Comment “la plus belle femme du monde” a espionné son mari tyrannique pour développer la technologie à l’origine du wifi

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Qui aurait pu imaginer, en 1940, qu’une femme puisse inventer un système de communication permettant de rendre les torpilles sous-marines radioguidées indétectables ? Peu de monde au vu de la misogynie qui règne à l’époque au sein de la communauté scientifique. Plus fou encore, qui aurait pu soupçonner qu’une star hollywoodienne considérée comme l’une des plus belles femmes du monde puisse obtenir un brevet en juin 1941 pour son “Système de communication secrète”, qui mènera plusieurs dizaines d’années plus tard… au wifi ? Personne, sans nul doute.

Pas d’enseignement scientifique

Cette incroyable inventrice s’appelle Hedwig Kiesler, alias Hedy Lamarr. D’origine autrichienne, elle nait à Vienne de parents juifs et grandit dans un milieu privilégié, où des précepteurs puis les professeurs de son pensionnat suisse lui enseignent l’allemand, le yiddish, le hongrois, l’anglais, l’italien, la danse, le piano ou encore l’équitation. À 12 ans, Hedwig remporte un concours de beauté dans la capitale autrichienne et s’intéresse déjà au théâtre et au cinéma. Comme souvent à l’époque, la jeune fille ne suit pas d’enseignement scientifique, mais lors de longues promenades, son père lui explique le fonctionnement de diverses technologies, l’initie à l’ingénierie, et elle aime bricoler. Puis à 13 ans, elle visionne le film de science-fiction allemand Metropolis de Fritz Lang, une “révélation” qui lui donne l’envie de devenir actrice.

Hedwig Kiesler dite Hedy Lamarr, entame sa carrière à 16 ans à Vienne avec deux films muets et au théâtre où son metteur en scène la présente à la presse comme « la plus belle fille du monde ». ©Libre de droits

Hedwig démarre sa carrière à 16 ans toujours à Vienne avec deux films muets, et au théâtre où son metteur en scène la présente à la presse comme “la plus belle fille du monde”. Elle part ensuite à Berlin pour tourner plusieurs longs métrages dont Extase, un film de 1933 quasiment sans dialogue mais à l’esthétique recherchée qui la rend célèbre dans le monde entier… Elle y joue la toute première scène d’orgasme à l’écran dans laquelle on ne voit que son visage. Pour ce film, censuré dans la plupart des versions européennes et américaines, elle acquiert une réputation sulfureuse et à 19 ans, une grande partie de l’Europe la surnomme déjà “The Ecstasy Girl”. Friedrich Mandl, un riche marchand d’armes fournisseur notamment de Mussolini, la remarque également dans ce film et leur relation débouche sur un mariage de convenance.

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Mais ce mari veut la contrôler. Il essaye de racheter toutes les copies d’Extase et veut mettre fin à la carrière d’Hedwig. L’actrice vit recluse dans un manoir et les seules personnes que Mandl l’autorise à voir sont les clients qu’il reçoit à sa table. Le comte von Starhemberg, ami personnel de Hitler, Benito Mussolini… Les discussions sont techniques et ultraconfidentielles, mais Hedwig a le droit d’y assister. Après tout, elle n’est qu’une femme. Elle apprend ainsi que la marine allemande tente de développer un système de torpilles téléguidées dont la fréquence utilisée pour diriger l’engin ne serait pas détectée par l’ennemi. Telle une espionne, Hedwig mémorise ces informations.

Puis en 1937, c’en est trop, elle vole la voiture d’un domestique et fuit en Suisse.

Hedy Lamarr aux côtés de Clark Gable dans Camarade X (1940). ©Libre de droits

Par la suite, à Londres, elle rencontre Louis B. Mayer, producteur et vice-président de Metro-Goldwyn-Mayer (MGM). Gêné par sa prestation dans Extase, il lui propose un contrat peu avantageux à 150 dollars par semaine. Mais l’actrice juive, qui sait qu’il est temps de partir à l’aube de la Seconde guerre mondiale, embarque pour une traversée de l’Atlantique à bord du Normandie pendant laquelle elle convainc Mayer de la payer 500 dollars par semaine. Dès son arrivée à Hollywood, elle change son nom pour devenir Hedy Lamarr et signe un contrat de sept ans avec MGM pour une quinzaine de films. Révélation du moment, elle enchaîne les tournages, dont en 1940 la comédie anti-soviétique Camarade X dans laquelle elle parodie Greta Garbo aux côtés de Clark Gable. Hedy enchaîne les histoires d’amour et se marie six fois, ce qui entretient sa réputation sulfureuse.

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Premières et dernières amours

En parallèle, la jeune femme revient toujours à ses premières amours : les inventions. Après un soda déshydraté sur le principe du bouillon cube, l’antifaciste veut mettre en application les informations qu’elle a retenues chez Mandl. Elle met alors au point le système de torpilles téléguidées envisagé par les Allemands dans le but de mettre fin aux attaques des paquebots de passagers. Un “saut de fréquence” permet de changer en permanence de fréquence pour éviter que le signal radio guidant la torpille ne soit intercepté. Afin de concrétiser l’idée, Hedy fait appel au musicien antinazi George Antheil. Ce touche-à-tout est déjà familier des “sauts de fréquence” qu’il utilise dans ses compositions musicales. Leur technique est finalement brevetée en juin 1941.

Le musicien George Antheil était familier des systèmes de contrôle automatiques et des séquences de sauts de fréquence, qu’il utilisait dans ses compositions musicales. Il s’appuyait sur le principe des rouleaux de bandes perforées des pianos mécaniques (pianola). ©Libre de droits

Le brevet est récupéré par des militaires dans les années 1960 puis entre dans le domaine civil. C’est grâce à lui que fonctionnent aujourd’hui nos réseaux sans fil comme le wifi, le GPS, les téléphones mobiles ou encore les codes-barres. En 1997, défigurée par de nombreuses opérations de chirurgie esthétique, Hedy reçoit tout de même un prix de l’Electronic Frontier Foundation : “Cela n’a pas été fait pour rien”, a-t-elle dit, simplement. L’inventrice décède trois ans plus tard, avec sur sa table de chevet un carnet de croquis contenant toujours de nouvelles inventions, dont des améliorations potentielles pour le Concorde.

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