Robert Hood et Femi Kuti : la « black music » racontée par les rois de l’afrobeat et de la techno

Le 8 novembre, dans les locaux du groupe ADP en Seine-Saint-Denis, une scène, une table de mixage, un saxophone ténor : la magie s’opère. Les grands Robert Hood et Femi Kuti étaient réunis pour réinterpréter le répertoire de James Brown, dans le cadre du  très pointu programme “Variations”. Le résultat ? Un moment de jazz électronique ultra rythmé et enivrant. Qu’ont-ils en commun pour que leurs musiques se frottent si bien l’une à l’autre ? Rencontre. 

L’un est né à Lagos et porte à travers l’afrobeat l’héritage du légendaire Fela Kuti. L’autre a grandi à Detroit, où il a contribué à l’émergence de la techno avec Underground Resistance, avant de devenir pasteur en 2009. Ce qui réunit le DJ et le saxophoniste, c’est bien sûr le funk, la soul et le jazz. L’influence des grands musiciens qui, dès les années 1960, ont nourri les fiertés noires des États-Unis à l’Afrique subsaharienne. Treize ans après la mort de James Brown, Robert Hood et Femi Kuti répètent après lui : « we’re black and we’re proud ».

Comment avez-vous préparé cette collaboration ?

Robert Hood : C’est moi qui ai d’abord retravaillé des morceaux de James Brown. Mon idée était de lui rendre hommage tout en laissant l’espace pour que Femi Kuti puisse s’exprimer. J’ai commencé à rassembler des rythmes funky pour alimenter ma réflexion. Et j’ai aussi écouté beaucoup de jazz : Pee Wee Ellis, Fred Wesley… Au fond de lui, James Brown était un jazzman. D’ailleurs, Cold Sweat, qui est considéré comme le premier disque de funk, est dérivé d’un morceau de Miles Davis ! 

Comment se sont passées les premières répétitions ?

Robert Hood : C’est très facile de travailler ensemble. Même si nous ne nous connaissions pas avant, Femi et moi parlons le même langage, celui des percussions. Quand on répète, on les laisse faire la conversation, et le dialogue se met en place tout seul. 

Femi Kuti : À ce moment là, on improvise beaucoup. J’essaye de rebondir sur ce que Robert joue, d’apporter des émotions qui correspondent à ce qu’il veut faire passer. 

Robert Hood : C’est comme deux chimistes qui se rencontrent, il amène ses produits, moi les miens, et on espère que ça créé une explosion.

Quelle relation avez-vous à la musique de James Brown ?

Robert Hood : J’y suis très attaché, depuis que je suis assez grand pour atteindre un poste de radio. C’est la musique qu’on écoutait chez moi à Detroit, James Brown l’un des artistes préférés de mes parents et de ma grand-mère.

Femi Kuti : Pour moi, c’est différent. Quand j’étais enfant, mon père, Fela Kuti, subissait la répression du gouvernement nigérian. Les puissants critiquaient son mode de vie, ses engagements, son rapport aux femmes, au cannabis… Et pendant ce temps, la musique de James Brown envahissait les clubs de la région. James Brown était glorifié et présenté comme un exemple à suivre, en opposition à Fela. En réalité, il était utilisé politiquement pour nuire à mon père, et cette différence de traitement m’a rapidement permis de prendre conscience de ces injustices. Mais James Brown est aussi, forcément, un musicien qui nous a beaucoup influencés, comme il a marqué toutes les années 1970, de Diana Ross aux Temptations en passant par Donna Summer. 

Comme votre père, James Brown était très politisé. 

Femi Kuti : Oui, il a eu un rôle essentiel : il a fait vivre la conscience noire en apportant son soutien à des activistes comme Malcolm X et Mohammed Ali. Au moment où le panafricanisme devait être étendu, il était était aux premier rang. Quand il chantait “I’m black and I’m proud ”, ça nous émouvait jusqu’au Nigeria.

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