COP28. En Côte d’Ivoire, l’électrification des villages passe par le solaire

Le village rural de Dibykro, à deux heures de route au nord d’Abidjan, a été électrifié grâce à une mini-centrale solaire. Un projet qui permet de développer la communauté tout en émettant peu de CO2.


De notre envoyée spéciale en Côte d’Ivoire, Élodie Bécu

Aujourd’hui à 07:00

« Avant, le poisson ne se conservait pas longtemps. Pour le garder, il fallait le fumer, mais quand on n’arrivait pas à tout fumer, les vers se développaient dedans. On ne pouvait pas en acheter en trop grande quantité, et il fallait retourner souvent en ville pour faire des provisions. Maintenant, le poissonnier a des congélateurs et on a des réfrigérateurs ! » En une phrase, le chef du village de Dibykro, une commune rurale de Côte d’Ivoire, résume comment l’arrivée de l’électricité a changé la vie des habitants.





Le village de Dibykro compte 700 habitants   Photo Gaël MALAN – Opinion & Public BCW

Jusqu’en 2021, le village de 700 habitants, à deux heures de route au nord d’Abidjan, la capitale de la Côte d’Ivoire, était plongé dans le noir à la tombée de la nuit, comme environ 18 % des communes rurales du pays. « Les serpents venaient dans nos maisons sans qu’on les voie, les crapauds aussi, et on ne pouvait pas sortir le soir », poursuit Jean-Claude Koffi Konan, le chef du village.

« Les serpents venaient dans nos maisons sans qu’on les voie »

La lumière est arrivée dans le cadre d’un plan d’électrification rurale, s’appuyant sur des mini-réseaux solaires. La Côte d’Ivoire s’est engagée à atteindre 42 % d’énergies renouvelables dans son mix énergétique à l’horizon 2030. La construction d’une mini-centrale solaire à Dibykro, dans le cadre du projet ECLER Ivoire, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France (*), a permis d’apporter l’éclairage public et de rattacher au courant des habitations et des commerces.





Jean-Claude Koffi Konan, le chef du village (à gauche) et Nestor Kouamé Kouakou (à droite) qui a développé son bar grâce à l’électricité.   Photo Gaël MALAN – Opinion & Public BCW

À Dibykro, les 310 panneaux solaires de la mini-centrale d’une capacité de 102 KWc ont permis d’ouvrir, trois boutiques, trois « maquis » (bars) et l’atelier d’un ferronnier. L’électricité fait fonctionner le congélateur du poissonnier, le réfrigérateur de la vendeuse de jus de fruits et de yaourt…

Sono et « bières glacées » Dans son bar, Nestor Kouamé Kouakou a désormais « des bières glacées » et une sono qui diffuse les rythmes entraînants de musique « tradi-moderne Baoulé ». Au départ, les habitants étaient sceptiques sur les capacités du solaire à répondre à leurs besoins. « Est-ce que l’électricité solaire aurait la même capacité d’énergie que le courant qui arrive du réseau national ? On se demandait si la sono tiendrait », sourit le chef du village, aujourd’hui rassuré par les décibels.

Le propriétaire du bar, lui, a doublé son chiffre d’affaires, ce qui lui permet d’absorber les coûts supplémentaires liés à la facture d’électricité. Il paie, comme les autres habitants du village, son énergie via un forfait pré-payé, qu’il recharge régulièrement à des bornes extérieures regroupant les compteurs individuels (les maisons ayant des murs en terre, il n’était pas possible de fixer les compteurs directement dans l’habitation). Le paiement à l’avance, permet à chacun d’adapter sa consommation à ses revenus. Car, ici, les rentrées d’argent sont modestes, et liées aux fluctuations des récoltes. Le poissonnier est aussi planteur de cacao et d’hévéa, la vendeuse de jus travaille aux champs : les commerces qui viennent d’ouvrir représentent uniquement des compléments de revenus.





Un ferronnier s’est installé à Dibykro avec l’arrivée de la mini-centrale solaire.   Photo Gaël MALAN – Opinion & Public BCW.

Avec l’arrivée de la mini-centrale solaire – qui permet une production d’énergie renouvelable décentralisée -, une autre question inquiétait les habitants : l’infrastructure allait-elle tenir dans le temps ? Ils ont été associés à la construction de la centrale, par des formations. Avec le double objectif de créer des emplois et de maîtriser la maintenance, en toute autonomie, à long terme.





La centrale solaire de Dibykro est un projet financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France. Photo Gaël MALAN – Opinion & Public BCW

« Plus les projets sont décentralisés et petits, plus ils sont adaptés aux besoins des populations   », observe Marine Pouget, Responsable Gouvernance internationale sur le climat au Réseau Action Climat. « Ils sont conçus pour que les habitants reçoivent l’électricité chez eux, et dans les écoles. Ces technologies sont aussi plus faciles d’accès et moins chères. Elles sont aussi plus simples à maîtriser par les populations. Elles peuvent assurer la maintenance elles-mêmes. »





Les habitants du village ont été formés pour assurer le suivi et la maintenance de la centrale.   Photo Gaël MALAN – Opinion & Public BCW

Un point essentiel qu’ont bien saisi les habitants de Dibykro. Trois jeunes du village sont à présent en charge de surveiller la centrale. Et prêts à accompagner son développement si elle devait accroître sa production, car le chef du village nourrit l’espoir que l’électricité attire de nouveaux habitants à Dibykro.

(*) Financé par l’Union européenne, le projet ECLER Ivoire mis en œuvre par Expertise France a permis d’électrifier 16 villages de Côte-d’Ivoire. Le programme contribue aussi à l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments.

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