Il n’y aura pas d’enquête fédérale sur les abus dans les sports, mais une commission

Après des mois d’attente et après avoir promis une enquête nationale sur les abus dans les sports, le gouvernement Trudeau change d’avis et annonce plutôt une Commission sur l’avenir du sport au Canada.

La nouvelle ministre des Sports et de l’Activité physique, Carla Qualtrough, a annoncé lundi qu’un commissaire et deux conseillers spéciaux seront nommés pour cette commission indépendante, d’une durée de 18 mois. La commission vise à s’attaquer aux causes de la maltraitance dans le système sportif et à transmettre des recommandations au gouvernement.

« Ce n’est pas une enquête publique », a précisé la ministre, mais plutôt « un modèle basé sur la Commission de vérité et réconciliation du Canada » au sujet des pensionnats autochtones, dans lequel des victimes pourront prendre la parole et être écoutées.

Selon l’analyse de Carla Qualtrough, une enquête publique serait trop rigide, et trop lourde pour les victimes d’abus. Elle souhaite leur éviter un contre-interrogatoire et de nouveaux traumatismes. Elle assure toutefois que la commission, qui sera publique, arrivera aux mêmes objectifs.

Sa prédécesseure, Pascale St-Onge, avait plutôt laissé entendre en mai qu’une enquête publique était imminente. « Il y aura une enquête publique. Quand on va être prêts à l’annoncer… Ne vous inquiétez pas, ça me fera un grand plaisir de le faire, je sais qu’elle est attendue », a-t-elle promis, à la grande satisfaction de l’opposition à Ottawa.

Pascale St-Onge est depuis passée au portefeuille du Patrimoine canadien en juillet, suivant un remaniement ministériel qui a ramené Mme Qualtrough aux Sports, un poste qu’elle a déjà occupé entre 2015 et 2017. L’élue de Colombie-Britannique a admis lundi qu’elle aurait dû « creuser davantage » l’enjeu des abus physiques et sexuels dans les sports lors de sa première affectation comme ministre, alors que sa priorité était à l’époque la prévention des commotions cérébrales.

La commission annoncée promet de faire des changements en profondeur dans le système du sport au pays, de s’attaquer aux questions du racisme, du sexisme, de l’homophobie et de la transphobie, et finalement de rétablir la confiance du public et des sportifs dans leurs institutions.

Cela donne « une raison de célébrer » à Kim Shore, ex-gymnaste canadienne et militante pour le droit des victimes dans le sport.

« C’est un peu décevant que ce n’est pas une enquête publique, dit-elle en entrevue au Devoir depuis Calgary. Mais [la commission annoncée] offre la promesse de creuser vraiment dans ce qui a déraillé dans notre système sportif et d’entendre les survivants et les victimes qui ont toujours des histoires à raconter, qui vont pouvoir contribuer à résoudre les problèmes. »

Les détails du fonctionnement de la Commission sur l’avenir du sport au Canada, comme l’identité des trois personnes qui la dirigeront, doivent être annoncés au début de l’année 2024. La commission devra faire un rapport public de ses constatations et recommandations.

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