« Non, la France n’a jamais commis de crime contre l’humanité ! »

Le JDD. Napoléon, Voltaire, Colbert… La mode est à la dégradation de statues de personnalités historiques. Quand avez-vous commencé à sentir les traces de cet activisme woke qui renonce à l’ambivalence de l’Histoire ?

Dimitri Casali. Il y a plus de vingt ans, très précisément 25 ans, avec larrivée de Lionel Jospin en 1997 à la tête du gouvernement qui sonna le début dun déclin généralisé de notre pays dans tous les domaines : économique, moral, politique, culturel et éducatif. Devenue championne du monde de la repentance, la France devint également la proie du communautarisme et du multiculturalisme. La fameuse loi mémorielle Taubira, votée le 21 mai 2001, faisant de lesclavage un crime contre lhumanité ne concernait que la traite transatlantique oubliant volontairement la Traite Orientale et intra-africaine, en est la pure expression. Cette loi eut des conséquences catastrophiques dans l’éclosion dune lecture uniquement culpabilisante de notre histoire de France.

Outre lenseignement obligatoire de la traite négrière et de lesclavage du CM1 à la Seconde, la loi exigeait que la mémoire des esclaves, mais aussi « lhonneur de leurs descendants » soient défendus, ce qui légalise pour la première fois dans lhistoire, le principe, étrange, du malheur héréditaire. Cette lecture criminalisante, notamment de notre histoire coloniale, a vingt-deux ans après, des conséquences dramatiques dans nos banlieues… Notre modèle dintégration est totalement en panne et notre école en pleine désintégration comme le montrent tous les classements internationaux. Depuis notre pays senfonce chaque jour en peu plus dans une perte didentité totale et un pays qui na plus dhistoire est un pays incapable daffronter lavenir.

La cancel culture est parvenue
à faire croire que tous les Français furent d’infâmes esclavagistes, colonialistes,
collabos

Pourquoi cette pensée séduit-elle ? Est-ce la réponse à un vide ? Faut-il y voir une inversion des valeurs qui voudrait que l’on sacralise la figure de la victime plus que celle du héros victorieux ?

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Depuis lAntiquité gréco-romaine, le monde occidental pratiquait le culte du héros développé à travers la création de magnifiques statues. Désormais, nos sociétés repentantes pratiquent le culte de la victime. Auparavant, à Athènes, Rome, Florence, Paris, on élevait une statue en pensant aux générations futures pour célébrer une personne dont on estimait que les actions héroïques devaient rester dans les mémoires.

Aujourdhui, prime ce quon appelle la « concurrence victimaire », comme si pour évoquer la souffrance des uns il fallait oublier celle des autres, comme si nous étions entrés dans une époque où nous serions tous des victimes, ou des descendants de victimes, comme si le monde occidental dans son ensemble, et la France en particulier, devait faire chaque jour acte de contrition.

Il faut le dire et le redire : non, la France na jamais commis de crime contre lhumanité… Linstrumentalisation idéologique de la mémoire ne peut aucunement devenir un fondement de jugement juridique. On ne juge pas lhistoire, on ne juge pas les vivants pour les crimes des morts dil y a plusieurs siècles. Nous, Français, sommes le seul pays à avoir voté une telle loi. Le Royaume-Uni, le Danemark, les Pays-Bas et le Parlement européen ont présenté leurs excuses ou reconnu officiellement lesclavage et la traite des esclaves comme des crimes contre lhumanité, mais ils nont pas voté de loi.

Cette vague de censure ne submerge que le monde occidental. Est-ce la manifestation définitive de l’épuisement de notre civilisation qui sacharne à déconstruire sa propre histoire ?

Cette mise en accusation systématique de lhistoire occidentale est l’œuvre de groupes de pression qui occupent une place grandissante dans l’espace public, mis en avant par un monde politico-médiatique qui leur donne régulièrement la parole. Ce phénomène de la cancel culture culture de leffacement nous vient des États-Unis et touche désormais tous les pays occidentaux (au sens large) : de lEspagne au Canada en passant par lAllemagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, tous sont sommés de déboulonner les statues de leurs héros nationaux, de débaptiser leurs rues, deffacer leurs noms de nos écoles, de nos manuels et même de brûler les livres des grands auteurs, dHomère à Voltaire.

