers monégasques, dont la fameuse Jaguar stationnée depuis belle lurette dans le parking souterrain du centre commercial de Fontvieille.

Une opération progressive d’enlèvement conditionnée à la capacité d’accueil de la fourrière située dans le parking des écoles à Fontvieille, avenue des Guelfes.

Campagne de verbalisation

Autre illustration du renforcement des pouvoirs: cette campagne de verbalisation opérée en janvier dans le parking Louis-II, sous le tunnel éponyme, contre une dizaine de deux-roues. Toujours en étroite collaboration avec la police monégasque. « Dans ce parking très occupé, du fait de la proximité avec le chantier Mareterra, ces deux-roues étaient garés sur des emplacements non prévus à cet effet et entravaient la voie de circulation. On avait aussi des problématiques de deux-roues qui n’avaient pas payé leur stationnement », indique Nicolas Sosso.

Et le chef de service de préciser: « Avant d’en arriver là, on a d’abord une approche pédagogique. On va à la rencontre du client, on explique la problématique. Pour ce cas-là, avant d’agir, on avait fait plusieurs mois de pose de ‘‘contact clientèle’’ pour essayer de faire bouger les choses. Certains abonnés n’avaient plus accès à leur stationnement. »

Les places « 2-roues » sont très prisées à Monaco. Photo Sébastien Botella et archives Jean-François Ottonello.

Fraudes des deux-roues: les parkings publics seront progressivement équipés de barrières longues

La configuration des parkings publics de la Principauté, dotés pour l’immense majorité de barrières courtes, est propice à la fraude pour les deux-roues. Régulièrement, leurs conducteurs se faufilent le long du mur pour ne pas se munir du ticket et s’acquitter du stationnement, pourtant obligatoire.

Si les agents de Monaco parkings tentent tant bien que mal de lutter contre ce phénomène, soit avec pédagogie soit avec l’immobilisation du véhicule en cas de récidive par la Sûreté publique, difficile pour autant de l’enrayer définitivement. Sauf à changer la dimension des barrières.

« Sur le long terme, on va mettre de plus en plus de barrières longues à l’entrée des parkings », explique Nicolas Sosso, chef du service des Parkings publics. C’est déjà le cas pour celui du Larvotto ou pour tout ouvrage souterrain nouvellement livré en Principauté, comme le parking Chiron niché sur le port Hercule, avec un totem indiquant la disponibilité du stationnement pour les deux-roues. « Pour cela, il faut qu’on fasse évoluer la politique tarifaire pour permettre aux deux-roues de stationner de manière adéquate. Une étude individuelle de chaque parking et de sa typologie d’abonnés est aussi nécessaire pour savoir si celui-ci se prête ou non à la pose d’une barrière longue. Avec une entrée et une barrière longue en pente, cela poserait un problème de sécurité si un deux-roues s’engageait alors que le parking est complet. Il n’aurait pas la possibilité de faire demi-tour. »

« C’est toute une manière de repenser l’accès deux-roues aux parkings. Alors, on ne veut pas se précipiter. C’est du cas par cas », insiste Nicolas Sosso. Durant l’année 2024, celui du Grimaldi Forum devrait être doté de barrières longues car la configuration s’y prête : l’entrée se fait sur terrain plat et le retournement y est possible.

« On augmente la capacité de stationnement des deux-roues sur ce parking. Alors, on lui porte une attention particulière pour éviter que les gens se garent n’importe comment. »

Les parkings en chiffres

Parkings

Il existe près de 50 parkings publics sur le territoire, tous en souterrain.

Places

La capacité de stationnement dans les parkings publics de la Principauté est d’environ 18.000 places. Celle-ci sera portée à environ 22.000 d’ici la fin 2024/début 2025 avec la livraison de plusieurs parkings : celui des Salines (1.820 places en face du Jardin exotique), celui de l’îlot Pasteur et celui de Mareterra.

Abonnements

7 800 abonnés jour (pendulaires), 10.200 abonnés jour et nuit (résidents) et 4.500 abonnés deux-roues.

Liste d’attente

5.800 demandes en attente pour l’abonnement jour et nuit (résidents) et 4.700 demandes en attente pour l’abonnement destiné aux travailleurs. « Les listes d’attente sont très longues, cela peut prendre plusieurs années. Le quartier La Rousse est, par exemple, très saturé avec très peu de rotations. À Fontvieille, a contrario, il y a beaucoup de demandes mais plus de rotations », confie Nicolas Sosso, chef de service des parkings publics.

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