Grâce à des taux de rémunération à des niveaux historiques, les intérêts des livrets d’épargne réglementée ont beaucoup rapporté en 2023. Mais plus globalement, comment est constituée l’épargne des Français ?
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1 – La France est-elle vraiment une championne de l’épargne ?
La France fait toujours partie des pays où le taux d’épargne est le plus élevé. Sur une période longue calculée depuis 2000, « il se situait à 14,9 % en moyenne, en deçà de celui de l’Allemagne (17,8 %), mais nettement au-dessus des autres principaux pays de la zone euro, du Royaume-Uni et des États-Unis », observait la Fédération bancaire française (FBF) dans un document de synthèse publié en novembre 2023.
« Après avoir atteint un pic au premier trimestre 2021 (20,9 %), en raison des chutes de consommation pendant les confinements, le taux d’épargne des ménages en France s’était rapproché de son niveau d’avant-Covid (14,7 % au quatrième trimestre 2019) avant de se stabiliser : il était de 17,7 % au deuxième trimestre 2023 », relève la FBF. L’épargne financière des ménages est calculée en prenant la différence entre leur revenu disponible et leurs dépenses de consommation et d’investissement-logement.
2 – Qui épargne en France ?
Pour se parer aux coups durs, pour préparer sa retraite ou parce qu’ils gagnent suffisamment pour ne pas avoir à tout dépenser chaque mois… Si de nombreux Français épargnent, cela n’en cache pas moins de fortes disparités. À partir d’une étude réalisée par le Centre d’observation de la société, l’Observatoire des inégalités a publié un bilan en juin 2022. « En moyenne, un adulte seul épargne 4 800 € par an (données Insee 2017), soit 16 % de son revenu. Mais alors que les 20 % du bas de l’échelle en épargnent 3 % (360 €), les 20 % les plus riches économisent 16 000 €, soit presque 30 % de leurs revenus, l’équivalent du revenu annuel des 20 % les plus pauvres. »
Les 20 % les plus pauvres rassemblent à la fois des ménages totalement démunis qui ne font aucunes économies, voire s’endettent (notamment les employés), et des familles modestes qui ne dépensent pas la totalité de leurs revenus. Les ouvriers épargneraient, eux, en moyenne 2 800 € par an.
L’épargne augmente avec l’âge, au fil de la vie professionnelle et parce que les besoins se réduisent, rappelle cette étude. « Avant 30 ans, on épargne peu, moins d’un dixième de ses ressources », alors que le taux d’épargne s’élève à 18 % à partir de 50 ans et atteint 25 % à partir de 70 ans.
3 – Où les Français mettent-ils leur argent ?
L’épargne sert essentiellement aux ménages à financer l’achat des logements et à faire des placements financiers, souligne la Fédération bancaire française. Au deuxième trimestre 2023, les encours s’élevaient à 3 693,5 milliards d’euros pour les « produits de taux » (comptes courants, comptes et livrets rémunérés, assurance-vie et épargne retraite en euros…), et à 2 351,2 milliards d’euros pour les « produits de fonds propres » (actions, assurance-vie et épargne retraite en unités de compte…).
Au sein de tout ce patrimoine financier, 15 % étaient dédiés à l’épargne réglementée. Elle est encouragée par l’État qui en fixe le taux, exonère les intérêts perçus de tout impôt. Elle a été particulièrement plébiscitée en 2023, grâce à des taux de rémunération qu’elle n’avait plus connus depuis des années. C’est ainsi que l’encours du Livret A a atteint fin novembre 402,1 milliards d’euros (+26,68 milliards d’euros de collecte sur les onze premiers mois de l’année) et celui du Livret de développement durable et solidaire (LDDS) 144,5 milliards d’euros (+ 10,22 milliards), note la Caisse des Dépôts. Néanmoins, en raison de l’inflation, « en 2023, le rendement réel du Livret A devrait être négatif de 2,8 % », estime l’économiste Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne.
Le Livret d’épargne populaire (LEP) a lui battu des records – grâce à son taux passé de 4,6 % à 6,1 % puis à 6 %, « soit un rendement annuel moyen à 5,93 % » calcule Philippe Crevel – et le relèvement de son plafond de 7 700 à 10 000 €. Son encours total a atteint 66,6 milliards d’euros à fin novembre 2023, avec une collecte à +18,67 milliards d’euros. Il était détenu par 10,3 millions de Français en septembre 2023, contre 8,3 millions fin 2022.
