L’AS Monaco a perdu, mardi 23 janvier, un grand joueur, un immense capitaine, un vrai coach et le plus aimé de ses ambassadeurs. Jean Petit est mort, emportant avec lui toute une époque, celle d’un football en liberté, celle d’une camaraderie joyeuse, celle que l’on regardera toujours avec les yeux brillants d’un enfant. Jean Petit est parti, à 74 ans, mais sa légende habitera toujours le Rocher et son image continuera d’éclairer le football français.
Un coup de cœur
L’histoire de celui que tout le monde appelait affectueusement Jeannot a commencé à Toulouse, mais elle s’est écrite en Principauté.
À 13 ans, il voit l’ASM dévorer le TFC (0-5). Ce jour-là, il tombe amoureux du maillot rouge et blanc. Irrésistible diagonale… Déjà milieu de terrain infatigable, il fait ses classes à Toulouse, mais se retrouve au Red Star par le jeu d’une fusion.
Didier Deschamps avec Jean Petit.Photo doc Nice-Matin.
« Je ne voulais pas aller à Paris », dira cet amoureux du Sud et du soleil. Il signera à Luchon. Dernière étape avant Monaco qui ira chercher ce dévoreur d’espace. Il arrive en 1969 et l’année n’a rien d’extatique. L’ASM est en deuxième division. Le club aime prendre l’ascenseur. Il monte, il descend. Il perd une finale de Coupe de France face à Saint-Etienne (1974). C’est le temps des succès sympathiques et des défaites sans importance. Les supporters applaudissent Omar Pastoriza, ils adorent Claude Quittet, ils découvrent Delio Onnis, ils parient sur Christian Dalger et ils croient en Jeannot Petit.
Ils ont bien raison.
Le trio gagnant
L’arrivée de Jean-Louis Campora, en 1975, donnera du relief aux ambitions. Le nouveau président de l’ASM a du flair et des idées. Avec lui, Monaco pense autant à jouer qu’à gagner.
Le capitaine s’appelle Jean Petit. C’est un rassembleur, un meneur, un gagneur.
La France du foot le connaît. Lors de la saison 1977-1978, elle va l’admirer. Normal : il régale Monaco et illumine tous les stades de première division. L’ASM, qui arrive de D2, va marcher sur le championnat (voir page suivante). Un récital. Le trio Petit-Dalger-Onnis fracasse toutes les défenses avec le pas léger, le geste juste et le sourire en coin. Le jeu à la monégasque a un charme fou et une efficacité redoutable. « Jeannot, c’était un 6, un 8 et un 10. Il savait défendre, récupérer, relancer, relayer. Il était passeur et buteur. Un génie », nous soufflera, un jour, son libéro et ami Rolland Courbis.Élu, dans un fauteuil, meilleur joueur de D1, Jean Petit voyage jusqu’en Argentine avec les Bleus de France pour une Coupe du monde 1978 qui lui laissera plus de regrets que de souvenirs.
Avec Monaco, en revanche, il enrichit son palmarès (une Coupe en 1980 et un autre sacre national en 1982) et épaissit son destin de joueur d’un seul club.
L’ASM pour la vie
Le vieux stade Louis-II est son jardin. Il y cultive le beau jeu et récolte ovations et lauriers. En mai 1981, sa carrière s’arrête à quelques kilomètres de là. Au stade du Ray, où un claquage pas suffisamment cicatrisé le cloue sur la pelouse, face à des Niçois meurtris de voir ce joueur si respecté et respectable dire adieu à ce jeu qu’il avait tant servi.
Heureusement, l’AS Monaco avait compris depuis longtemps qu’on ne laisse pas s’éloigner dans la nuit un tel homme avec un tel état d’esprit. Au fil du temps, Jeannot Petit est devenu l’âme du club. Tour à tour, recruteur, membre du staff technique, analyste vidéo, adjoint du coach et conseiller du président, il aura passé 48 ans au service de l’AS Monaco. Ce qui en dit long sur la fidélité et l’amour qu’il portait à son club. Jean Petit a travaillé avec huit entraîneurs sans jamais les lâcher, les critiquer ou les trahir. Kovacs, Wenger, Tigana, Puel, Deschamps, Ricardo, Simone et Ranieri ont toujours pu compter sur la loyauté de leur numéro deux. Le président Campora lui avait dit : «Jeannot, tu ne peux pas monter en première ligne, parce que tu ne peux pas quitter l’ASM, même en cas de mauvais résultats».
Un homme bien
Lundi soir, Jean Petit était encore sur le banc du stade Louis-II pour un match caritatif. Il participa ensuite au gala. Mais depuis le décès brutal de Nelly, sa dernière compagne, et une petite opération du cœur en fin d’année dernière, Jeannot semblait triste, las et fatigué. A Noël, il n’avait pas eu la force de rejoindre sa famille du côté de Toulouse. Présent à ses côtés au Louis-II lors de la défaite des Monégasques face à Reims, le 13 janvier, Alfred Vitalis, son coéquipier pour la vie, l’avait trouvé affaibli. Victime d’un malaise dans la nuit de lundi à mardi, Jean Petit s’en est allé rejoindre son frère de jeu Christian Dalger, parti, lui le 1er juillet dernier du côté de Martigues.
« J’ai perdu ma cheville gauche et ma cheville droite, je ne pourrai plus jamais marcher avec le sourire », avoue Delio Onnis sous le choc.
Hier soir, les Courbis, Onnis, Ettori, Vitalis, Ricort et autres n’avaient pas de mots. Ils n’avaient que des larmes. Au bout du fil, des syllabes et des sanglots. « Ça me fait mal. Petit, Dalger et Onnis, je jouais avec eux, mais surtout, je les regardais. C’était le football de rêve », affirme Rolland Courbis.
« Je suis si peiné. Jeannot, c’était un super joueur et un mec en or. C’était mon ami, mon frère » confie Delio Onnis. « Jeannot, c’était la gentillesse, la bienveillance. J’étais tout jeune, il m’invitait à manger chez lui et me glissait des conseils. Jamais un reproche. Ce n’était pas un donneur de leçon. Un mec bien et un joueur top niveau », se souvient Roger Ricort. « C’était mon capitaine. Il faisait partie de ma vie professionnelle et privée. Jeannot, c’était le milieu box-to-box avant même qu’on connaisse ce terme. Je suis très affecté. Une part de moi est partie avec lui », explique Jean-Luc Ettori.
Les journalistes, qui avaient son numéro de portable, pleurent, eux aussi, cet homme doux, attachant, disponible aux mille anecdotes qui aura aimé l’AS Monaco jusqu’à son dernier souffle.
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