Usbek & Rica – Comment les leaders de la Silicon Valley sont devenus « technosécessionnistes »

Le second système de croyance qui imprègne la Valley est celui d’un libéralisme débridé, qui mêle glorification du marché, primauté de l’individu sur le collectif, et accommodements permanents avec les règles communes. Néanmoins, ironiquement, personne ne rechignera à toucher des subventions étatiques ou encore signer des contrats avec la sphère publique… En poussant là encore un peu plus loin le curseur de cette vision on trouve les libertariens, comme Peter Thiel – entrepreneur phare, investisseur dans PayPal, Facebook, ou encore Palantir – pour lesquels la propriété privée est l’alpha et l’oméga de la vie en société et pour lesquels l’Etat doit être réduit à la portion congrue.

Le troisième système de croyance, qui combine d’une certaine façon les deux premiers, consiste à penser que les « leaders » de la Silicon Valley, c’est-à-dire ces entrepreneurs et dirigeants qui ont réussi de manière spectaculaire, sont plus à même de décider ce qui est le « bien », que les élus ou les autres autorités considérés habituellement comme légitimes. On se souviendra ici avec intérêt que Google avait pour devise informelle jusqu’en 2018 «  Don’t Be Evil », littéralement « Ne Soyez Pas Malveillants » se positionnant sur un terrain sur lequel on n’attend pas une entreprise. Dans ce contexte ce qui freine la vision de ces « leaders » – règles, régulation, droit, loi – est vu comme un obstacle qu’il faut surmonter. Ainsi certains considèrent que la Silicon Valley devrait devenir un Etat indépendant, affranchi de ces règles trop pesantes. 

L’entrepreneur Tim Draper, autre personnage de ce microcosme, a d’ailleurs lancé plusieurs initiatives législatives en Californie depuis 2014 pour faire aboutir cette idée. Thiel, encore lui, a créé de son côté le « Seastanding Institute  » qui a pour objectif de « Réimaginer la Civilisation avec des Communautés Flottantes » et affiche clairement son objectif d’une autonomie complète – au sens juridique – de ces communautés. De même dans la Valley dans le débat actuel sur la régulation de l’intelligence artificielle, nombreux sont ceux qui veulent d’une régulation minimale, voire inexistante, et en tout cas pas d’une régulation venant de « l’extérieur » c’est-à-dire de la société dans son ensemble. Il y a ici une profonde méfiance, pour ne pas dire plus, envers les instances délibératives et décisionnaires de nos sociétés.

Assurance apocalypse

On notera d’ailleurs que ce mécanisme de sécession, c’est à dire de remise en cause des règles communes et à terme de séparation de la collectivité, est déjà à l’œuvre. D’une part les grandes entreprises américaines du numérique, parmi les plus profitables du monde, ont systématiquement pratiqué l’optimisation fiscale à grande échelle, parfois avec la complicité inattendue des Etats – rappelons le cas d’Apple, condamné à payer 13 milliards d’impôts au fisc irlandais par les juridictions européennes, qui est soutenu par l’état irlandais dans sa contestation de cette condamnation ! Cela revient à priver la collectivité de sommes importantes qui pourraient contribuer à son fonctionnement. D’autre part à titre individuel les leaders de la Valley ne semblent plus cacher leur volonté de vivre à part, y compris physiquement. 

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