Il n’est officiellement candidat à rien et n’a jamais laissé publiquement filtrer la moindre ambition. Mais sa silhouette élancée est de plus en plus visible dans les rencontres officielles, sur les réseaux sociaux et les images distillées par la présidence camerounaise. Une présence nouvelle qui interroge, inévitablement, dans un pays où les discussions autour de la succession du « capitaine » sont de moins en moins théoriques : Franck Biya se positionne-t-il pour hériter du fauteuil présidentiel occupé depuis par quarante ans par son père Paul, 90 ans depuis le 13 février ?
Dans une Afrique centrale où, du Tchad au Gabon, en passant par la République démocratique du Congo (RDC), les dynasties politiques sont devenues une norme, voir Franck Biya, 52 ans, apparaître dans les coulisses de la présidence camerounaise est un signe, même si chacun se gardera sur place de le considérer comme un adoubement. On ne compte plus les ambitieux et les successeurs putatifs foudroyés par la justice dès lors que les intentions devenaient trop limpides. La prison de Kondengui à Yaoundé est devenue, depuis plus de dix ans, le lieu de résidence de nombreux ministres et secrétaires généraux de la présidence.
Franck Biya, lui, est resté dans l’ombre. Fils aîné de l’indéboulonnable président et de sa première épouse, Jeanne-Irène, décédée en 1992, il a fait une partie de ses études à l’université de Caroline du Sud, puis a longtemps vécu en France. Homme d’affaires, il a investi, entre autres, dans l’immobilier et l’exploitation forestière.
« Il ne gaspille pas l’argent dans les boîtes de nuit »
Sa discrétion n’a pas empêché des organisations non gouvernementales (ONG) de se pencher sur ses affaires. En 2012, Afrione Cameroun, l’une de ses entreprises, a été citée dans une affaire de détournements de deniers publics. En 2020, Greenpeace affirmait qu’il était « l’actionnaire minoritaire » de Sud Cameroun Hévéa (filiale de Halcyon, géant mondial du caoutchouc), entreprise que l’ONG de protection de la nature accusait de déforestation de plusieurs milliers d’hectares de forêts. Il n’a jamais réagi à ces accusations.
Des intentions que lui prêtent des chroniqueurs du palais d’Etoudi, l’intéressé ne dit rien, mais ne fait rien non plus pour les démentir. Lorsque Emmanuel Macron pose le pied à Yaoundé en juillet 2022, la route de l’aéroport jusqu’à la capitale est jalonnée de banderoles et de pancartes appelant à sa candidature. Les autorités les feront rapidement retirer, mais aucun observateur ne manquera la poignée de main entre Franck Biya et le dirigeant français dans les couloirs de la présidence. En novembre, nouvelle apparition, cette fois à Garoua, la capitale de la région Nord, pour célébrer les quarante ans d’accession de Paul Biya à la présidence. L’occasion d’un premier contact avec les militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir.
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