Cinq questions sur la colère du monde agricole qui gagne la France

La pression monte, alors que les manifestations d’agriculteurs se multiplient en France ces derniers jours. Le gouvernement multiplie les annonces pour tenter de calmer la grogne.

1. Pourquoi la colère part d’Occitanie ?

Autoroute coupée depuis plusieurs jours près de Toulouse, blocage de l’accès à une centrale nucléaire… Les principales actions d’agriculteurs en colère ont lieu pour le moment en Occitanie. C’est de cette région qu’est parti à l’automne dernier le mouvement « On marche sur la tête », avec des panneaux d’entrées de ville retournés.

Dans ce secteur, le monde agricole est particulièrement confronté à des crises sanitaires (grippe aviaire qui a décimé des élevages de volailles, maladie hémorragique épizootique qui touche les bovins), et aux conséquences du changement climatique. Dans les rangs des manifestants également, de nombreux viticulteurs, dont le secteur fait face à une crise sans précédent.

2. Tout le monde agricole est-il en crise ?

Le monde agricole est divers. Selon les filières et les régions, les agriculteurs ne rencontrent pas les mêmes difficultés.

« La mobilisation fonctionne malgré tout, car il y a un véritable sentiment d’exaspération générale », pointe le sociologue François Purseigle. Plus qu’une crise globale des revenus, c’est un ras-le-bol qui s’exprime.

Après deux années d’embellie, le revenu agricole reculerait de 9 % en 2023, selon les estimations de l’Insee. 3. Que reprochent les agriculteurs à l’Europe ?

Bruxelles est souvent pointé du doigt dans les mobilisations. Même si la plupart des agriculteurs ont bien conscience de l’importance de l’Europe et de sa politique agricole commune (PAC).

Mais certaines demandes sont mal comprises. Notamment celles émanant du « Pacte vert » de l’Europe, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le monde agricole se dit prêt à mener des transitions, mais estime que les moyens nécessaires sont insuffisants. La crise du Covid et la guerre en Ukraine sont passées par là, et la trajectoire doit être revue à ses yeux.

Selon les manifestants, les contraintes européennes empêchent de produire plus, alors qu’il faut faire de plus en plus appel à des importations pour nourrir la population. Des importations de produits qui n’ont pas les mêmes contraintes que dans l’Union européenne.

4. Quels reproches au gouvernement français ?

Le monde agricole attend aussi des réponses « concrètes » du gouvernement français. Sur plusieurs sujets : simplifications face aux « lourdeurs administratives », arrêt des surtranspositions des règles européennes, fin de la hausse sur le gazole pour les tracteurs, une vision sur l’utilisation de la ressource en eau, ou encore sur la réduction des pesticides, s’opposant à toute interdiction « sans solutions ».

En décembre, le pouvoir avait déjà tenté de calmer la grogne, en abandonnant des hausses de taxes sur les produits phytosanitaires et l’irrigation. Cela n’a visiblement pas suffi, et a agacé les organisations environnementales et les agences de l’eau.

Dimanche, le ministre de l’Agriculture a annoncé un délai de « quelques semaines » avant de présenter son projet pour le renouvellement des générations en agriculture devant le Parlement. Le temps de l’enrichir de mesures pour réduire les réglementations.

5. Quelles suites pour ce mouvement ?

Lundi matin, Arnaud Rousseau, le patron de la FNSEA, principal syndicat agricole français, a annoncé que des actions seraient menées « aussi longtemps qu’il sera nécessaire », sur tout le territoire. C’était avant d’être reçu ce lundi soir par le premier ministre, Gabriel Attal, avec le président des Jeunes Agriculteurs.

De son côté, la Coordination rurale, second syndicat agricole, a annoncé une mobilisation à Bruxelles mercredi, avant des manifestations un peu partout en France à partir de jeudi.

Ces derniers jours, le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, multiplie les annonces pour tenter de calmer la colère. L’exécutif européen tente aussi de répondre à la crise qui essaime partout sur le continent, en lançant ce jeudi un « dialogue stratégique ». Au programme : revenus des agriculteurs, durabilité des pratiques, innovation technologique, ou encore compétitivité.

Brice DUPONT.

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