Par Olivier Marchal (administrateur de Syntec Conseil et président de Bain & Compagnie)
Publié le 30 nov. 2023 à 14:47Mis à jour le 30 nov. 2023 à 14:48
La France peut-elle redevenir compétitive, et comment ? Le creusement continu du déficit commercial depuis 20 ans rend cette question fondamentale. Et la réponse des décideurs économiques est unanime : baisser le poids des taxes, des charges et des contraintes administratives sur les entreprises. C’est la condition pour qu’elles puissent produire sans handicap par rapport à leurs concurrents.
Mais cette réponse doit aujourd’hui être complétée : elle ne tient pas compte du grand chamboulement des règles en matière de compétitivité. Un cadre fiscal et administratif compétitif est devenu une condition « nécessaire mais insuffisante » pour revenir dans la course au niveau mondial. D’autres critères viennent dorénavant s’y ajouter. Et pour la France, c’est une opportunité.
Décarbonation et RSE
Face à la hausse des coûts de l’énergie et aux impératifs de décarbonation, l’accès des installations industrielles à une énergie décarbonée compétitive est devenu capital. Les dirigeants d’entreprise français, sondés par BVA le confirment : 86 % jugent que le fait de pouvoir disposer d’une énergie décarbonée à un coût raisonnable est « important ou essentiel » pour leur entreprise.
Or la France dispose de capacités de production nucléaire sans équivalent en Europe, pour peu que leur disponibilité soit optimisée. Le pays pourra faire de cet avantage un facteur de compétitivité pour les décennies à venir, à condition d’investir dans la modernisation du parc et que la réforme en cours du design du marché européen de l’électricité tienne compte de cet impératif de compétitivité. Cela permettra d’électrifier les procédés industriels pour leur décarbonation, et de maintenir, développer et attirer des usines et des emplois.
Le respect des autres critères RSE par les entreprises prend également une importance croissante, tant pour recruter des talents que pour attirer les investisseurs. Les entreprises françaises, en la matière, n’ont pas à rougir : numéro 1 au monde pour la féminisation des conseils d’administration (dans les entreprises cotées), numéro 2 en Europe pour le partage de la valeur avec les salariés… C’est un bon point, sur lequel celles-ci pourront capitaliser pour se différencier, recruter les meilleurs et accéder plus facilement au capital pour investir et innover.
Vers une compétitivité augmentée
Mais ces atouts de notre pays ne se révéleront efficaces que si les fondamentaux de la compétitivité, coûts de production et contraintes réglementaires, sont sains et en phase avec ceux des pays comparables. C’est là que le bât blesse toujours. Les dirigeants économiques sont catégoriques : les charges sociales et fiscales demeurent un frein majeur. Le pays reste un champion mondial pour le poids de la fiscalité, ce qui pèse en particulier sur la capacité des entreprises françaises à attirer des talents et à innover.
Ainsi, pour un cadre ou ingénieur rémunéré 50.000 euros bruts par an (2,5 fois le SMIC), les charges sociales sont deux fois plus élevées en France qu’en Allemagne, et trois fois plus élevées s’il est rémunéré 100.000 euros. Les impôts de production qui pèsent sur l’industrie, en dépit des baisses récentes, restent 4 fois plus élevés qu’en Allemagne. A cela s’ajoute le poids des contraintes administratives, pour lesquelles la France reste aussi en haut du podium, d’après le classement de la Banque Mondiale.
Pour saisir ces opportunités de « compétitivité augmentée », le pays doit donc capitaliser sur ses forces, mais aussi et surtout continuer à se réformer. La politique gouvernementale en la matière depuis quelques années commence à porter ses fruits : 32 % des dirigeants d’entreprise observent une amélioration « légère ou significative » de leur compétitivité. C’est huit points de plus que l’année dernière à la même période. Mieux : pour la première fois depuis 20 ans, pendant deux années de suite le pays a créé plus d’usines qu’il n’en a fermées. C’est encourageant. Et pointe, s’il en est besoin, vers le cap à garder.
Olivier Marchal est président de Bain et administrateur de Syntec Conseil.
Crédit: Lien source


Les commentaires sont fermés.