Un pacte national pour « être prêt ». Prêt à recevoir, accueillir, comprendre, recruter, éduquer, former, travailler avec des personnes en situation de handicap. Aux côtés de toutes les strates de la société monégasque, le gouvernement princier aspire à changer les mentalités sur ce sujet, longtemps tabou et encore méconnu. « Il faut faire connaître le handicap, lutter contre les clichés, faire tomber les préjugés, mener une politique pragmatique en lien avec l’ensemble des associations œuvrant dans ce domaine. Les nombreuses actions existantes ne suffisent pas. Il est temps de passer une nouvelle étape », a expliqué, ce mardi au Yacht-club, Christophe Robino, conseiller de gouvernenement-ministre des Affaires sociales et de la Santé, devant le Tout-Monaco.
Un vaste chantier qui nécessitait une politique publique d’inclusion s’appuyant sur deux textes législatifs fondateurs: la loi 1.410 de 2014 sur la protection, l’autonomie et la promotion des droits et libertés des personnes handicapées et la loi 1.441 de 2016 relative à l’accessibilité du cadre bâti.
Devenir « une terre d’excellence »
Autour de neuf thématiques (*), l’exécutif a dressé sa feuille de route sur cinq années et égrené diverses initiatives déjà lancées, comme la constitution d’un solide réseau en Principauté, l’utilisation de testeurs pour valider les travaux d’accessibilité, une campagne dans les commerces et restaurants, la mise en œuvre d’un GPS piéton collaboratif adapté aux principaux concernés (lire ci-dessous). « C’est une action qui se veut volontaire, concertée, avec tous et pour tous », plaide Lionel Galfré, conseiller technique en charge des personnes en situation de handicap.
Fer de lance de ce Plan national depuis sa prise de fonctions en juin dernier, l’ancien directeur de l’IMSEE puis de MonacoTech est lui-même en situation de handicap. « J’y ai toujours été sensible mais ma vie n’était pas concernée, alors je passais à autre chose. Quand on comprend, on accepte… »
D’où l’importance capitale, à ses yeux, de l’éducation et de la formation ainsi que de la sensibilisation à la population. « L’objectif est de faire de Monaco une terre d’excellence en matière d’inclusion des handicaps, visibles ou invisibles. On a les moyens pour devenir une référence, martèle celui qui, à Sienne ou encore New York, a constaté à quel point la prise en compte du handicap est ancrée dans les mœurs. Monaco est un haut lieu de résidence, de travail et de tourisme. Tous ces gens vont parler de la Principauté… » L’enjeu dépasse donc les simples frontières du pays.
« Penser à la société de demain »
En Principauté, 400 personnes ont le statut officiel et reconnu de personne handicapée. Mais la réalité est autre (lire ci-contre). « Il faut aussi penser à ce que sera la société de demain. Dans 20 ans, un quart de la population monégasque aura plus de 70 ans. Plus on vieillit, plus on a de difficultés et plus le handicap augmente », ajoute Lionel Galfré.
Outre l’étroit rapprochement en cours entre les personnes handicapées, les institutions, le tissu associatif et le milieu du travail, un nouveau logo « handicap » a été créé pour incarner cet élan collectif. Plus coloré, plus moderne. La nouvelle carte priorité handicapés a, elle aussi, été changée en Principauté. « Chacun d’entre nous doit être prêt », conclut Lionel Galfré.
* Sensibilisation de la population; Éducation et formation; Emploi et travail; Logement et construction; Mobilité et accessibilité; Accompagnement et prise en charge; Accès au sport, à la culture et aux loisirs; faire savoir ce qui existe et ce qui est fait; reconnaissance internationale.
Lionel Galfré, conseiller technique en charge des personnes en situation de handicap.La proposition de loi devrait être déposée fin 2023.
Au terme de la présentation de ce Plan national, Philippe Ortelli, président de la Fédération des entreprises monégasques, a assuré que les employeurs du pays prendraient toute leur part dans cet élan collectif. « Votre approche non coercitive et non législative, et plutôt tournée vers l’échange et la compréhension mutuelle, nous a particulièrement touchés. Pour une fois, il n’y a pas de contrainte mais un dialogue », a-t-il réagi.
Un enthousiasme aussitôt douché par l’intervention de Brigitte Boccone-Pagès, présidente du Conseil national, qui a confirmé son intention de légiférer sur le sujet. « Eh bien M. Ortelli, je vais vous contredire puisque nous allons déposer une proposition de loi avant la fin de l’année pour une étude rapide et un vote à la session de printemps 2024. Je vous engage vivement à nous rencontrer pour une première lecture et pour que vous puissiez nous faire un retour sur les différentes propositions. »
Pour connaître les grandes lignes de ce texte, il faudra toutefois patienter jusqu’à son dépôt officiel. « Il sera performant par rapport aux deux textes votés lors des mandats précédents. Vous allez être surpris par ce que nous allons proposer », nous confie-t-elle en aparté.
Christophe Robino, conseiller de gouvernement-ministre aux Affaires sociales et à la Santé.
Les commentaires sont fermés.