les tontons flingueurs au conseil municipal

Le 11 octobre, le conseil des ministres s’est penché, entre autres sujets, sur les conséquences en France de l’attaque du Hamas contre Israël et sur la simplification des règles d’urbanisme pour les quartiers dégradés par les émeutes urbaines. Il a aussi évoqué – très brièvement – le cas de Bonneuil (Indre). De quoi est « responsable » ce village de soixante-quinze habitants, situé aux confins du Limousin et du Poitou, pour mériter d’être cité au plus haut sommet de l’Etat ? D’un énorme pataquès démocratique. Tellement énorme qu’un décret du président de la République a décidé, ce jour-là, de dissoudre son conseil municipal. La mesure, très exceptionnelle, est le prélude à de nouvelles élections, les 3 et 10 décembre.

Une zizanie épique enflamme depuis trois ans Bonneuil, bourg sans commerces ni école. D’un côté, le maire, Robert Diez, 84 ans. De l’autre, cinq de ses six colistiers, retraités pour la plupart. Insultes, bagarres, plaintes pour harcèlement, gardes à vue, rappels à la loi… Si paisible d’aspect, la commune est à l’arrêt total, dans l’incapacité de voter son budget. Chapeauté par un amiral à la retraite, un trio d’administrateurs a été désigné par le préfet de l’Indre pour traiter les affaires courantes. Et faire revenir le calme dans le « village des fous », comme on l’appelle alentour.

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Tout, pourtant, semblait placé sous le signe de l’entente cordiale au départ, comme en attestent les sourires affichés sur la photo de la liste « Bonneuil autrement », candidate aux élections municipales de mars 2020. L’idée était de proposer une alternative au maire en place, d’impulser un nouvel élan à la vie associative et de promouvoir le patrimoine. La concorde va vite se fissurer.

Peu de temps après son installation, la nouvelle équipe décide ainsi d’offrir un vin d’honneur à la population. Robert Diez, fraîchement installé au fauteuil de maire, estime que la note (160 euros) doit être partagée par l’ensemble des nouveaux élus ; pas eux, pour qui la facture doit revenir à la municipalité. Premières tensions. Bientôt suivies par d’autres, au moment du choix du sapin de Noël, planté devant la mairie : naturel pour lui, en bois de récupération pour eux.

Trois ans d’immobilisme

La guerre (picrocholine) est déclarée. Découleront des embrouillaminis autour de cuves pour eau pluviale, d’archives à classer, de blog municipal à créer… Quand ils parlaient encore à la presse, les partisans devenus opposants fustigeaient l’« attitude autocratique » d’un maire qui, selon eux, décidait de tout, tout seul. Calomnie, pour celui-ci : « La vérité est qu’ils voulaient prendre le pouvoir en me poussant à jeter l’éponge », indique l’édile, revenu vivre au village en 1996 après avoir été receveur et conducteur à la RATP. Au rocambolesque va alors succéder le coup de poing. Robert Diez est jeté au sol, à l’intérieur de la mairie, par un de ses adjoints en juin 2022. Bis repetita un an plus tard, alors qu’il « gaspille l’eau municipale », selon ses détracteurs, en arrosant les jardinières du centre-bourg.

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