Lazare Amani, l’invité surprise de la Côte d’Ivoire à la CAN: « Tonton va essayer de ramener la Coupe à l’Union »

La scène pleine d’émotions est captée le 28 décembre 2023. Assis dans son fauteuil chez lui, aux côtés de sa maman, Lazare Amani assiste en direct à l’annonce de la sélection de la Côte d’Ivoire pour la Coupe d’Afrique des Nations. A la surprise générale, son nom est finalement cité par le sélectionneur national, Jean-Louis Gasset. « J’étais très heureux mais je n’ai pas senti cette joie m’envahir tout de suite car je ne m’y attendais pas, explique Lazare Amani depuis Abidjan, la capitale ivoirienne. Je savais que le dernier mois avec l’Union allait être très important et surtout le dernier match contre Bruges donc j’avais mis mon focus sur le club. Je n’ai pensé que très rarement à une sélection pour la CAN ces dernières semaines, cela faisait plusieurs fois que j’étais proche de l’équipe nationale mais sans être appelé. Je m’attendais plutôt à être sélectionné plus tard dans l’année 2024, après la Coupe d’Afrique. »

Lazare n’est clairement pas un habitué de la sélection ivoirienne. Depuis le début de sa carrière, le joueur de 25 ans n’a porté qu’une seule fois le maillot de son pays. C’était en novembre 2022, il y a quatorze mois, soit une éternité en football. Mais le staff des Eléphants n’a pas loupé la première partie de saison canon de l’Unioniste qui a pu compter sur le soutien de sa mère. « Elle croyait plus que moi à cette sélection, avance-t-il. Elle me disait de ne pas me décourager et m’expliquait tout le temps que cette sélection allait finir par tomber. Elle y croyait tellement fort qu’elle a fait le déplacement jusqu’à chez moi pour vivre l’annonce de la sélection en direct à mes côtés (sourire). Elle était beaucoup plus stressée et encore plus heureuse que moi à l’annonce de mon nom. »

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« Ma maman était encore plus heureuse que moi à l’annonce de la sélection. »

L’histoire est belle pour le milieu de terrain plus habitué à l’ombre qu’à la lumière ces dernières années. Après un départ difficile d’Eupen en 2020, Lazare est parti à Charleroi où il n’a pas joué une seule minute avant de partir en prêt en D2 portugaise. Son arrivée à l’Union durant l’été 2021 a finalement été le meilleur choix de sa carrière même s’il a dû prendre son mal en patience avant de s’imposer comme l’un des cadres de cette équipe. « J’ai immédiatement pensé au chemin parcouru en apprenant ma sélection pour la CAN. Quand je repense à mes derniers mois compliqués à Eupen et les galères que j’ai connues ensuite, je me dis que le football peut aller très vite dans les deux sens. Le fait que les listes ont été élargies de 24 à 27 joueurs pour cette compétition a été ma chance. Je savais que le coach allait prendre un milieu en plus mais rien ne me garantissait que cela allait être moi… »

La première partie de saison de Lazare à l’Union lui a permis d’être appelé en sélection. ©PDV

Le 2 janvier, après quelques jours de congé, Lazare Amani rejoint l’équipe nationale en Côte d’Ivoire. Une équipe qui comporte plusieurs grands noms du football comme Franck Kessié, Seko Fofana ou encore Nicolas Pepe et Serge Aurier. « C’était bizarre au tout début de voir ses têtes que j’ai plutôt l’habitude d’apercevoir à la télévision, sourit l’Ivoirien. Dès le premier jour, j’ai retrouvé mon ancien coéquipier Simon Adingra et cela a facilité les choses. Rapidement, les ainés du groupe m’ont fait sentir que je faisais partie du groupe et cela m’a mis du baume au coeur. J’étais un peu réservé les premiers jours mais ils m’ont aidé à me lâcher. Sur le terrain, il y a un énorme niveau de rigueur. En club, il y a parfois des moments de relâchement durant lesquels on peut se taquiner. Ici ce n’est pas le cas, tout le monde est toujours à fond, cela m’a un peu choqué. Je ressens la même différence que quand je suis passé de la Pro League à l’Europa League. »

Avant l’ouverture de la compétition, Lazare Amani a pu vivre un premier moment très intense en émotion. Lors du match amical face au Sierra Leone, le joueur de l’Union a reçu quelques minutes et s’est offert un but qui restera gravé dans sa mémoire. « C’est l’un des plus beaux moments de ma carrière, explique Lazare. Je ne m’attendais déjà pas à monter au jeu. Pendant l’échauffement, j’ai commencé à demander à Dieu de me faire grâce de quelques minutes. Vers la 75e minute, le coach m’a lancé un regard puis a insisté pour que je comprenne qu’il voulait que je monte. Sur ma troisième touche de balle, j’inscris ce but à la maison devant notre public… C’est impossible de décrire l’émotion ressentie, j’ai senti tout exploser en moi. Je l’ai célébré en réalisant des saltos. Je ne marque pas souvent mais quand je fais des backflips, cela veut dire que l’émotion est à son paroxysme (rires).« 

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« Après mon but, j’ai senti tout exploser en moi. »

Lors de la victoire samedi soir lors du match d’ouverture de la Côte d’Ivoire face à la Guinée Bissau (2-0), Lazare Amani a toutefois pris place en tribunes. « Je savais que j’allais avoir ce statut de réserviste. J’y étais préparé même si la compétition est longue et que tout peut arriver. C’est bien de débuter avec une victoire, cela a été compliqué mais nous avons marqué aux bons moments. On ressent le soutien du peuple ivoirien au quotidien mais ils devront encore plus nous pousser si nous voulons gagner la CAN. Tout est possible même si je ne vois pas la Côte d’Ivoire comme la grande favorite. Personnellement, j’espère recevoir quelques minutes mais je ne me prends pas la tête avec ça. Si ce n’est pas le cas, la vie continuera quand même. »

La Côte d’Ivoire a battu la Guinée Bissau en ouverture de la CAN.

Depuis l’Espagne où l’Union était en stage, plusieurs joueurs bruxellois ont envoyé leurs encouragements à Lazare Amani, lui qui est surnommé « Tonton » au sein du groupe d’Alexander Blessin. Un groupe qui va devoir faire sans son numéro 8 durant plusieurs semaines. « C’est Lapoussin qui m’a appelé pour la première fois ‘Tonton’ car j’étais très calme et réservé à mon arrivée à l’Union et je me comportais comme un tonton. Ils m’ont tous félicité et Charles (NdlR : Vanhoutte) m’a même appelé par vidéo. Il me répétait souvent que j’avais un profil qui pouvait plaire au sélectionneur, il y a toujours cru même quand j’étais plutôt pessimiste. Même si je n’ai pas encore un grand impact sur le jeu de l’équipe ivoirienne, je peux leur dire que Tonton va essayer de ramener la Coupe à l’Union. Avant un possible transfert ? Non je n’y pense pas, si Amoura est encore là, ce n’est pas moi qui vais bouger (sourire). Je n’ai pas l’intention de partir car j’ai vraiment envie d’aller enfin au bout cette saison avec l’Union après les deux derniers échecs. »

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