Un tribunal a bloqué vendredi la décision « inconstitutionnelle, illégale et invalide » du gouvernement kényan de déployer un millier de policiers en Haïti, en proie à la violence de gangs, dans le contexte d’une mission soutenue par l’ONU.
Le gouvernement a annoncé dans un communiqué qu’il allait contester immédiatement
cette décision.
Le verdict de la Haute Cour de Nairobi marque un coup d’arrêt à cette force multinationale très attendue pour tenter de juguler le chaos grandissant dans ce petit État caribéen, où la violence des gangs a fait près de 5000 morts, dont plus de 2700 civils, en 2023, selon un rapport dévoilé mardi par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.
Face aux appels de plus en plus pressants du gouvernement haïtien et de l’ONU, le Kenya avait accepté en juillet 2023 de mener cette force de 2500 à 2600 hommes, espérée au cours du premier trimestre 2024
, selon la représentante spéciale adjointe de l’ONU en Haïti.
En octobre, l’ONU avait donné le feu vert à cette force, également soutenue par les États-Unis. Toutefois, l’annonce du gouvernement kényan, validée au Parlement le 16 novembre, avait suscité une vive contestation dans ce pays d’Afrique de l’Est.
L’opposant Ekuru Aukot avait notamment saisi la Haute Cour de Nairobi, arguant que cette mission était inconstitutionnelle, car elle ne reposait sur aucun fondement légal.
Le Conseil national de sécurité n’a pas de mandat pour déployer des agents de la police nationale hors du Kenya
, a affirmé le juge Enock Chacha Mwita.
Une telle décision contrevient à la Constitution et à la loi et est donc inconstitutionnelle, illégale et invalide
, a-t-il ajouté.
Le gouvernement kényan a réitéré son engagement à honorer ses obligations internationales
tout en affirmant qu’il allait contester
ce verdict, a affirmé dans un communiqué le porte-parole du gouvernement, Isaac Maigua Mwaura.
Nous avons besoin d’une action urgente, nous avons besoin d’un financement urgent
, a de son côté indiqué le chef de l’ONU, Antonio Guterres, par le truchement de son porte-parole, Stéphane Dujarric.
Même urgence à agir pour la patronne de Human Rights Watch (HRW), Tirana Hassan : Les événements d’aujourd’hui n’affectent en rien l’urgence de la situation en Haïti.
Washington s’est pour sa part déclaré très reconnaissant
que le Kenya soit toujours prêt à participer à cette mission.
Nous pensons toujours que c’est très important, car les gangs, les voyous, les criminels sont toujours la cause de beaucoup de chaos, de désordre, de meurtres et de violences.
Nous vivons dans l’enfer des gangs
Le ministre haïtien des Affaires étrangères avait une nouvelle fois exhorté jeudi à l’envoi rapide de renforts sur l’île.
Chaque jour qui passe sans cet appui tant espéré, c’est un jour de trop que nous vivons dans l’enfer des gangs
, avait déclaré Jean Victor Généus devant le Conseil de sécurité de l’ONU.
Les préparatifs de cette force, dont les effectifs totaux et la composition exacte restaient toutefois à finaliser, étaient en cours.
L’ambassadeur kényan à l’ONU, Martin Kimani, avait affirmé jeudi que sans préjuger de la décision de justice, le gouvernement […] a fait des progrès importants pour préparer la mission
.
Le Kenya a déjà participé à plusieurs opérations de maintien de la paix dans des pays voisins (RDC, Somalie) et dans d’autres parties du monde (Liberia, Timor oriental, ex-Yougoslavie).
Mission à haut risque
Les détracteurs de la mission en Haïti avaient mis en garde contre le danger d’exposer des policiers sur un terrain inconnu face aux gangs locaux lourdement armés.
Ce déploiement est une mission suicide
, avait estimé Ekuru Aukot.
Pour le président kényan, William Ruto, il s’agissait au contraire d’une mission pour l’humanité
dans un pays ravagé, selon lui, par le colonialisme.
William Ruto, président du Kenya
Photo : Reuters / Monicah Mwangi
Dans un rapport mardi, Antonio Guterres a alerté au sujet du niveau stupéfiant de la violence des bandes, qui continue de s’aggraver
en Haïti.
Alors que les gangs étaient jusqu’à récemment principalement présents dans la capitale et dans sa banlieue, il a souligné l’expansion rapide
de leurs violences dans des zones rurales auparavant épargnées.
Le nombre d’homicides a plus que doublé (+119,4 %) en 2023 par rapport à 2022, atteignant 4789 morts. Parmi ces personnes tuées, plus de 2700 étaient des civils et plus de 1600 des membres de gangs.
Les meurtres, les violences sexuelles et les enlèvements commis par les bandes organisées, notamment contre les femmes et les jeunes filles, entre autres crimes, se poursuivent en toute impunité.
Dans un contexte de terreur d’habitants forcés de fuir ou de se cacher, le pays connaît une des pires
crises alimentaires du monde.
Plus de 4,35 millions d’Haïtiens, soit plus de 40 % de la population, sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë.
Crédit: Lien source


Les commentaires sont fermés.