De la ville d’Agadez, en plein cœur du Niger et aux portes du Sahara, partent régulièrement des colonnes de pick-up surchargés d’hommes, souvent jeunes, en direction de la Libye et de la Tunisie, transitant parfois par l’Algérie. Cet ancien carrefour caravanier est le point de départ de nombreux migrants en route vers l’Europe, une route semée d’embûches et parsemée de morts anonymes, définitivement engloutis par le désert ou par la mer, lorsqu’ils y parviennent.
En 2015, le président du Niger, Mohamed Bazoum, de concert avec les pays européens, avait tenté de juguler la crise migratoire permanente en faisant voter une loi, dont l’objet principal était de « prévenir et combattre le trafic de migrants » qu’il soit ou non « lié à la criminalité organisée ». Le texte prévoyait notamment de condamner les passeurs à une peine comprise entre un et trente ans de prison, ainsi qu’à une amende pouvant aller jusqu’à trente millions de francs CFA (45 000 €). Cette loi prévoyait également une batterie de mesures sur le blanchiment du produit des infractions, les tentatives de corruption des autorités compétentes ou la fabrication de faux papiers.
En mesure de rétorsion, la France avait gelé quelque 120 millions d’euros
En juillet dernier, Mohamed Bazoum est renversé par une junte de militaires factieux multipliant les rodomontades haineuses vis-à-vis de la France, retenant prisonnier son ambassadeur dans son ambassade, exaltant les manifestations d’hostilité de la population à son encontre et continuant de retenir prisonnier le président déchu, qui a d’ailleurs cherché, sans succès, à s’évader, à la fin du mois d’octobre.
En mesure de rétorsion, la France, suivie dans cette voie par Bruxelles, avait gelé les quelque 120 millions d’euros annuels qu’elle versait au pays au titre de l’aide publique au développement, suscitant l’ire des putschistes, furieux de voir s’envoler la manne providentielle généreusement accordée par les pays européens, moyennant quoi les intéressés s’étaient mis à réclamer le départ des troupes françaises du pays, ce que, finalement, ils ont réussi à obtenir.
Le repli des 400 hommes devrait se terminer d’ici la fin de l’année
Au début du mois d’octobre, le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé le retrait progressif de nos soldats du pays qui a débuté par le repli vers Niamey des 400 hommes situés dans les bases du Nord-Ouest. Il devrait se terminer d’ici la fin de l’année.
Le sentiment antifrançais, principalement concentré à Niamey, s’avère toutefois être très en deçà de ce qu’illustré par la couverture médiatique. Selon des sources diplomatiques, « il faut distinguer l’opinion publique de l’opinion publiée ». Dans les campagnes, les populations demeurent indifférentes aux tumultes de la vie politique et sont plus préoccupées par leur quotidien immédiat.
Une plaque tournante du trafic d’êtres humains dans une région du monde particulièrement instable
Jouant sur le velours de la haine de l’étranger, le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le général Abdourahamane Tiani, a donc signé voilà dix jours une ordonnance abrogeant la loi criminalisant le trafic d’êtres humains, précisant au passage qu’« aucune réclamation de quelque nature que ce soit sur la base de la présente ordonnance n’est recevable », ce qui aura le mérite de rassurer les observateurs les plus incrédules sur la nature du nouveau régime. Celle-ci étant rétroactive, les poursuites contre les passeurs seront, en outre, abandonnées.
Selon le groupe de militaires rebelles, la loi défunte « [érigeait] et [incriminait] en trafic illicite certaines activités par natures régulières » et avait « été votée sous l’influence de certaines puissances étrangères ». Cette annonce, qui entre dans le cadre d’un bras de fer plus global, a suscité une réaction assez inconsistante de la commissaire européenne aux affaires intérieures, Ylva Johansson, qui s’est contentée de déclarer qu’elle était « très préoccupée par la situation », sans que l’on puisse connaître les contours précis de la stratégie bruxelloise en la matière.
Selon l’Union européenne, « la junte fait d’une pierre deux coups, elle s’assure du soutien des Touaregs qui ont toujours été réfractaires à cette loi et réagit à la résolution votée fin novembre par le Parlement européen condamnant le coup d’État et la séquestration du président Bazoum ». Or, l’efficacité de la loi était pourtant plutôt mitigée, aucune alternative de reconversion économique crédible n’ayant pu être durablement acceptée par les populations locales. Il est, en effet, difficile de planter des choux et des carottes lorsque la température avoisine les 45°…
Depuis le début de l’année, plus de 150 000 migrants ont débarqué sur les côtes italiennes, un chiffre 61 % plus élevé que celui de l’année dernière à la même époque. La loi de 2015, si elle n’avait pas véritablement permis de résoudre la question migratoire dans son ensemble, les trafiquants empruntant des routes plus discrètes en coupant à travers le désert pour rejoindre la Libye puis la Tunisie, présentait au moins le mérite de poser les jalons d’une coopération renforcée entre les pays du Sahel et l’Europe s’agissant de la lutte contre l’immigration clandestine.
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