« Lorsqu’un système subit des contraintes, il a tendance à réagir en s’y opposant. Ce principe pourrait être étendu en concept universel; il est en effet valable pour tout système vivant, et dans tous les domaines: la botanique, la médecine, la géopolitique ou encore l’éducation! » Chimiste, ou philosophe, Cyril Ronco, fraîchement nommé membre junior de l’Institut Universitaire de France? Il s’amuse de la question et répond avec beaucoup d’à-propos: « Dans le système universitaire anglo-saxon, on désigne les personnes titulaires d’un diplôme de doctorat, des PhD. Savez-vous ce que cela signifie? Docteur en philosophie! »
Le ton est donné. Enseignant-chercheur, Cyril Ronco a besoin de prendre de la hauteur et il incite ses étudiants à en faire de même, lorsqu’il dispense avec passion ses cours sur la chimie médicinale – « L’enseignement est, à mon sens, au moins aussi important que la recherche; la science repose avant tout sur la transmission des connaissances ».
C’est tout petit que l’Antibois est tombé dans la marmite de cette spécialité essentielle à faire progresser les thérapeutiques. Il a seulement 9 ans lorsqu’en plongeant dans l’encyclopédie de ses parents, il découvre que, « grâce au génie de l’homme », des médicaments sont créés à partir du pétrole. « Trente ans plus tard, je trouve ça toujours aussi magique! »
Un projet majeur
Aujourd’hui, ses recherches portent sur la résistance aux thérapies anticancéreuses et anti-infectieuses, avec un objectif: développer les moyens de la contourner. Un projet majeur, sachant que ce phénomène est responsable de nombreux échecs thérapeutiques. « Le mécanisme de résistance est proportionnel à l’intensité de la contrainte appliquée. En clair, plus on traite un patient par un médicament ultraspécifique et à doses élevées, plus la résistance à cette contrainte est rapide et intense », vulgarise le chercheur, illustrations à l’appui. « Certaines thérapies ciblées contre le cancer ont été porteuses de grands espoirs, avant qu’on ne se retrouve confrontés à des mécanismes de résistance très puissants, induisant des rechutes. Ce type de résistance ne se retrouve pas avec des médicaments, dispensés de façon plus douce et diffuse, comme le paracétamol. »
Et le chercheur de proposer un changement de paradigme dans l’approche thérapeutique. « C’est en déséquilibrant de manière douce et lente un système qu’on peut espérer l’amener là où l’on veut. À nous donc de concevoir une approche plus mesurée, utilisant des médicaments moins spécifiques, dirigés contre des cibles plus pertinentes ».
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