La cancel culture est parvenue à faire croire que tous les Français furent des infâmes esclavagistes au XVIIIe, des ignobles colonialistes au XIXe siècle et tous des collabos au XXe siècle. Il ny a qu’à regarder les programmes de la télévision ou des radios du service public français pour sen rendre compte… Malheureusement, la repentance est toujours en sens unique. les Occidentaux devraient exiger des excuses pour les 1 250 000 Européens esclavagisés dans les ports barbaresques (Maghreb) du XVe au XIXe siècle et dont on ne parle jamais…

Selon vous, « le télescopage de lhistoire et de la mémoire déforme toute étude sérieuse et nuancée ». Expliquez-nous.

LHistoire est l’étude des faits historiques de la manière la plus approfondie possible alors que la mémoire est le souvenir conservé de ces événements par chaque groupe dacteur ou communautés de ces mêmes faits. Bien entendu, il nest jamais identique dun groupe à lautre, il est même la plupart du temps diamétralement opposé. Il sème lambiguïté et trouble la sérénité des débats. Cest la raison pour laquelle « la mémoire divise alors que lhistoire nous unit… »

Lhistoire de chaque nation regorge de sang, de fureur et de larmes, il ne faut avoir peur ni de lavouer ni de lassumer. Loin d’être providentielle, elle est souvent cruelle, injuste, tragique, fruit doccasions manquées ou denchaînements malheureux.

Cependant, aucune communauté nest dispensée du travail dhistoire. Il na jamais été question de cacher la face négative de lHistoire de France, bien au contraire, cest le travail des historiens denseigner et dexpliquer sa complexité. Lhistoire est à limage de lhomme : pétrie de contradictions, paradoxales. Mais aujourdhui, nous ne savons plus comment appréhender le passé. Il y a désormais un combat entre lhistoire et la mémoire des communautés, qui considèrent que lhistoire officielle les a trop longtemps oubliées. Cest ce quon appelle à tort et travers le « devoir de mémoire », dont Simone Veil, disait justement : « Je naime pas beaucoup lexpression, le vrai devoir est celui denseigner et de transmettre » !

La laïcité à la française est lune
des caractéristiques qui nous distinguent du reste du monde

Cette volonté destructrice de gommer lHistoire en ôtant du paysage culturel ses grandes figures est souvent justifiée au nom de la laïcité. A-t-elle bon dos ?

Oui, la laïcité à la française est une belle idée et cest lune des caractéristiques qui nous distinguent du reste du monde, le professeur dhistoire, Samuel Paty est mort pour la transmettre… En voulant expurger les racines chrétiennes de la France, les wokes laïcards de la Ligue de Libre pensée sopposent à nos traditions et à notre culture. Rappelons que sur notre sol ont été bâtis durant quinze siècles près de 55 000 édifices religieux et que larchange saint Michel est le saint patron de la France depuis le XIVe siècle.

Pour ces nouveaux ayatollahs de laïcité pure et dure, toutes les occasions sont bonnes pour tenter deffacer des pans entiers de notre histoire. Afin de couper la France de son héritage historique et culturel, ces extrémistes détournent la loi de 1905 au nom de la neutralité de l’État, de l’égalité des citoyens et de la liberté de conscience. Cette vision anachronique est évidente avec la statue de la La-Flotte-en-Ré qui a été déboulonnée avec laide de notre Conseil d’État… il faut le dire, cest un vrai scandale !

Un pays qui efface son histoire et son patrimoine est un pays condamné à disparaître. Car on ne construit du solide que sur le passé. Protéger notre histoire notre patrimoine statues (chrétiennes ou laïques), sera la clé de notre avenir. Pour pouvoir assumer notre passé sans honte : enseignons et éduquons. Si nous voulons marcher vers le futur préservons toujours nos racines.


*Ces statues que l’on abat ! de Dimitri Casali, Plon, 2023, 19,90 €

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