Le déploiement d’une force internationale peut-il sauver Haïti ?

L’intervention de ces forces armées était discutée depuis plus d’un an, suite à une demande formulée par le premier ministre haïtien. Mais cette possibilité avait alors donné lieu à de forts mouvements de contestation dans le pays. Comment expliquer les réticences de la population alors même qu’elle fait face à un déferlement de violences et au règne des gangs ?

Un constat humanitaire alarmant

Frédéric Thomas rappelle la situation alarmante en Haïti. Il estime que la moitié de la population est en insécurité alimentaire et nécessite une aide humanitaire. À cette instabilité s’ajoute la présence de groupes armés qui exercent un contrôle dans certaines zones de la capitale Port-au-Prince : « La moitié des hôpitaux de la zone métropolitaine de la capitale  Port-au-Prince se trouve dans des territoires contrôlés par les gangs armés, où 200 000 personnes sont déplacées par la violence. On estime qu’il y a  7 grandes coalitions de bandes armées qui constituent autour de 200 groupes et qui contrôlent 80% de Port-au-Prince ».

Le politiste affirme que ces gangs vivent par la violence, le trafic, la rançon et ont fait plus de 3000 victimes au cours de ces neuf derniers mois. Le pouvoir de ces gangs est notamment permis par des liens entre la classe politique, le monde des affaires et ces gangs armés.

Qu’attendre d’une intervention de la communauté internationale ?

Si l’intervention de forces armées en Haïti était discutée depuis plus d’un an, le déploiement de forces étrangères ne semble pas être une solution viable selon Frédéric Thomas : « cela montre la fuite en avant de la communauté internationale qui poursuit toujours la même logique d’intervention extérieure et de mise sous tutelle de l’état haïtien, sans tenir compte des avis, des attentes de la population qui est très critique envers ce gouvernement et cette communauté internationale qui participe, qui est responsable en partie de cette crise. »

Le rôle de la communauté internationale pourrait alors être de faciliter une transition en coopération avec la société civile haïtienne, pour ainsi respecter la volonté du peuple haïtien : « On a toujours cette focale sur la question sécuritaire,  la solution est politique. Or malheureusement, on s’en éloigne en soutenant un gouvernement qui participe une nouvelle fois du problème et qui a entretenu l’insécurité, qui a fait de la terreur même un mode de gouvernance. »

Frédéric Thomas rappelle à ce propos l’échec et les défaillances de la mission de stabilisation de l’ONU, la  MINUSTAH, déployée entre 2004 et 2017 sur le sol haïtien : « La MINUSTAH a provoqué la propagation du choléra, qui a fait près de 10 000 morts et est aussi responsable d’agressions sexuelles. L’ONU a néanmoins tardé à reconnaître ces faits avant de demander pardon. De plus, cette mission a quitté le pays depuis six ans et la situation au sein du pays n’a cessé d’empirer. On prétend avoir tiré les leçons et revenir avec une nouvelle forme d’intervention étrangère sans que les mécanismes de contrôle de cette mission ne soient mis en place. »


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