(Interview Yonhap) Ambassadeur français à Séoul : la France est en faveur d’une reconduite du format «G7 plus» avec la Corée du Sud
L’ambassadeur de France en Corée du Sud, Philippe Bertoux lors d’une interview accordée à l’agence de presse Yonhap, le jeudi 7 décembre 2023 à la résidence de France à Séoul.
SEOUL, 09 déc. (Yonhap) — Philippe Bertoux, ambassadeur de France en Corée du Sud, a accordé jeudi une interview exclusive avec l’agence de presse de Yonhap, sa première avec un média local depuis son arrivée au pays du Matin-Clair le 18 juillet 2023. Il a affirmé le soutien de la France en faveur d’une reconduite du format «G7 plus» la Corée du Sud et l’Australie pour des sommets multilatéraux des grandes puissances abordant des thématiques mondiales.
«Nous avons soutenu la Corée lorsqu’elle a souhaité être incluse dans les discussions du G7 sous présidence japonaise, notamment lors du sommet de Hiroshima», a répondu l’ambassadeur au sujet de ce format. «On a parlé à ce moment-là du format G7 plus, qui n’est pas une alternative, mais plutôt un complément au G7, et nous sommes tout à fait favorables à ce que ce format G7 plus soit reconduit sous la présidence italienne du G7 lors du prochain sommet.»
Pour ce qui est de la création éventuelle d’un sommet du G9, il a noté : «Il n’y a pas eu, à ma connaissance, de demande officielle et formelle de la part de la Corée du Sud de faire partie d’un G9. Et si on parle de G9, c’est un G7 plus deux. Et donc, il faudrait savoir aussi s’il y aurait une demande d’un autre pays, ce qui pourrait être l’Australie, pour formaliser aussi une candidature pour devenir membre d’un G9.»
Lors d’une rencontre avec son homologue française Catherine Colonna en novembre dernier, Park Jin, le ministre des Affaires étrangères, avait réitéré l’importance de la participation et de la contribution de la Corée du Sud au sommet «G7 plus» afin de consolider le principe d’un ordre international basé sur le droit et les valeurs partagées pour faire face aux crises internationales.
Au sujet des programmes nucléaire, balistique et spatial de la Corée du Nord, et en particulier le lancement du satellite de reconnaissance militaire le 30 novembre dernier, l’ambassadeur a rappelé la position ferme de la France sur ce sujet, notant que «nous avons condamné avec une extrême fermeté le lancement par la Corée du Nord» tout en dénonçant «les transferts d’armes de la Corée du Nord vers la Russie».
Philippe Bertoux, ambassadeur de France en Corée du Sud, lors d’une interview accordée à l’agence de presse Yonhap, le jeudi 7 décembre 2023 à la résidence de France à Séoul.
Il est aussi revenu sur les actions entreprises par la France, en tant que pays membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) et un partenaire fidèle de la Corée du Sud, dans le dossier nord-coréen. Il a expliqué : «Nous avons le souci de maintenir la Corée du Nord à l’agenda du Conseil de sécurité avec une double dimension : une dimension de non-prolifération, avec bien sûr un focus sur les questions nucléaires, balistiques et les essais spatiaux qui sont pour nous des essais balistiques déguisés, et d’autre part la situation des droits de l’homme en Corée du Nord, qui a été inscrite à l’agenda du Conseil de sécurité et qui doit y rester. Et donc, sur ces deux dimensions de la problématique nord-coréenne, nous allons continuer, avec la Corée du Sud et avec le reste de nos partenaires du Conseil de sécurité.»
Bertoux a également commenté l’arrivée prochaine de la Corée du Sud au CSNU, élue pour siéger en 2024 et 2025 en tant que membre non permanent. Il a estimé que «l’entrée de la Corée du Sud au conseil est de nature à éclairer les membres, ceux qui peuvent être réticents à ce que l’on approfondisse les discussions», afin de résoudre les «blocages sur un certain nombre de sujets» au sein du conseil.
Pour ce qui est de la stratégie Indo-Pacifique et l’horizon de coopération avec la Corée du Sud, l’ambassadeur Bertoux a répondu que «lorsqu’on regarde la stratégie Indo-Pacifique dont la Corée du Sud s’est dotée l’année dernière, beaucoup de points communs apparaissent entre la stratégie sud-coréenne et celles de la France et de l’Europe». Il a continué : «Nos stratégies ne sont orientées contre aucun pays. Ce sont des stratégies inclusives et ce sont des stratégies qui sont coopératives et fondées sur l’importance du respect de la règle de droit international, et notamment du droit maritime international.»
Il a évoqué ainsi certains exemples d’application de la coopération avec la Corée du Sud dans le cadre de leurs stratégies Indo-Pacifique : «Il y a des projets en matière de préservation des forêts primaires qui sont de très beaux terrains de coopération trilatérale entre la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Corée du Sud et la France. Nous pensons aussi à la Mongolie, au Bangladesh, aux pays de l’ASEAN.»
L’ambassadeur de France en Corée du Sud, Philippe Bertoux, lors d’une interview accordée à l’agence de presse Yonhap, le jeudi 7 décembre 2023, à la résidence de France à Séoul.
Concernant les relations bilatérales entre les deux pays, il a noté que le président français Emmanuel Macron et son homologue sud-coréen Yoon Suk Yeol se sont rencontrés à Paris à deux reprises, en juin et en novembre dernier, ce qui l’a amené à qualifier cette année de «cru 2023 extrême riche». Mais il a rappelé aussi que l’année prochaine pourrait être «marquée par une visite de très haut niveau». «Je crois que le principe et l’envie de mettre en place cette visite est bien établie, et la seule question qui se pose est une question de date», a-t-il assuré.
Quant aux autres évènements bilatéraux importants à venir, l’ambassadeur français à Séoul a mentionné l’ouverture en 2025 d’une antenne à Séoul du centre Pompidou. Le «Pompidou Center Hanwha Seoul» verra le jour en octobre 2025 dans le 63 Building situé à Yeouido, connu comme étant le quartier financier de Séoul, où se trouve aussi l’Assemblée nationale. Puis en 2026, les deux pays célèbreront le 140e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques.
Arrivée en Corée du Sud en juin dernier, l’ambassadeur Philippe Bertoux a présenté ses lettres de créance au président Yoon le 17 octobre. Diplomate de carrière et spécialiste de la non-prolifération nucléaire, il s’agit pour lui de son premier poste en tant qu’ambassadeur. Il est revenu sur ces premiers mois passés en Corée : «J’ai pris mes fonctions le 18 juillet dernier et donc on arrive presque à six mois. Voilà, les mois sont passés à une très, très grande vitesse. « Palli palli », comme on dit en Corée, à la vitesse de la lumière. Ils ont été extrêmement riches.»
La dernière question portait sur la sécurité des Jeux olympiques de Paris 2024 et sur les contremesures prises par les autorités françaises face au problème des punaises de lit. L’ambassadeur a affiché sa confiance, notant : «Pour chaque édition des Jeux olympiques, il y a toujours des crises internationales par définition. […] La mobilisation du côté français, du côté de tous les services qui sont impliqués pour la sécurisation et la bonne organisation des Jeux olympiques, elle est maximale, totale. Sur la question des punaises de lit, qui est peut-être perçue comme anecdotique mais qui ne l’est pas parce que cela peut jouer sur l’image, là aussi, nos autorités ont pris le sujet pleinement en considération.»
Propos recueillis par Oh Jeong-hun
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