Comment un drone muni d’une technologie laser vient en aide à l’archéologie sur le site gallo-romain de Tintignac

Avec un archéologue de la DRAC, trois spécialistes du pilotage de drone étaient hier, mardi 5 décembre à Naves, sur le site archéologique de Tintignac, pour valider une technologie au laser.

Bottes en caoutchouc et doudoune longue pour se protéger du froid, Fabien Loubignac était tout émerveillé, hier matin, en arpentant une parcelle du site archéologique de Tintignac. Cet archéologue de la DRAC (*), qui connaît le site corrézien comme sa poche, était accompagné de trois spécialistes des drones. Et tous les quatre n’avaient d’yeux que pour un puits, sombre et un peu effrayant, au pied d’un massif d’arbres.

« Avec ce drone un peu spécial, on va pouvoir descendre dans ce puits de 12 mètres de profondeur et grâce à la technologie Lidar (télédétection par laser), on va avoir en une heure un relevé ultra-détaillé en 3D du puits », explique l’archéologue.

Une première en Corrèze

De leur côté, penchés sur un ordinateur portable, à quelques mètres du puits, Patrice et Émilien peaufinent les derniers réglages du vol de leur appareil. « L’idée, c’est de valider cette technologie Lidar pour la recherche archéologique, poursuit Fabien Loubignac. C’est la première fois que c’est utilisé en Corrèze. »

Patrice Le Foll est le dirigeant de Drone Ingénierie système, à Bordeaux. Il a monté un réseau d’entreprises spécialisées dans la prestation technique par drone : « Certains matériels sont tellement onéreux que la plupart des entreprises ne peuvent pas en profiter. L’idée, c’est de partager ces matériels et notamment celui qui est aujourd’hui à Naves ».

Et pour cause?! « Il n’y a qu’une dizaine de drones équipés comme celui-là en France, explique Patrice Le Foll, le patron de Drone Ingénierie système. C’est une technologie développée par une entreprise suisse et c’est… très cher ».

Les ingénieurs de cette entreprise suisse ont réussi à miniaturiser, à la taille d’un filtre à huile de voiture, le matériel qui jadis (il y a cinq ans?! ) devait être embarqué à bord d’un avion : un laser qui « filme » à 360 degrés et qui reconstitue informatiquement une cavité, une grotte, une canalisation, dans leurs moindres détails.

Le trésor de Tintignac de retour à Naves

Fini le fil à plomb et le relevé papier au crayon : « Pour faire ce même travail, il faudrait plusieurs jours, rester suspendu, tout harnaché et faire des relevés fastidieux », compare encore Fabien Loubignac.

Sur le site de Tintignac, l’intérêt de cette technologie serait d’aller visiter visuellement, par exemple, l’aqueduc dont on connaît la présence et qui alimentait les thermes de l’agglomération gallo-romaine.

Savoir où creuser

« Ce puits, à 12 mètres de profondeur, donne sur l’aqueduc qui devait alimenter les thermes avec les eaux des sources des environs. Cela permettrait de connaître l’état de la construction, éventuellement savoir où creuser… ».

L’utilisation de cette technologie embarquée sur drone, ainsi qu’un rendu des résultats rapide seraient une aide incroyable à la décision dans la perspective de fouilles : où et comment fouiller?? Quel est l’intérêt et quels sont les risques?? Que peut-on espérer??

Émilien, le télépilote du drone. « L’un des meilleurs de France » selon Patrice Le Foll, le propriétaire de l’aéronef. Il a pour seul repère le visuel que lui renvoie la caméra. « Quand j’ai fait 4 ou 5 heures de pilotage, je suis vidé, il faut une concentration au top. Pour protéger l’engin, cela implique d’anticiper les obstacles ». À ses côtés, le Briviste Jean-Christophe Peuchamiel, un spécialiste de prestations techniques par drone, et Fabien Loubignac, l’archéologue.

Cette technologie laser est un complément à la technologie dite géoradar, déjà utilisée en archéologie et qui a été utilisée aussi récemment en Corrèze, à Meymac, pour rechercher des soldats allemands supposément enterrés là après avoir été tués durant la Seconde Guerre mondiale.

(*) Direction régionale des affaires culturelles.

Arnaud Besnard

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