« S’il part, la France sera responsable » : condamné à mort en Syrie, ce réfugié de Ruffec risque l’expulsion
Son crime ? Avoir porté secours à des civils de Barzeh, ville assiégée de Syrie, et ne pas avoir voté pour Bachar al-Assad aux élections présidentielles de 2021. Des actions qu’il paiera très cher en prison, avec comme punition la torture.
Les autorités syriennes lui briseront une vertèbre. Une douleur encore vive aujourd’hui, mais qui a été sa porte de sortie. « Pour pouvoir sortir de prison et être soigné, mon père a dû payer 10 millions de livres syriens (3 600 euros). Une fois dehors et rétabli, je suis allé au Liban. Arrivé à Beyrouth, j’ai ensuite directement pris un avion pour Orly. »
Le 13 mai 2022, il arrive alors à Paris, et ensuite à Ruffec le 8 août de la même année. Depuis, il est bénévole pour le cinéma Family ou encore le théâtre La Canopée. « Il est très gentil et souriant, toujours là pour donner un coup de main. Mais au fond, c’est quelqu’un de très triste », souffle à l’abri du regard de Luaï, Johanna Ream, directrice ajointe de l’Emmaüs de Ruffec. Une tristesse cachée pour laisser place à l’espoir. Parce que depuis août 2022, le réfugié se bat pour prouver que sa vie est en jeu.
Luaï Muala se bat pour rester sur le sol français.
Renaud Joubert
Un droit d’asile refusé
Mais en vain, ses deux demandes de droit d’asile ont été refusées car le motif de ses réclamations n’est pas jugé légitime. Pourtant, les preuves, il les transporte dans son sac. Entassées dans des pochettes plastiques, Luaï sort les nombreuses feuilles qui annotent toute la même chose : sa condamnation à mort (selon la traduction arabe). « Là, c’est quand les autorités syriennes ont annoncé que j’étais coupable, ici il y a la sentence et celle-là, c’est pour déclarer que j’ai fui le pays. »
La Syrie, il l’a quittée en laissant derrière lui sa famille. Victimes de représailles, ses parents l’ont renié, sa femme a déposé une demande de divorce et son fils de neuf ans n’a plus le droit d’aller à l’école.
« S’il part, la France sera responsable de sa mort »
Pour le soutenir, il peut compter sur Francis Belliard. Bénévole de la Chrysalide à l’espace socioculturel de Ruffec, celui-ci rencontre Luaï Muala lors d’une séance d’échecs. À ce moment-là, le réfugié réside dans un immeuble collectif de Ruffec, mais sa situation est instable.
« J’ai décidé de l’héberger, explique Francis Belliard. Il était menacé de renvoi. Si je ne faisais rien, je le condamnais et je trouvais ça lamentable. » De juillet au 11 novembre 2023, Luaï Muala habite chez Francis. Entre-temps, la deuxième demande de droit d’asile du Syrien est refusée le 7 septembre. Date fatidique où le bénévole décide de prendre les choses en main et de créer le collectif de soutien à Luaï Muala. Il en devient le porte-parole.
Francis Belliard constitue alors un dossier en béton. « On a réussi à prouver, grâce à l’aide de documents officiels et originaux, qu’il est condamné à mort. S’il part malgré ça, la France le condamne à son tour et sera responsable de sa mort. »
Pour l’instant, l’heure est à l’attente. Un temps suspendu dans l’air que Francis Belliard souhaite vite écourter. « Plus on attend, plus on risque de voir les chances pour Luaï de rester ne jamais se réaliser. »
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