Archipel, tambour, beauté fragile… Tout ce qu’il faut savoir sur la Guadeloupe

Ça se trouve où ? Ça ressemble à quoi ? À quoi ressemble la vie quotidienne ? En France, 2,7 millions d’habitants vivent outre-mer. Des territoires méconnus que Ouest-France vous propose d’explorer le temps d’une série de fin d’année.

Carte d’identité

La Guadeloupe n’est pas une île. C’est un archipel, dont l’île principale éponyme est reconnaissable à sa forme de papillon, dont chaque aile est composée par un territoire distinct. La Grande-Terre, plutôt connue pour son sol calcaire, ses lagons qui attirent de nombreux touristes dans les stations balnéaires de son littoral, et la Basse-Terre, montagneuses, volcanique, qui héberge le point culminant des Antilles, le volcan La Soufrière, mais aussi des dizaines de cascades et de rivières, qui ont conduit les premiers habitants à nommer l’île Karukera, « l’île aux belles eaux ». Les deux parties du papillon, elles-mêmes des îles, sont reliées par un pont.

Tout autour de ces plus de 1 000 m² de l’île continentale, comme on dit ici, s’étalent à l’horizon Marie-Galante, La Désirade, et les deux îles des Saintes, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas. Plus loin encore, un atoll « Petite-Terre » abrite, outre un décor paradisiaque une réserve naturelle. Ces petites îles se rejoignent en bateau, quand trois compagnies aériennes desservent l’île principale depuis l’Hexagone. Elles font atterrir leurs avions à Pointe-à-Pitre, sous-préfecture de l’archipel. Le chef-lieu, c’est Basse-Terre, située au Sud de la zone éponyme.

Le travail/l’économie

Malgré une économie dynamique et qui reprend, surtout depuis la fin déclarée de la pandémie, malgré des anticipations positives de la situation économique de l’archipel, le problème principal ici, c’est le vieillissement de la population. Les décors ont beau faire pâlir d’envie les habitants de l’Hexagone, les jeunes gens quittent l’archipel, souvent après le bac pour leurs études. Mais ils ne reviennent pas, ou peu, et surtout tard. Par conséquent, souligne le rapport de l’Institut économique des Départements d’Outre-mer (Iedom, organisme qui assure la continuité des services de la Banque de France sur place), « une population active vieillissante », d’autant que « le solde migratoire est négatif ».

Le territoire encore rural, vit en partie de la culture de la banane et de la canne à sucre, mais souffre d’un manque de diversifications agricoles. La culture de la banane est aussi connue pour avoir été à l’origine d’une pollution chronique et durable des sols à la chlordécone, un pesticide interdit partout sauf aux Antilles, par dérogation gouvernementale, qui luttait contre le charançon de la banane.

Quant à la pêche elle se revendique aussi d’être une activité locale bien que le secteur attire de moins en moins.

Enfin, le secteur tertiaire, très présent est surtout tourné vers l’économie locale et enfin, le tourisme porte également l’économie locale. Selon les différents organismes d’études économiques et statistiques, le chômage est également très présent sur en Guadeloupe, surtout celui des jeunes (d’environ 50 % pour les moins de 26 ans). Un fait qui pousse beaucoup la jeunesse vers la sortie.

La Guadeloupe, une carte postale à double facette – A Pointe-à-Pitre, la Darse accueille un marché aux poissons, bastion de l’activité de pêche côtière, encore en vigueur en Guadeloupe | A. A.

La Guadeloupe, une carte postale à double facette – A Pointe-à-Pitre, la Darse accueille un marché aux poissons, bastion de l’activité de pêche côtière, encore en vigueur en Guadeloupe | A. A.

Les courses

Malgré le martèlement du gouvernement et de l’ancien ministre des Outre-mer Jean-François Carenco, qui s’est plu à répéter sans cesse que « l’inflation augmente moins vite en Outre-mer que dans l’Hexagone », au regard du contexte d’augmentation des prix de ces derniers mois, un rapport de l’Insee paru en juillet 2023 a fait l’effet d’une bombe. « En moyenne, les produits alimentaires coûtent 42 % plus cher en Guadeloupe que dans l’Hexagone », écrit l’Institut national de la statistique et des études économiques, qui précisait alors qu’un panier de denrées « locales » était 33 % plus cher que son équivalent de France métropolitaine quand un panier de produits « importés » revient 55 % plus chers aux consommateurs.

