Le Bénin ne sera plus ‘un pays de démocratie Nescafé’ aussi bien sur les questions internes que régionales (Talon)

Cotonou (© 2024 Afriquinfos)- Sa déclaration datant d’il y a quelques années est restée gravée dans les mémoires. Patrice Talon déclarait alors que ‘’le Bénin est un pays de pagaille’’. Une pagaille contre laquelle le Chef de l’Etat béninois s’est attelé à lutter parfois avec des reformes et des prises de positions impopulaires sur des questions nationale et régionale. Une impopularité que l’ancien homme d’affaires assume dans sa récente interview avec des médias locaux, dit-il pour la bonne marche du Bénin aussi bien à l’interne que sur l’échiquier continental.

En décembre 2019 alors qu’il recevait des dignitaires musulmans de son pays, Patrice Talon faisait cette déclaration qui est restée dans les annales : « Si la génération actuelle a des fils qui ont un moment donné la volonté de forcer un peu les choses, ça peut être difficile mais on peut accompagner cela malgré la difficulté. Le Bénin est un pays de pagaille. Nous sommes un pays de pagaille. Parfois nous sommes fiers de ça. Mais si nous sommes conscients de cela, nous pouvons commencer à changer tout doucement les choses pour nos enfants, nos petits-enfants » avait entre autres déclaré le président de la République. Depuis, il s’est donné pour mission de redorer l’image du pays des Amazones et d’en faire un modèle de réussite socioéconomique, à coups de reformes et d’initiatives menées au pas de charge.

Ceci au grand dam de certains de ses concitoyens qui jugent la ‘’méthode Talon’’ brutale et dépourvu d’humanisme. Patrice Talon n’en a cure. C’est ainsi que sur les réformes menées dans le secteur du coton dont il était un des principaux acteurs, interdisant l’exportation des graines de coton ou encore de la noix de Cajou, le président béninois reste ferme : ‘ Les Béninois, à raison, nous reprochent de ne pas créer autant d’emplois. Mais comment on crée des emplois ? C’est comme ça qu’on crée des emplois. La politique crée des emplois par les dispositions qui permettent la création d’emplois. C’est mon rôle, c’est le rôle de l’Etat. Est-ce que j’ai tort de souhaiter que nos matières premières soient les maillons d’une grande chaîne de services de transformation, d’industrialisation qui fera que demain, il y aura le plein emploi au Bénin ? C’est pour cela que nous avons dit que ce soit pour le soja ou autres, nous allons faire la promotion d’une industrie au Bénin, de sorte que ce soient 10.000 20.000, 30.000, 40.000, 100.000 personnes voire 1 million de personnes, des millions de personnes qui auront un emploi à partir des efforts que font certains à la base. C’est cela, travailler pour un pays, construire un pays, c’est cela gouverner un pays. Donc moi, je ne fais pas attention à ceux qui veulent que le Bénin reste un pays éternellement pauvre. Ceux qui veulent que le pays soit un pays de fraude, de corruption, de pagaille, de démocratie Nescafé, et qu’après, on se contente de dire le peu que le pays produit, on prend pour distribuer aux gens, on fait des messes’’ soutient-il et de poursuivre : ‘’ le Bénin va se développer parce que c’est ça la méthode. Nous n’inventons rien. Moi, je ne suis pas un génie, je n’ai rien inventé, mais c’est ce que les autres ont fait pour développer leur pays. On va faire pareil pour développer le nôtre’’ martèle l’ancienne première fortune du Bénin.

L’intransigeance de Patrice Talon s’est aussi affichée sur des questions d’ordre régional notamment les coups d’Etat successifs dans le Sahel dont le dernier en date au Niger, pays frontalier. S’alignant sur les décisions de la CEDEAO marquées par de lourdes sanctions à l’encontre de Niamey voire la menace d’une intervention militaire, le numéro 1 béninois avait fait preuve d’un activisme particulier. Ceci, au point de détériorer les relations avec les nouvelles autorités du Niger. Les relations commerciales entre les deux pays voisins dont les économies sont interdépendantes, en ont pris un sacré coup. Mais là aussi, Patrice Talon, même s’il a entretemps adoucit le ton, reste convaincu de sa prise de position en se référant à l’inscription dans la nouvelle Constitution par les autorités maliennes de l’imprescriptibilité des Coups d’Etat, malgré qu’elles soient elles-mêmes arrivées au pouvoir par un putsch : ‘’C’est-à-dire si vous faites un coup d’Etat au Mali, 50 ans après, vous allez en répondre. On ne peut ni amnistier ni gracier les auteurs parce que, tel qu’ils l’ont formulé, ils sont arrivés par un coup d’Etat mais ils reconnaissent que le coup d’Etat est un crime, c’est mauvais pour le pays. Ils le reconnaissent eux-mêmes. Est-ce que dans ces conditions, pendant que les nouvelles autorités maliennes ont dit : bien que nous soyons arrivées par un coup d’Etat, nous disons qu’il ne faut plus jamais que le Mali connaisse un coup d’État, est-ce que pendant ce même moment qu’ils disent ça, qu’il y a coup d’Etat au Niger, les Maliens peuvent dire bon chez nous, c’est interdit, c’est un crime, on dit plus jamais, mais au Niger, on applaudit. Est-ce que le Bénin, dans cette même ambiance, dans ce même environnement dira : « c’est vrai, nous reconnaissons tous que ce n’est pas bon, que ça fait deux ou trois fois, c’est très grave et très dangereux, mais que pour le Niger, bon, ce n’est pas grave, on applaudit en espérant que ce soit le dernier ’’.

Le Bénin reste donc solidaire des décisions de la CEDEAO sur le cas du Niger : ‘’ L’attitude de la CEDEAO face au Niger, on n’avait plus le choix parce que c’est devenu quelque chose de récurrent. Nous avons décidé d’aller le plus loin possible pour dire « plus jamais ça. » Le plus loin possible, c’est dire que si quelqu’un le fait, voilà ce que nous allons faire. Parce que si vous dites ne plus jamais le faire, et que vous ne faites rien, ce ne sont que des mots. Alors, quel est le moyen par lequel nous voulons vraiment dissuader les coups d’État ? Ce moyen, nous nous sommes dit « cette fois-ci, on va le montrer ». Bien que le Niger soit le pays siamois du Bénin, pays frère du Bénin, il était impératif que nous disions, sans tenir compte du fait que c’est Pierre qui a raison, Paul a raison, qui est le meilleur ’’ explique Patrice Talon.

Mais de l’eau a coulé sous les ponts et le dirigeant béninois se veut réaliste : ‘’je ne rougis pas d’être dans une autre dynamique aujourd’hui, pour dire qu’on discute avec ceux qui sont là parce qu’il faut être réaliste. Je dis bon « on fait comment ? On tourne la page, on avance ». Mais quelle est votre feuille de route ? Qu’ils nous disent ce qu’ils veulent, nous allons trouver les moyens de les accompagner parce qu’après tout, c’est le pays qui compte, le Niger qui compte et il faut être réaliste’’ a laissé entendre Patrice Talon.

Boniface T.

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