Seul l’encours des PEL s’est dégradé cette année : atteignant 257,9 milliards d’euros à fin septembre 2023 (-8,7 % sur un an).
En dehors de l’épargne réglementée, l’assurance-vie continue de séduire les Français, avec un encours se situant fin novembre à 1 917 milliards d’euros. Sur les onze premiers mois de l’année, elle a engrangé 3,4 milliards d’euros nets et les cotisations s’élèvent à 140,9 milliards d’euros (+6 % sur un an), un niveau record selon France Assureurs.
Enfin, les plans d’épargne d’entreprise (PEE) et les plans d’épargne retraite collectifs (Perco/ Per collectif) ont également fait le plein. Plus de 14 milliards d’euros ont été versés sur au cours des six premiers mois de l’année, soit 9 % de mieux qu’au premier semestre 2022, selon la FBF.
4 – Quelles sont les tendances pour 2024 ?
Et en 2024 ? Étant donné que le taux du Livret A doit rester à 3 % jusqu’au 1er février 2025, son « rendement réel devrait être positif de 0,5 point en 2024 – ce qui n’est plus arrivé depuis 2020, note Philippe Crevel – avec une inflation attendue à 2,5 % par la Banque de France ». A contrario, avec le fléchissement de l’inflation, le livret d’épargne populaire pourrait bien passer à 4 % dès le 1er février puis à 3,5 % au 1er août, selon nos confrères de Moneyvox .
Philippe Crevel recommande aussi les comptes à terme : « Ils ne sont pas plafonnés et offrent de bons rendements. Certes fiscalisés, vous devrez donc déduire de vos intérêts les 30 % correspondant au prélèvement forfaitaire unique, mais sans risque ».
Et de jeter un œil aux fonds euros de l’assurance-vie : « Ils étaient tombés bas en 2021, ont commencé à remonter en 2022. Et ont repris de belles couleurs en 2023. Cette année ils devraient être au même niveau que le Livret A », conclut-il.
5 – À quoi sert cet argent ?
Lorsqu’il est déposé auprès des banques, cet argent contribue à financer les prêts et avances des entreprises et des ménages. Les livrets d’épargne réglementée sont pour leur part affectés pour l’essentiel au financement du logement social.
Mais le gouvernement aimerait également flécher cet argent qui dort vers de l’investissement productif, alors que l’État est lourdement endetté. Cumulés, les emprunts de la France dépassent cette année 3 000 milliards, soit plus d’une année de la richesse produite (« le PIB »). Ce taux a grimpé de 13 points depuis 2019, en raison des dépenses liées au Covid. Et cela pèse d’autant plus sur les finances que les taux d’intérêt des emprunts sur les marchés financiers ont grimpé.
« Ne serait-il pas opportun de lancer un grand emprunt auprès de l’ensemble des citoyens et de leur verser des intérêts plutôt qu’aux riches fonds d’investissement spéculatifs ou à des banquiers internationaux ? Les intérêts de ces emprunts reviendraient aux Français et ne partiraient dans les poches des banquiers », nous écrivait récemment Joseph Louapre, un lecteur de Mayenne.
Alors qu’il faudrait « trouver 60 à 70 milliards d’euros par an pour financer la transition écologique » et que « beaucoup de fonds, notamment américains, estiment que la rentabilité des investissements verts est insuffisante », le ministre de l’Économie Bruno Le Maire aimerait bien faire appel à l’épargne des Français. « Nous envisageons de permettre le déblocage anticipé de tous les plans d’épargne logement dès lors qu’il s’agit d’un investissement pour la rénovation thermique », a-t-il annoncé en juillet. Tout en lançant un nouveau produit d’épargne à destination des mineurs : le Plan épargne avenir climat (PEAC) devrait être disponible dans les banques à l’été 2024. Mais le Conseil constitutionnel a récemment retoqué une autre idée, déposée par les députés dans le cadre du projet de loi de finances pour 2024 : flécher une partie des ressources de l’épargne réglementée vers l’industrie de la défense.
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