« Dans le public, les fonctionnaires ont 40 % supplémentaires à leurs salaires, mais le problème c’est que les salaires ne suivent pas dans le secteur privé », note Sarah, la quarantaine et mère de 3 enfants. Et même si l’on relève des fortes disparités de revenus entre les personnes les plus riches et les plus pauvres en Guadeloupe, l’Iedom recense 47 % des foyers fiscaux qui déclarent un revenu annuel de moins de 10 000 € en 2020, et seulement 25 % des foyers qui sont imposables.

Pour contrer cela, les autorités ont instauré un « bouclier qualité prix » qui maintient à des prix fixés après négociation des denrées alimentaires à un tarif relativement bas. Mais malgré tout, les prix restent élevés et la problématique de la vie chère et du pouvoir d’achat reste prépondérante sur le territoire, qui connaît des crispations sociales régulières à ce sujet.

La maison

Est-ce qu’on vit bien en Guadeloupe ? « Ça dépend où vous vivez », répondent les personnes interrogées à ce sujet. Dans les zones les plus pauvres, l’habitat peut vite être qualifié d’insalubre : maisons petites, étroites, faites de bois et de tôles, parfois mal raccordées aux systèmes d’assainissements. Et les centres bourgs des 32 communes de l’île papillon sont souvent confrontés aux « dents creuses ».

Dans les zones les plus pavillonnaires, les maisons avec « galerie » (terrasse), étalent leur structure en béton, bois et toit de tôle, revêtement idéal pour affronter les cyclones et les pluies diluviennes de la saison humide (juin – novembre). Depuis quelques années, le tissu urbain s’est largement densifié, selon des comparatifs de cartes sur l’artificialisation des sols. Et face au dérèglement climatique et ses conséquences, les élus locaux semblent prendre conscience du problème : les constructions littorales sont menacées par l’élévation du niveau de la mer, les habitats proches des rivières sont mis en danger en cas de crues, comme ce fut le cas en septembre 2022, lors de la tempête Fiona qui a fait un mort sur l’île. Pour autant, le BTP, se maintient malgré des difficultés liées à l’augmentation drastique du prix des matériaux.

La Guadeloupe, une carte postale à double facette – Dans les centres bourgs des communes de Guadeloupe, l’habitat oscille entre rénovations et dents creuses. | A. A.

La Guadeloupe, une carte postale à double facette – Dans les centres bourgs des communes de Guadeloupe, l’habitat oscille entre rénovations et dents creuses. | A. A.

Dans les maisons individuelles, nombreux sont ceux qui possèdent des citernes dites « tampons » et s’équipent de surpresseurs pour pallier les coupures d’eau potable. C’est un des énormes chantiers de l’archipel : le réseau est défaillant, la gestion fut mauvaise durant des années. Et aujourd’hui, même si le problème a été mis sur la table, l’eau a du mal à encore arriver jusqu’aux robinets des habitants qui subissent des tours d’eau (coupures), organisés par les autorités.

L’école

En Guadeloupe, l’école est un vrai sujet de préoccupation : outre leur (très) lente mise aux normes sismiques en raison de finances délétères des collectivités en charge des établissements scolaires, notamment du premier degré, de nombreux élèves de l’archipel ont environ 20 % moins classe que les petits Français de l’Hexagone selon le rectorat de la Guadeloupe. « Les rats (en zone tropicale les dératisations ont lieu plus souvent que dans l’Hexagone, N.D.L.R.), les grèves, les blocages, le vandalisme lié aux grèves et aux blocages, la coupure d’eau et l’impossibilité de nettoyer, les jours avant et après une élection, pour nettoyer toujours, il y a toujours une bonne raison de fermer l’école », ironise une ancienne institutrice sous couvert d’anonymat. C’est d’ailleurs un des motifs de nombreux parents qui le peuvent d’inscrire leurs enfants dans les écoles privées, y compris hors contrat qui ont explosé ces dernières années sur l’archipel.

