Voilà plus d’une décennie que la vie de Christiane-Eugénie Gautier a basculée, que le fauteuil roulant est devenu vital à ses déplacements. « En 2013, j’ai eu une tumeur cérébrale qui a été sous-évaluée – une erreur médicale – et il y a eu des complications post-opératoires, résume cette résidente française en Principauté, handicapée à plus de 80% depuis lors. J’ai l’impression que ça fait 20 ans que je suis dans ce fauteuil. Il y a eu un avant et un après. La vie est désormais beaucoup plus compliquée. »
Chaque sortie en ville peut vite virer au parcours du combattant si des obstacles entravent son chemin: une porte trop lourde à pousser, un trottoir trop étroit ou avec des plots, un ascenseur en panne, une marche de quelques centimètres l’empêchant de pénétrer dans un restaurant.
« Monaco, facilement praticable en fauteuil »
Mais elle tient à préciser d’emblée: « La Principauté reste assez facilement praticable en fauteuil roulant grâce à de très nombreux aménagements intelligents. À Juan-les-Pins, ou à Cannes, par exemple, c’est au contraire très compliqué. Grâce aux ascenseurs et aux liaisons existantes, le territoire vertical de Monaco est devenu horizontal. Quand on connaît les raccourcis, ça nous facilite la vie, on s’épargne du temps et de l’énergie. »
Beaucoup de lieux accessibles, sauf…
Rendez-vous est donné sur la place d’Armes, point de départ d’un itinéraire au cœur de la Condamine. Christiane-Eugénie Gautier salue la présence massive des « bateaux », ces abaissements de trottoir destinés à faciliter le passage des personnes à mobilité réduite.
En descendant l’avenue du port, à la vue d’un arrêt de bus, elle en profite: « Toutes les lignes d’autobus sont accessibles grâce à des rampes et ça, c’est parfait, sourit-elle avant de dresser une liste (non exhaustive) des lieux qui lui sont accessibles. Tous les services publics – ce qui évite d’avoir une auxiliaire de vie pour les démarches -, les centres commerciaux, les musées, le Grimaldi Forum, le Sporting, l’Opéra dont je suis une passionnée. »
Problème, les commerces et restaurants accessibles aux PMR demeurent rares, notamment rues Caroline et Grimaldi, comme l’avait déjà souligné Lionel Galfré. « Il suffit pourtant d’un rien, d’une rampe amovible peu coûteuse. Et je ne parle pas de l’inaccessibilité des toilettes, qui me paraît pourtant être la base de l’hygiène », regrette-t-elle.
Ascenseurs en panne
À certains endroits, la configuration pentue des trottoirs lui procure un sentiment d’insécurité. Il faut alors manœuvrer avec une infinie prudence au risque de chuter. Sur le trottoir du boulevard Albert-Ier, côté mer, ça se complique.
Malgré son fauteuil électrique performant, « un 4×4 de 200 kg », elle doit s’y reprendre à plusieurs reprises pour franchir les mini-dos d’âne qui dissimulent les fils électriques des installations du Village de Noël. Direction deux ascenseurs pour rejoindre la darse sud. En panne, ce jour-là. Détour contraint. On renonce finalement à cette destination. « Une signalétique qui indiquerait ce dysfonctionnement serait bien, comme cela se fait pour les tunnels et routes. Ça éviterait une perte de temps et, pour les personnes utilisant un fauteuil roulant manuel, d’énergie », souligne Christiane-Eugénie Gautier, avant de montrer, plus loin, la rampe « très pratique » pour accéder au passage piéton menant à la rue princesse Caroline.
« Etre consulté en amont »
Parmi les autres points positifs, Christiane-Eugénie Gautier cite le dispositif « Handiplage » au Larvotto. « Une ouverture au mois de juin et de septembre serait appréciée », lance-t-elle.
Elle suggère, aussi, la mise en place de davantage de places de stationnement PMR en surface. « Pourquoi pas un outil pour connaître la disponibilité de ces emplacements, dit-elle, sans savoir que le projet est d’actualité au gouvernement princier. Il faudrait aussi songer à augmenter le prix des contraventions quand quelqu’un stationne dessus sans y être autorisé. 37,50 euros, ce n’est pas assez dissuasif. En France, ça l’est avec 135 euros. »
Elle trouve aussi intéressant le concept de testeurs-valideurs, porteurs d’un handicap, pour s’assurer que l’objectif des travaux d’accessibilité est atteint. « Mais l’idéal serait d’être consulté en amont. On a une autre vision, on voit différemment les choses ».
Christiane-Eugénie Gautier résume son ressenti sur ce plan: « On a été entendus et compris. On voit nos différences, nos difficultés du quotidien. Cette considération est très appréciable. Il y a encore bon nombre d’évolutions à apporter ».
Christiane-Eugénie Gautier salue la présence massive des « bateaux », ces abaissements de trottoirs facilitant le passage des personnes handicapées sur les passages piéton.Photo Sébastien Botella.
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