La peur de sa vie. Ce 4 décembre au matin, Mimi (le prénom a été modifié) décroche son téléphone fixe. Au bout du fil, l’interlocutrice se présente comme une policière de la Sûreté publique et lui livre une nouvelle dramatique: sa fille a gravement blessé une femme enceinte en la renversant avec sa voiture.
Le hic? Sa fille n’a pas le permis.
« Elle enchaîne et me dit que c’est en réalité mon fils [qui a bien un scooter, N.D.L.R.], qu’il est entre les mains du juge, qu’il risque trois à six mois de prison, sauf si je paye une caution de 25.000 à 30.000 euros », raconte cette Monégasque résidant à Fontvieille.
Dans tous ses états, Mimi bredouille qu’elle ne dispose pas d’une telle somme. « Avez-vous des bijoux de valeur? », poursuit l’interlocutrice. Non plus. « Et là, elle s’emporte et me dit: « Vous habitez à Monaco et vous n’avez pas d’argent? ». Cette phrase m’a interpellée. J’ai tilté et dit que j’allais appeler la police. Elle a raccroché. »
1.400 appels malveillants et 200 résidents contactés
Mimi vient d’être victime d’une tentative d’escroquerie bien ficelée, comme près de 200 autres résidents de la Principauté contactés entre septembre et la mi-décembre.
Si l’immense majorité ne s’est pas laissé berner et a signalé les faits à la (vraie) Sûreté publique, cette vague de 1.400 appels malveillants a fait deux victimes dans le pays. Des personnes âgées qui, paniquées par la gravité des faits exposés, ont accordé une confiance aveugle et délivré physiquement leurs richesses à une personne venue récolter le fruit pécuniaire de ce chantage machiavélique.
Le préjudice financier estimé par les victimes qui ont déposé plainte avoisine les 600.000 euros, selon le Parquet général contacté par Monaco-Matin, essentiellement des bijoux. Des expertises doivent être menées pour confirmer ce montant.
Au regard du caractère de l’affaire, le Parquet général annonce qu’une information judiciaire a été ouverte des chefs « d’associations de malfaiteurs et tentatives d’escroquerie ».
Au total, quinze autres plaignants figurent dans ce dossier.
Une Polonaise interpellée et écrouée
Le 13 décembre, dans le quartier de la Condamine, une Polonaise d’une cinquantaine d’années a été interpellée en flagrant délit, inculpée puis placée en détention provisoire à la maison d’arrêt de Monaco. « Une potentielle victime a contacté la Sûreté publique qui s’est alors mise en surveillance. Cette dame a été arrêtée en train d’aller chercher un sac de bijoux. Elle conteste les faits et dit ignorer son contenu. Elle affirme qu’on l’a payé pour récupérer un sac de médicaments », détaille le Procureur général de Monaco.
Si rien, pour l’heure, ne la rattache factuellement aux deux escroqueries réussies, les enquêteurs de la Division de police judiciaire s’attellent à démontrer son degré d’implication, dans le cadre d’une commission rogatoire délivrée par le juge d’instruction.
Des investigations techniques ont également été lancées pour remonter les appels – souvent masqués – et identifier les individus opérant derrière le téléphone.
Une affaire qui n’est pas sans rappeler ce réseau criminel des pays de l’Est qui avait sévi fin 2019, début 2020, avec un mode opératoire similaire (appel téléphonique puis récolte physique du butin) mais un scénario différent.
À l’époque, un Italien de 26 ans, recruté à Varsovie (Pologne) pour être « coursier », avait été interpellé, jugé et condamné par le tribunal correctionnel de Monaco à deux ans d’emprisonnement, dont neuf mois de sursis.
« Ce sont des escrocs très bien organisés, spécialisés dans ce type d’infractions. Leur rayon d’action se situe dans la partie Ouest de l’Europe: en Allemagne, en Suisse, en Autriche, en Italie, en France et, bien sûr à Monaco. Ils ont un ou des complices à proximité de Monaco pour venir au lieu de rendez-vous et récupérer l’argent et les objets de valeur », détaille le commissaire divisionnaire Jean-François Mirigay, chef de la Division de police judiciaire.
Les appels ont cessé
Des équipes mobiles, donc, pas toujours faciles à appréhender et qui agissent en un temps record. Entre l’appel téléphonique et la remise du butin, deux heures à peine se passent.
Avec l’interpellation de cette suspecte, la Sûreté publique a ainsi mis un coup d’arrêt à ce réseau. Depuis ce jour-là, les appels malveillants ont cessé en Principauté.
Le palais de justice de Monaco. Photo JFO.
En mars 2022, un « coursier » condamné à de la prison ferme
En mars 2022, le tribunal correctionnel de Monaco condamnait un Italien de 26 ans à deux ans d’emprisonnement ferme, dont neuf mois assortis du sursis, pour sa participation dans une campagne d’escroqueries téléphoniques fin 2019-début 2020.
Enrôlé en Pologne comme « coursier » par un réseau criminel de l’Est, ce jeune intérimaire issu de la communauté des gens du voyage avait été chargé de récupérer en Principauté l’argent et les bijoux soustraits frauduleusement auprès de trois résidentes monégasques âgées de plus de 80 ans, dont plus de 400 000 euros de préjudice pour l’une d’elles.
Avant cela, au bout du fil, une voix féminine alias « Anita » les avait embobinées en leur faisant croire qu’un de leurs proches – bien souvent une fille ou une nièce – se trouvait dans une extrême délicatesse financière.
Un coursier (le prévenu) arrivait alors dans les minutes qui suivaient pour récolter l’argent.
Si, à la barre, le prévenu reconnaissait les faits, il se présentait comme un pion au rôle bien secondaire et passif.
Il se montrait également bien silencieux pour protéger les autres membres du réseau.
Comment réagir face aux appels malveillants?
À la mi-décembre, face à la recrudescence d’appels malveillants, le gouvernement princier organisait une riposte de communication pour sensibiliser sa population résidente sur la bonne conduite à tenir.
Premier conseil : ne pas donner suite à un appel masqué ou douteux. Le cas échéant, ne pas répondre favorablement aux sollicitations de l’interlocuteur. « Jamais la police ou des avocats n’effectue ce type de démarche par téléphone ou ne sollicite de l’argent pour faire cesser des poursuites. En règle générale, les personnes sont convoquées dans les locaux de la Sûreté publique », confie le commissaire divisionnaire Jean-François Mirigay, chef de la Division de police judiciaire.
Si vous êtes confrontés à la situation décrite ci-dessus, il est donc conseillé de faire un contre-appel. « C’est-à-dire de composer le numéro de la Sûreté publique figurant dans l’annuaire (93.15.30.15.) et de demander le service qui vous aurait appelé », poursuit-il.
Une vigilance à adopter, également, pour les mails frauduleux qui ont pullulé cette année en Principauté. Là encore, les escrocs envoyaient des courriers numériques utilisant l’en-tête de la Sûreté publique ou des Carabiniers du Prince.
Pour les destinataires du mail, « il était question de cliquer sur un lien ou d’appeler un numéro afin de se mettre en règle dans des affaires de fichiers pédopornographiques, au risque de voir un mandat d’arrêt délivré à son encontre, rappelle Jean-François Mirigay. Là encore, ce n’est pas le mode de fonctionnement de la police. La convocation est papier. »
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