Le transport

C’est l’automobile qui règne en maître, dans un territoire dont les routes ne sont pas extensibles et souvent mal entretenues, et où le réseau de transport en commun manque. Certaines tentatives d’instaurer des bateaux bus, ou même un réseau régional ont été menées, mais pour l’heure, l’offre reste opaque, peu compréhensible, difficilement identifiable, et au crash test, encore inefficiente. Le vélo est très peu utilisé comme mode déplacement, en raison du manque d’infrastructure routière.

La conséquence ? L’utilisation de la voiture individuelle pour tous les trajets même courts et donc, les Guadeloupéens subissent matin et soir des kilomètres d’embouteillage. Et ces modes de mobilités sont problématiques pour atteindre l’autonomie énergétique sur l’île, conformément à la loi d’ici 2035. D’une part, la mobilité électrique reste encore marginale, mais aussi, l’électricité sur l’île est majoritairement produite à partir de centrales thermiques… au fioul.

Seuls deux carburants sont présents dans l’île (sans plomb et gazole) et leur tarif est fixé chaque mois par arrêté préfectoral. « C’est assez pratique ce prix réglementé, sourit Alison, jeune touriste en vacances dans l’archipel. On n’a pas besoin de comparer les tarifs entre stations-service, qui en plus, proposent les services d’un pompiste pour le même prix ! » En décembre, le gazole s’établit à 172 € le litre. Le sans-plomb affiche 1,75 €/l.

Le lieu emblématique

Choisir un lieu emblématique reste bien compliqué. Malgré sa vulnérabilité au changement climatique et tous ces dysfonctionnements qui compromettent jusqu’à la qualité de ses eaux de baignade, l’archipel reste un bijou, posé sur l’écrin turquoise d’un océan (encore) transparent, qui abrite mille merveilles. Des falaises à couper le souffle, des plages de rêves bordées de cocotiers, une forêt humide dense, luxuriante, des cascades fraîches et cristallines, des couchers de soleils somptueux… Personne ne peut rester insensible à la beauté de l’endroit, à sa diversité de paysage, à son histoire, cruelle, parfois violente, mais d’où vient une fierté d’appartenance viscérale à un territoire que tout un chacun tente de se réapproprier : revenir aux traditions, à la langue créole, aux plantes médicinales, à la gastronomie locale au « manjé lokal », avec l’ambition de faire de ce département, un peyi, pourquoi pas, selon certain à part entière.

Et puis, il y a les îles proches, parfois appelées les « dépendances », qui couvrent des réalités toutes autres : Marie-Galante, sa canne à sucre et ses moulins, La Désirade et son temps suspendu, Les Saintes et leurs maisons colorées.

La Guadeloupe, une carte postale à double facette – La Guadeloupe est un archipel : Les Saintes (photo), La Désirade et Marie-Galante sont appréciées pour leur calme et leurs magnifiques paysages. | A. A.

La Guadeloupe, une carte postale à double facette – La Guadeloupe est un archipel : Les Saintes (photo), La Désirade et Marie-Galante sont appréciées pour leur calme et leurs magnifiques paysages. | A. A.

La particularité méconnue

Très connu localement, le gwoka, pour Gros Ka, du nom du tambour tendu de peau qui a aussi donné son nom à une musique, des chants et une danse reste (à tort), peu connu dans l’Hexagone. Hérité de la période esclavagiste, il est au cœur de l’identité guadeloupéenne. Ses sept rythmes accompagnent aussi bien les fêtes que les moments tristes, les manifestations, les luttes notamment indépendantistes. Car la Guadeloupe revendique souvent une identité nationale, des spécificités locales très fortes, dont certains en font le lit d’une aspiration d’un peuple à disposer de lui-même. Cette mouvance politique n’est pas totalement partagée par tous, mais un sentiment nationaliste monte toutefois au sein de la population.

La Guadeloupe, une carte postale à double facette – Le Gwo ka est à la fois un instrument (photo), une musique et une danse : il est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2014. | A.A.

La Guadeloupe, une carte postale à double facette – Le Gwo ka est à la fois un instrument (photo), une musique et une danse : il est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2014. | A.A.

Et le GwoKa en est un l’un des symboles originels. Inscrit depuis 2014 au patrimoine mondial de l’Unesco, il a eu une autre heure de gloire en France : François Ladrezeau, un des leaders d’un groupe culturel et militant de Guadeloupe, qui produit, entre autres, de la musique, est venu sur la scène de The Voice en 2019 présenter sa musique.

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