Au Niger, le coup d’Etat a figé le projet pétrolier, avant que le business ne reprenne ses droits

C’est un long tuyau qui serpente à travers le Sahara, jusqu’à atteindre l’océan Atlantique. L’oléoduc qui relie sur près de 2 000 kilomètres les champs de l’Agadem au port de Sèmè-Podji, au Bénin, est la pièce maîtresse du projet pétrolier du Niger. Jusqu’ici, cet Etat sahélien, l’un des plus pauvres au monde, était un très modeste producteur d’or noir, utilisé localement ou vendu à ses voisins. Avec ce pipeline, Niamey s’apprêtait à rejoindre le club des exportateurs africains de brut. Après cinq ans de travaux et 2,3 milliards de dollars d’investissements (2,1 milliards d’euros), l’ouvrage était presque terminé, son inauguration prévue pour octobre. Et puis patatras, c’est le coup d’Etat.

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Au soir du 26 juillet, une poignée de militaires, mines graves et tenues camouflage de rigueur, s’invite sur les écrans de télévision pour annoncer le renversement du président Mohamed Bazoum, séquestré dans sa résidence. Suspension des institutions, couvre-feu, fermeture des frontières… Rapidement, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) impose de lourdes sanctions, financières et commerciales, et menace, avec une verve inédite, d’une intervention militaire. En réponse, la junte se barricade. A la frontière avec le Bénin, perçu comme particulièrement hostile, les militaires placent de lourds conteneurs pour bloquer le pont qui enjambe les eaux jaunâtres du fleuve Niger, seul point de passage routier entre les deux pays.

Pour l’oléoduc, tout s’arrête. Quelques dernières tonnes de matériel sont bloquées côté béninois. Le constructeur chinois CNPC (également opérateur des champs de l’Agadem) retient son souffle – et ses nerfs – tandis que la junte étudie la possibilité de construire un nouveau pipeline, passant par un pays « ami », comme le Tchad ou l’Algérie, raconte en août le site Africa Intelligence. Le Niger va-t-il produire du pétrole et quand ? Nombre d’observateurs sont dubitatifs à court terme.

« Les vannes sont ouvertes »

Nouveau coup de théâtre début novembre, seulement trois mois plus tard. En grande pompe, la junte organise une inauguration au point de départ de l’oléoduc, dans ce sud-est désertique de l’Agadem aux réserves pétrolières estimées à 2 milliards de barils. Devant un parterre d’officiels abrités du soleil brûlant, un lourd tapis rouge a été déroulé à même le sol sableux. Les drapeaux nigériens et chinois flottent au vent. Longue gandoura bleue, lunettes de soleil et chèche blanc, le premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine est « chaleureusement accueilli » par le patron local de CNPC, Zhou Zuo Kung, avant de coucher quelques mots sur le livre d’or – choisi d’un rouge vif pour l’occasion. Une cérémonie « d’une très grande portée pour le Niger » qui marque « le coup d’envoi de la mise en production », commente avec emphase la télévision publique.

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