« Kadhafi », une drogue qui fait des ravages en Côte d’Ivoire – DW – 24/11/2023

Commercialisée sous forme de comprimés et consommée majoritairement par des jeunes en quête de sensations fortes, le phénomène « Kadhafi », un mélange d’alcool et de tramadol, prend de l’ampleur en Côte d’Ivoire. Il est né suite à la sortie d’une chanson du groupe 100 Papo et est devenu virale sur le réseau social Tik Tok. Le tramadol a du succès auprès des adolescents et des jeunes. Aujourd’hui, ils sont des milliers de jeunes à utiliser cet antidouleur en détournant son usage.

Une totale dépendance

C’est à Williamsville dans la commune d’Adjamé située au Nord d’Abidjan que nous avons rencontré Ousmane Diakité. Il est âgé de 19 ans et est en classe de première. Ousmane n’avait jamais entendu parler de tramadol, avant que l’un de ses amis au lycée lui demande d’en prendre pour se sentir mieux.

« Mon ami a mis ça dans sa gourde, il est venu avec ça à l’école. Maintenant, il m’a dit que c’est ça qui est dedans. On dit qu’on mange avant de prendre. Quand il m’a donné, j’ai goûté là, j’ai su qu’il y avait un changement en moi. La première fois, j’ai commencé à vomir. Et puis il a dit que c’est ça qu’on appelle le Kadhafi », raconte à la DW le jeune homme.

Depuis ce jour, Ousmane n’arrive plus à se passer du tramadol.

« J’ai vu que l’effet là, c’est un effet secondaire sur mon corps. Je n’arrivais plus à me tenir sur les pieds. Je voyais qu’il y avait un changement en moi. J’ai voulu arrêter, mais il m’a dit de continuer, quoi que ce n’est pas une drogue », se souvient-il.

Ousmane qui est devenu dépendant était obligé d’acheter ses comprimés en détail, car le tramadol n’est presque plus disponible sur le marché. Les forces de l’ordre sont sur le terrain pour traquer les vendeurs et les consommateurs. Mais il a fini par trouver un réseau discret où il s’approvisionne désormais.

« Il y a des coins où on vend ça à 1000F. Mais c’est devenu cher sur le marché. Et puis il y a d’autres qui vendent ça pour subvenir à leurs besoins », explique-t-il.

Ecoutez les explications de Julien Adayé

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La désintoxication, une porte de sortie

Le centre de désintoxication de la Croix Blue, situé dans le quartier de Williamsville, suit de près les jeunes consommateurs de cette drogue. Dans ce centre, Ousmane trouve des oreilles attentives pour son écoute et sa prise en charge. Bintou Ouattara travaille à la Croix Blue. Elle rencontre les communautés concernées par le problème de la drogue et cherche à faire entendre la voix des usagers.

Elle explique que « ceux qui dorment au ghetto sont très vulnérables, ils ont été chassés, rejetés par leurs familles. Au plan du travail, généralement, ils se retrouvent sans boulot et n’ayant nulle part où aller et personne à qui se confier, la drogue est un excellent recours. Du coup, nous intervenons pour leur apprendre la réduction des risques. Comment ne pas se faire mal à eux-mêmes et comment éviter de faire mal à leur entourage ».

Daouda, un jeune du centre, accuse pour sa part le gouvernement ivoirien d’avoir laissé certains opérateurs économiques véreux détruire la jeunesse.

Selon l’organisation médecins du monde, il y aurait environ 12.000 consommateurs de drogues entre Abidjan, Yamoussoukro, San Pedro et Bouaké. Un chiffre qui ne prend pas en compte l’explosion récente de l’usage du Kadhafi qui est consommé par les plus jeunes et qui est médiatisé sur les réseaux sociaux.

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