Pour juguler les violences en marge du football, la ministre des sports réclame de la fermeté, mais la fin du moratoire sur les déplacements

Face à la nouvelle flambée de violence en marge du football, la ministre des sports et des Jeux olympiques, Amélie Oudéa-Castéra, a appelé, lundi 18 décembre, à la mise en place d’une « politique pénale plus ferme ». S’exprimant à la suite d’une réunion de l’Instance nationale du supportérisme (INS) à Paris, qui rassemble les principaux acteurs liés à la question, la ministre a déclaré ne pas vouloir prolonger le moratoire sur les déplacements des supporteurs.

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Décidé après la mort d’un supporteur nantais, le 2 décembre, « ce moratoire ne s’est probablement pas déroulé exactement de la manière dont chacun aurait pu le souhaiter, mais l’important est qu’il a produit des résultats », a constaté la ministre. Le fan du FC Nantes de 31 ans est mort après avoir reçu deux coups de couteau lors d’une altercation avec un chauffeur de VTC, dont le véhicule avait été ciblé par un groupe de supporteurs nantais car transportant des fans niçois. L’incident de trop pour les pouvoirs publics.

Car ces dernières semaines, une série d’événements impliquant des supporteurs en marge des matchs de Ligue 1 et de Ligue 2 de football sont venus gâcher la fête. Comme des chants racistes et homophobes entonnés en tribunes, ou le caillassage du bus des joueurs de l’Olympique lyonnais (OL) et de leurs fans, fin octobre, à Marseille, lors duquel Fabio Grosso, alors entraîneur des Rhodaniens, et son adjoint ont été blessés.

A cette dérive inquiétante, les autorités ont répondu jusqu’alors par des interdictions de déplacements. Après la mort du supporteur nantais, la ministre s’était même dite favorable à « un moratoire ». Intenable sur le long terme, cette mesure d’urgence s’est surtout vite heurtée au Conseil d’Etat. Pointant une « atteinte grave et manifestement disproportionnée aux libertés fondamentales », l’institution a suspendu plusieurs arrêtés ministériels et préfectoraux en ce sens. Mais lundi, Amélie Oudéa-Castéra a insisté sur le fait qu’il était nécessaire d’envoyer « un signal extrêmement fort de fermeté, […] un sursaut, un électrochoc » après la mort du fan nantais.

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« Même s’il y a de la casse juridique, je la préfère à la casse humaine », a-t-elle affirmé, tout en déclarant ne pas vouloir « prolonger ad vitam aeternam ni cette idée du moratoire ni ces batailles devant le Conseil d’Etat », qui s’est réuni encore lundi après-midi au sujet des arrêtés visant des matchs de Ligue 2 et de Ligue 1 mardi 19 et mercredi 20 décembre.

Un enjeu d’importance, à sept mois des Jeux olympiques

Si la réunion de l’INS n’a pas abouti sur des annonces – cette structure, créée en 2016, n’en a pas les compétences –, elle a permis de rassembler les principaux acteurs du domaine, tant issus des ministères, des instances du football ou des associations des supporteurs. Saluant « une tendance, globalement, à la diminution des violences ces deux dernières saisons », en dépit d’une recrudescence d’incidents depuis la fin octobre, Amélie Oudéa-Castéra a mis en avant « la nécessité d’avoir une politique pénale plus ferme encore », notamment « avec des interdictions judiciaires de stade qui doivent être en nombre plus important et probablement avec une fermeté plus importante ». Sans donner le calendrier précis de ces mesures, alors que l’enjeu prend d’autant plus d’importance que dans sept mois, la France accueille les Jeux olympiques et que la problématique sécuritaire est au cœur des préoccupations.

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La France s’est focalisée ces dernières années sur les sanctions collectives, beaucoup moins sur les sanctions individuelles. En juillet 2023, on comptait seulement 218 interdits de stade dans le pays, contre quelque 1 600 au Royaume-Uni et 1 300 en Allemagne, deux nations qui ont réussi à contenir les violences depuis les années 1990. Or, le choix de punir un ensemble de supporteurs pour les actions déplorables d’une poignée d’entre eux est perçu comme injuste et fait l’objet de vives critiques.

La semaine dernière, encore, la décision, sous l’impulsion du ministre de l’intérieur, d’interdire aux fans de Séville de se rendre à Lens pour le dernier match des phases de groupe de la Ligue des champions, à la veille du coup d’envoi, a suscité une levée de boucliers. Dans un texte diffusé sur X, les Red Tigers, association d’ultras lensois, dénonçaient des « arrêtés iniques et liberticides », tandis que Franck Haise, l’entraîneur du RC Lens, s’interrogeait, de son côté : « Comment on va faire pour les Jeux olympiques, si on ne peut pas accueillir 300 Sévillans sur notre sol ? » La mesure avait finalement été annulée, le lendemain, par le Conseil d’Etat.

La France n’est pas le seul pays confronté aux violences dans le football. En Grèce, les matchs du championnat se dérouleront à huis clos jusqu’au 12 février pour mettre un terme à ce fléau, tandis qu’en Turquie, le championnat de première division a été suspendu, jusqu’à nouvel ordre après qu’un arbitre a été roué de coups. Mathieu Zagrodzki, politologue spécialiste des questions de sécurité et membre de l’INS, insistait cependant, auprès de l’Agence France-Presse, avant la réunion de lundi : « Il ne faut pas amplifier la chose par rapport à ce qu’elle représente d’un point de vue statistique, les stades français ne sont pas des coupe-gorge. »

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