Chamonix 1924 : le chantier titanesque des premiers Jeux olympiques d’hiver

En 1923 quand ils sont préférés à Gérardmer (Vosges) et à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) et obtiennent l’organisation de ce qui ne porte pas encore le nom de Jeux olympiques d’hiver mais de « Semaine Internationale des Sports d’hiver », les élus et habitants de Chamonix ne mesurent pas encore le défi colossal qui les attend.

« Le grand public ignorera toujours le combat incessant que les organisateurs locaux durent livrer »

L’auteur de « Premier de cordée », Roger Frison-Roche fut le témoin privilégié de ces Jeux d’hiver de 1924 qu’il vécut de l’intérieur, comme secrétaire du Comité des sports d’hiver. C’est ainsi que 46 ans plus tard, lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Grenoble (1968), puis dans son livre mémoire « Le versant du soleil », l’écrivain salua le courage et l’énergie collective que déploya la population de la vallée pour se lancer dans l’inconnu avec les moyens du bord et organiser en moins d’un an un événement international inédit regroupant 16 nations et 258 athlètes. Chose aujourd’hui inimaginable ! D’autant plus quand on sait les aléas météo qui ont frappé les bâtisseurs.

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« Le 23 décembre 1923, soit deux mois avant l’ouverture des Jeux (le 25 février1924), il était tombé 1,75 mètre de neige sur la station, les routes étaient coupées, la voie ferrée aussi, et la patinoire en construction, cet immense stade de glace de 36.000 mètres carrés était recouverte par ce mètre soixante-quinze de neige que l’on a dû déblayer à la pelle avec 500 à 600 ouvriers. Et la glace a pu être faite et livrée à peine quatre jours avant l’ouverture des Jeux. C’était absolument extraordinaire, nous n’avions aucun moyen mécanique à l’époque. »

Roger Frison-Roche, "Le versant du soleil",
Roger Frison-Roche, « Le versant du soleil »,
Editions Arthaud

Un chantier fondateur des sports d’hiver en France

Pour ces premiers Jeux olympiques d’hiver, la copie était vierge. Si les Scandinaves organisaient déjà leurs compétitions de ski nordique et de saut à skis, si le patinage artistique figurait déjà au programme des Jeux d’été de 1920 à Anvers en Belgique, en France et à Chamonix, hormis de petites patinoires familiales dans les cours d’hôtels et des petites bosses enneigées pour sauter dans les prairies, les sports d’hiver en tant que tels n’existaient pas. Tout est donc à construire pour accueillir les neuf disciplines retenues pour ce rendez-vous fondateur : ski de fond, saut, combiné nordique, patrouille militaire, patinage artistique, patinage de vitesse, hockey sur glace, curling, bobsleigh.

la jeune prodige norvégienne de 12 ans , Sonia HENIE, fait sensation à Chamonix. Elle sera sacrée championne olympique 4 ans plus tard en Autriche
la jeune prodige norvégienne de 12 ans , Sonia HENIE, fait sensation à Chamonix. Elle sera sacrée championne olympique 4 ans plus tard en Autriche © Maxppp

Une patinoire gigantesque pour quatre disciplines

En 1924, le sport roi est le patinage. C’est donc sur leur capacité à produire un stade de glace digne du prestige olympique que le maire de Chamonix de l’époque, Jean Lavaivre, et son comité d’organisation se sont engagés auprès du CIO et ont obtenu les Jeux. Ils ne peuvent donc pas se rater, leur glace doit être la plus grande et la plus belle du monde.

Pour accueillir toutes ces épreuves de glace, une surface de 36.000 mètres carrés est délimitée, soit l’équivalent de cinq terrains de football, aménagée et englacée sur l’espace aujourd’hui occupé par l’école de ski et d’alpinisme (ENSA), la patinoire, la piscine et le collège de Chamonix.

A l'emplacement de l'anneau de vitesse olympique de 333 m sera bientôt construit le futur pôle d'excellence des sports de montagne
A l’emplacement de l’anneau de vitesse olympique de 333 m sera bientôt construit le futur pôle d’excellence des sports de montagne © Maxppp

Un pauvre excavateur à vapeur pour seule machine

« Le creusement et le terrassement de ce stade de glace ont été harassants » raconte l’écrivaine Joëlle Dartigue-Paccalet. * »C**ela a été un chantier titanesque pour arriver à avoir une surface peu près plane même avec *30 bonshommes qui travaillent à la pelle et à la pioche. Je pense qu’ils travaillaient jour et nuit et des conditions pas forcément les meilleures puisqu’ils ont commencé à creuser à l’automne (1923) et il fallait que le stade soit rendu en janvier (1924). Et si le chantier n’a pas pu être lancé avant, c’est que les autorisations n’avaient pas été données avant, et dans le village les habitants commençaient à s’étonner et s’inquiéter de ne rien voir sortir de terre. »

Pour le bobsleigh, 19 virages en pierre taillée par les Italiens

Longue de 1370 mètres, la piste de bobsleigh traversait le hameau des Pèlerins, d’en-haut pour arriver à ceux d’en-bas, et à la gare des Glaciers. Un des trois virages relevés de la piste de bobsleigh de 1924 est encore visible dans la forêt des Pèlerins à Chamonix.

Longue de 1370 m, La piste de bobsleigh traversait le hameau des Pélerins d'en haut pour arriver à ceux d'en bas et à la gare des Glaciers
Longue de 1370 m, La piste de bobsleigh traversait le hameau des Pélerins d’en haut pour arriver à ceux d’en bas et à la gare des Glaciers © Maxppp
Archives municipales de Chamonix Mont-Blanc

Un des 3 virages relevés de la piste de bobsleigh de 1924 encore visible dans la forêt des Pélerins à Chamonix
Un des 3 virages relevés de la piste de bobsleigh de 1924 encore visible dans la forêt des Pélerins à Chamonix © Radio France
Marie AMELINE

Un tremplin pour sauter à 60 mètres et plus

Le tremplin olympique de 1924 est construit au lieu-dit Les Monts, sous le glacier des Bossons. Il fait 79 mètres de long et permettra de faire des sauts à 60 mètres et plus.

Un sauteur tchécoslovaque en pleine action
Un sauteur tchécoslovaque en pleine action © Maxppp
Bibliothèque nationale de France

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