L’assassinat de Fernando Villavicencio, l’un des favoris de la présidentielle en Équateur, tué par balles mercredi, ravive des souvenirs douloureux de l’histoire de l’Amérique latine. Depuis des décennies, politique et violence sont intimement liées dans de nombreux pays du continent. Retour sur les principaux assassinats politiques, souvent commis en toute impunité.
Sa mort a provoqué une onde de choc en Équateur, autrefois considéré comme l’un des pays les plus sûrs d’Amérique latine. Fernando Villavicencio, pourfendeur de la corruption dans son pays, a été tué par balles mercredi 9 août à la fin d’un meeting de campagne. Ancien député et journaliste, il briguait pour la première fois la présidence du pays et était l’un des favoris du scrutin, dont le premier tour doit avoir lieu le 20 août.
Six Colombiens ont été arrêtés. Un septième assaillant, également colombien, a été abattu par les forces de sécurité. Les autres candidats à la présidentielle, Yaku Perez, Xavier Hervas, Otto Sonnenholzner et Bolivar Armijos, ont demandé que l’enquête sur l’assassinat soit menée de manière « rapide, transparente et rigoureuse ».
Un assassinat qui rappelle que l’Amérique latine a une longue histoire de violences politiques. Des décennies de conflits idéologiques ont conduit à de nombreux assassinats, souvent restés impunis. France 24 revient sur les principaux assassinats politiques du continent.
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En Haïti, l’impunité règne après l’assassinat du président Jovenel Moïse
Le 7 juillet 2021, le président haïtien Jovenel Moïse est tué par balles à son domicile de Port-au-Prince par un commando de mercenaires colombiens présumés, en plein cœur d’une crise sécuritaire qui paralyse le pays. Selon une enquête du New York Times, Jovenel Moïse avait commencé à dresser une liste de politiciens et d’hommes d’affaires impliqués dans le trafic de drogue en Haïti, avec l’intention de remettre le dossier au gouvernement américain.
Deux ans plus tard, l’enquête judiciaire est au point mort, mettant en lumière l’impunité qui règne dans le pays. Au moins dix-sept ex-militaires colombiens sont détenus à Port-au-Prince dans le cadre de cette enquête. Les motivations de son assassinat et l’identité des responsables commanditaires restent floues.
Les « Sicarios », des tueurs à gages originaires des favelas colombiennes, sont soupçonnés d’être impliqués. « En Colombie, il existe une industrie du crime qui fermente depuis longtemps, depuis l’époque des cartels de la drogue dans les années 1980, et cette industrie du crime a atteint de nombreuses personnes », explique Jorge Iván Cuervo, chercheur à l’université Externado de Colombie, à l’agence de presse espagnole EFE.
« Dans la mesure où le trafic de drogue est un phénomène transnational, cette main-d’œuvre colombienne, qui a grandi dans l’industrie du crime, a été utile et efficace pour étendre le crime organisé dans d’autres régions », ajoute-t-il.
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En Colombie, la guerre sanglante contre la gauche
Depuis des décennies en Colombie, de nombreux politiciens, militants et syndicalistes ont été assassinés par des groupes armés liés au trafic de drogue, à la guérilla ou aux paramilitaires.
Jorge Eliécer Gaitán figure parmi les victimes les plus emblématiques de la violence politique. Bien qu’il n’ait pas été officiellement candidat à la présidentielle de 1948, cet homme politique libéral était l’un des plus populaires dans les sondages. Soutenu par les classes populaires pour ses propositions de gauche et de justice sociale, il est assassiné le 9 avril 1948. Sa mort déclenche une vague de protestations et de répressions connue sous le nom de « Bogotazo ».
En octobre 1987, Jaime Pardo Leal, candidat UP (Union patriotique) à la présidentielle de 1986, meurt sous une pluie de balles. En 1989, Luis Carlos Galán, candidat du parti libéral à la présidentielle de l’année suivante, est tué par un tireur engagé par les narcotrafiquants Pablo Escobar et José Gonzalo Rodríguez Gacha. L’homme politique était connu pour son programme social et sa lutte résolue contre le trafic de drogue et les groupes armés. En 1990, les candidats Bernardo Jaramillo Ossa (UP) et Carlos Pizarro Leongómez, ancien leader du mouvement de guérilla M-19, sont également assassinés.
