Chausser ses baskets pour passer un entretien d’embauche avec un recruteur, non pas dans un bureau mais sur un parquet de basket, une piste athlétisme, un terrain de foot ou de rugby, c’est que permet le dispositif « Du stade vers l’emploi ».
Créée il y a quatre ans dans le Pas-de-Calais, cette opération de Pôle emploi — dont 17 fédérations sportives sont partenaires et qui est labellisée par le Comité d’organisation des Jeux olympiques (Cojo) — s’est généralisée dans le pays, et notamment en Île-de-France où se sont tenus 107 événements sur les 300 organisés cette année.
Parmi les départements franciliens, c’est dans les Hauts-de-Seine qu’il y en a eu le plus depuis le début de l’année. Un 13e est encore prévu ce jeudi 7 décembre, à Asnières. Objectif de l’opération : faire du sport un tremplin pour remobiliser les chômeurs de longue durée et les ramener vers l’emploi.
Athlétisme, rugby, tennis de table… Quel que soit le sport choisi, le principe est le même. Un employeur, qui ne dévoile pas sa fonction dans un premier temps, se mêle à un groupe de 10 à 12 demandeurs d’emploi. Tous en survêtements, en baskets, avec des chasubles identiques, ils participent tout au long de la matinée à des activités sportives, encadrés par des bénévoles d’une fédération sportive dans des équipements mis à disposition par les collectivités.
« Désacraliser l’entretien d’embauche »
« Il n’est pas nécessaire d’être sportif pour participer car chacune des 17 fédérations adapte sa discipline. Le but de la journée est de détecter, via le sport, les habiletés en savoir-être des candidats plus que leur savoir-faire », explique Didier Thomas, le directorial territorial de Pôle emploi. Après avoir mouillé le maillot avec les candidats, les recruteurs révèlent dans l’après-midi leur identité et font passer des entretiens, lors d’un job dating préalablement préparé par les candidats.
Mais s’ils partagent le temps d’une journée le même maillot, tous parviennent-ils à transformer l’essai ? C’est ce que semblent confirmer les chiffres de Pôle emploi. « Les taux de retour à l’emploi des participants dans le département sont de près 42 % à trois mois et de 49 % à six mois, soit légèrement en dessous de la moyenne francilienne », expose Didier Thomas, qui était à la tête du pôle territorial du Pas-de-Calais, quand le dispositif « Du stade vers l’emploi » y a été lancé.
« Dans les enquêtes de satisfaction, les retours sont positifs à 88 % pour les demandeurs d’emploi et à 92 % pour les entreprises », ajoute-t-il. Pour le patron de Pôle emploi des Hauts-de-Seine, la forme du dispositif explique son succès auprès des candidats. « Cette journée en sort certains de leur isolement social et désacralise l’entretien d’embauche pour des personnes éloignées de l’emploi depuis douze mois ou plus. La relation de confiance qui s’est établie le matin permet d’aborder des points du parcours, qui ne l’auraient pas été dans un entretien classique. »
« On a aimé mon engagement et ma détermination »
Un cadre informel et convivial, qui a de fait rassuré Hocine Rhazouani. « Contrairement aux entretiens classiques, où j’étais stressé dès que je parlais de mon manque de diplôme et de qualification, là on a une journée entière pour poser des questions et échanger. J’ai pu montrer une autre facette, ça décoince ! », approuve cet habitant d’Antony âgé de 43 ans. Il a signé un CDI une semaine après avoir évolué sur un terrain de rugby du Plessis-Robinson avec celui qui allait devenir son manager.
« Le matin, j’avais échangé avec lui sans deviner qui il était. Nous avions fait des épreuves en équipe, comme soulever des bottes de paille. Il avait aimé mon engagement et ma détermination », relate celui qui a été embauché en juin dernier par la société l’Atelier du Courrier, à Antony. « Je ne m’attendais pas à ça ! J’étais au chômage depuis deux ans et demi en raison de mon épilepsie et on m’orientait sur des emplois qui n’avaient rien à voir avec ce que j’avais fait auparavant. Je n’avais pas de perspective. »
Si le dispositif contribue à remobiliser les chômeurs, les recruteurs, eux, y voient une opportunité de dénicher des profils qui passeraient sous leurs radars avec des méthodes de recrutement classiques. « L’initiative ouvre leur champ des possibles et leur permet de rencontrer et d’envisager des profils de candidats qu’ils ne trouveraient pas ailleurs. Le dispositif séduit particulièrement les TPE et PME, qui sont habituées à cette ambiance familiale. Mais des grandes entreprises, comme Securitas, s’y mettent », rapporte Didier Thomas.
Tous les secteurs d’activité passent par le dispositif mais, comme pour les recrutements classiques, ce sont surtout les patrons des métiers en tension qui y ont recours : la sécurité, les transports, la logistique et le commerce.
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