Où en est le chantier de la nouvelle bretelle de l’A8 de Beausoleil pour Monaco? On fait le point

C’est un chantier aussi complexe qu’attendu. Complexe d’abord, parce qu’il est soumis à de multiples contraintes: un dénivelé de 40 mètres et des normes sismiques importantes, le tout dans une zone de grand passage puisque les travaux impactent directement la RD 2564, plus communément appelée la Grande Corniche, peu après La Turbie en venant de Nice.

Mais surtout très attendu car, rappelons-le, le dossier a été remis sur la table depuis… 1995 (N.D.L.R.: pour rappel, la voie de la desserte de Beausoleil est lancée en 1979 pour pallier un éventuel retard de la mise en service de la portion autoroutière entre La Turbie et Roquebrune-Cap-Martin, à la suite de difficultés dans le percement du tunnel de l’Arme. Après 10 ans de travaux, elle est ouverte en 1989 puis finalement fermée en 1994). Époque à laquelle les élus du secteur ont commencé à engager les premières démarches pour la réouverture définitive de cette sortie autoroutière. C’est dire combien le soulagement sera grand quand cette nouvelle bretelle, fraîchement construite, pourra être mise en service.

3.000 véhicules par jour

Selon les prévisions de trafic (estimées par Vinci Autoroutes), quelque 3.000 véhicules par jour emprunteront cette nouvelle voie de délestage vers la Principauté. Car c’est bien là son utilité première. « Sa fonction est vraiment de délester une partie du trafic en direction de Monaco, pour que les automobilistes arrivent par Monaco Est. En détournant ce trafic, on améliore le fonctionnement du tunnel de l’A500. Celui-ci est régi par un arrêté préfectoral d’exploitation qui prévoit qu’à partir de 100mètres d’embouteillages, le tunnel soit fermé pour des questions de sécurité », rappelle Michael Chamoux, conducteur d’opérations chez Escota. Provoquant un report de circulation sur la commune de La Turbie, avec toutes les nuisances que cela peut entraîner (bruit, pollution, centre-ville saturé, etc.).

Cette situation problématique pour la commune du maire Jean-Jacques Raffaele, fervent défenseur de la reprise du projet, ne devrait plus être qu’un mauvais souvenir après le premier trimestre 2023. Période à laquelle la société d’exploitation autoroutière estime la mise en service de l’ouvrage, après un temps de levée de réserves.

Mais comment avance le chantier ? Où en sommes-nous ? Quand la circulation par alternat pourra-t-elle être levée sur la Grande Corniche ? Quatre phases de chantier sont actuellement menées de front. On fait le point.

Quatre phases du chantier sont actuellement menées de front par les entreprises sous-traitantes mandatées par la société TP Spada, titulaire du projet, avec Eurovia, son cotraitant.

Phase 1: élargissement de la bretelle d’accès à l’aire

La route menant à l’aire de service de Beausoleil fait l’objet d’un élargissement à l’aide de micropieux métalliques. Photo Sébastien Botella.

La première zone de chantier se situe le long de l’actuelle route menant à l’aire de service de Beausoleil. « Nous procédons à l’élargissement de la bretelle d’accès à l’aire », explique Michael Chamoux.

Pour cela, un mur de soutènement, ancré dans la paroi rocheuse à l’aide de micropieux métalliques fichés à une quinzaine de mètres de profondeur, a été créé. « On réalise une berlinoise, formée de ces micropieux, de clous ancrés horizontalement dans la paroi et de béton projeté. »

Tous les micropieux verticaux ont été posés. « À présent, on installe les clous horizontaux pour ancrer l’ouvrage dans le rocher. »

Le terrassage, réalisé au pied de ce premier ouvrage afin de créer le mur de soutènement, sera ensuite remis en état et “renaturé” avec des essences locales comme le pin d’Alep et l’olivier. Pour cela, l’agence de paysagiste Composite (basé à Aix) accompagne Vinci Autoroutes tout au long du chantier.

Phase 2: rehaussement de la route existante

La deuxième zone du chantier se situe au niveau du virage en amont de l’aire de service et qu’on aperçoit depuis la Grande Corniche. Là, la route de la nouvelle bretelle va être surélevée de 3 à 4 mètres par rapport à la voie existante.

« Comme il s’agit d’un ancien chemin de service, celui-ci n’est plus conforme aux normes autoroutières actuelles, justifie Michael Chamoux. Le virage est trop serré pour une bretelle d’autoroute, il faut donc prévoir une rotation plus large. En parallèle, la pente de voie existante est trop forte. La nouvelle route permettra de faire une descente plus douce. »

Quant au chemin de service, il sera décalé dans le talus à un niveau un peu plus bas de la route. « Il permettra l’accès à l’aire de service depuis la RD 2564. »

Phase 3: stabilisation du mur de soutènement

Les opérations visent actuellement à soutenir l’ancien mur de soutènement du chemin de service de Beausoleil. Photo Sébastien Botella.

C’est la partie la plus imposante du chantier. Actuellement, une équipe de ferrailleurs et une de coffreurs interviennent pour renforcer et stabiliser l’ancien mur de soutènement du chemin de service.

« C’est un ouvrage important qui mesure près de 100 m de long, sur 7 à 9 mètres de haut selon les endroits. Il a été réalisé lors de la création du chemin de service, il y a plus de 40 ans. » Il faut, notamment, le remettre aux normes sismiques.

Devant l’ouvrage consolidé, une matrice en béton viendra imiter la forme de la roche. « On aura un ouvrage beaucoup plus beau que ce qu’il y avait avant et qui s’intégrera dans le paysage puisque nous sommes à proximité de sites remarquables comme le Trophée d’Auguste et la carrière romaine », note Michael Chamoux.

Et Sophie Lethuin Farge, responsable communication chez Escota, de compléter: « Des simulations ont également été faites depuis certaines rues de la Principauté depuis lesquelles on a un point de vue sur le chantier. Il fallait aussi que l’aspect visuel soit joli, même d’en bas ».

Phase 4: construction du giratoire

Le rond-point est en cours de construction entre la nouvelle sortie et la Grande Corniche Photo Sébastien Botella.

Dernière phase du chantier: la réalisation du rond-point entre la nouvelle sortie et la Grande Corniche.

« La patte d’oie existante a été transformée en giratoire. Il a fait l’objet d’études conjointes avec le Département. Sa conception n’a pas été évidente car il est coincé entre une paroi rocheuse et des accès riverains. Il a été rehaussé de presque 1 mètre au milieu pour le raccordement à la bretelle. »

C’est pour permettre sa réalisation ainsi que le renforcement de l’ancien mur de soutènement, qu’une circulation par alternat a été mise en place sur la Grande Corniche. « Le giratoire devrait être terminé d’ici fin mai. Le mur pour le 14 juillet. On espère qu’au mois d’août il n’y aura plus d’alternat. »

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