À l’exception de l’assassinat en 1995 du politicien conservateur Álvaro Gómez Hurtado, revendiqué quinze ans plus tard par les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), la grande majorité des violences contre les personnalités publiques en Colombie a historiquement visé les représentants de la gauche.
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Au Mexique, des violences incessantes
Au Mexique, pays particulièrement marqué par la violence, l’assassinat le plus connu est celui de Luis Donaldo Colosio, candidat à la présidence sous l’étiquette PRI (Parti révolutionnaire institutionnel) en mars 1994. L’enquête sur ce meurtre a été rouverte en juillet 2022 par le parquet, en raison d’irrégularités.
La Commission nationale des droits de l’homme avait déjà demandé un réexamen de l’affaire, après avoir affirmé que Mario Aburto, qui avait avoué le meurtre, avait été torturé par les forces de l’ordre pour lui arracher ses aveux.
Les élections législatives de 2021 ont également été émaillées par les violences. Au total, 169 cas de violences politiques ont été enregistrés, avec l’assassinat de 143 militants, activistes et responsables de campagne. Parmi eux, 27 personnes étaient des candidats à des postes politiques locaux.
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Amérique centrale : entre coups d’État et dictatures, des dirigeants assassinés
Pendant la deuxième moitié du XXe siècle, l’Amérique centrale a également été le théâtre d’assassinats de ses dirigeants politiques. En 1955, José Antonio Remón Cantera, premier militaire à accéder à la présidence du Panama, est assassiné. Les enquêtes révèlent la complicité de son successeur, le vice-président José Ramón Guizado, qui a clamé son innocence toute sa vie.
Deux ans plus tard, au Guatemala, le militaire Carlos Castillo Armas, ayant pris le pouvoir à la suite d’un mouvement armé trois ans plus tôt, est assassiné dans la résidence présidentielle. Conservateur, il avait abrogé plusieurs des réformes progressistes du gouvernement précédent et notamment restitué des terres expropriées à la United Fruit Company, une entreprise bananière américaine. Un militant communiste avait alors été accusé de son meurtre.
Au Nicaragua, le dictateur Anastasio Somoza García est abattu en 1956, après deux décennies à la tête du pays, marquées par la répression politique et le soutien des élites économiques. Son fils Anastasio Somoza Debayle, le commandant de la garde nationale, lui succède, mais il est contraint à la démission et à l’exil en 1979. L’année suivante, un commando lié aux sandinistes (les opposants à la dictature de la famille Somoza) l’assassine au Paraguay.
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Au Chili et au Brésil, des soupçons d’assassinat sous la dictature militaire
L’Amérique latine a connu plusieurs cas de morts mystérieuses sous la dictature militaire. Au Chili, le président socialiste Salvador Allende décède lors de l’attaque de La Moneda, le palais présidentiel de Santiago, à l’origine du coup d’État d’Augusto Pinochet, le 11 septembre 1973.
La version officielle, confirmée par la Cour suprême en 2014, est celle du suicide, alors que des hommes politiques et journalistes étrangers estimaient qu’il avait pu être assassiné par un putschiste, ou mourir en tentant de repousser l’attaque.
Au Brésil, l’ancien président Juscelino Kubitschek, au pouvoir de 1956 à 1961, après le coup d’État de 1964 qui instaure une dictature militaire, est forcé de partir en exil et meurt en 1976 dans un accident de voiture. Selon une commission d’enquête en 2013, il s’agissait d’un homicide. Mais en 2014, une commission nationale dite « Commission de la vérité » a conclu que sa mort était accidentelle. Une affaire de plus qui contribue à créer un climat de peur et d’insécurité.
Cet article a été adapté de l’espagnol par Barbara Gabel. L’original est à retrouver ici.
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