Il est 20 h et Barira Yahaya s’active dans la cour en terre de sa maison. Surveiller les marmites du dîner et les devoirs des enfants, mettre le téléphone à charger, installer les lits et la moustiquaire… La jeune femme doit faire vite avant la prochaine coupure d’électricité : à 22 h, la famille sera plongée dans l’obscurité. Je m’organise pour tout faire avant la tombée de la nuit ; après le courant coupe jusqu’à minuit environ. On est obligé de dormir dehors, il fait trop chaud dans la chambre sans ventilateur »
, souffle-t-elle, aux côtés de ses deux enfants de trois et six ans. On souffre, la petite pleure beaucoup. Mais quand l’électricité revient, ils crient de joie !
ajoute-t-elle, en riant.
Électricité rationnée
Au Niger, le quotidien des 25 millions d’habitants est compliqué depuis le coup d’État militaire de juillet et l’imposition du blocus économique de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest pour tenter de faire plier la junte.
Dans la foulée, le Nigeria a suspendu sa fourniture énergétique au Niger, qui dépend à 70 % de son pays voisin. Résultat : la Société nigérienne d’électricité doit rationner l’approvisionnement et les habitants n’ont plus que quelques heures de courant par jour. Si les plus riches disposent de groupes électrogènes ou de panneaux solaires, la plupart des Nigériens, dont 40 % vivent sous le seuil de pauvreté, doivent miser sur le système D.
Tout tourne au ralenti
Dans ce pays enclavé du Sahel, où seuls 18 % des ménages ont accès à l’électricité, l’un des plus faibles taux au monde, les habitants ont appris à vivre avec les coupures.
Mais avec des températures avoisinant les 40 °C dans la journée, la fatigue s’installe. Abdoul Rachid Mahamane Sani Madougou, un étudiant en sciences économiques à l’université de Niamey, révise ses cours sur les marches de sa salle de classe. Le courant vient de revenir après deux heures d’interruption. Difficile de se concentrer dans les pièces surchauffées, sans lumière et ordinateur. Quand je rentre à la maison le soir, il y a encore coupure, alors je suis passé au sommeil fractionné, je dors deux-trois heures, je me réveille pour travailler quand le courant revient dans la nuit, je me rendors, ainsi de suite jusqu’au matin »
, raconte le jeune homme, les traits tirés.
Universités, commerces et administrations tournent au ralenti… Les délestages à répétition frappent de plein fouet l’économie. Les coupures sont de plus en plus longues et imprévisibles, aucun quartier n’est épargné. C’est l’occasion de relancer la question de l’autosuffisance énergétique du Niger, qui regorge de potentialités, avec le solaire, l’éolien et l’uranium »,
plaide l’économiste Mahaman Laouan Aboubé.
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