Amélie Oudéa-Castéra : pourquoi la ministre, empêtrée dans plusieurs affaires, ne démissionne pas

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Amélie Oudéa-Castéra ne flanche pas. Ou du moins, pas encore. Les affaires s’accumulent à son encontre depuis sa nomination à la tête de l’immense navire du ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse, des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques.

Si Mediapart a décoché la première flèche en révélant la scolarisation de ses enfants à l’école privée Stanislas, largement décriée, la ministre a allumé seule l’incendie en expliquant cette scolarisation par « des paquets d’heures pas sérieusement remplacées » dans le public. 

De quoi attirer l’ire des professeurs et, naturellement, de l’opposition politique.

Depuis, le dossier Amélie Oudéa-Castéra n’a cessé de s’épaissir : mensonge sur les heures non remplacées (révélé par Libération), rapport sur l’école Stanislas, classes non-mixte, ses émoluments à la tête de la Fédération française de Tennis.

Dernier épisode en date : elle aurait pu outrepasser ses fonctions de ministre des Sports dans l’affaire Le Graët.

« Elle n’est pas légitime pour être ministre »

L’opposition et les syndicats enseignants demandent sa démission. Pour l’heure, Prisca Thevenot, porte-parole du gouvernement, s’est bornée à répéter la « pleine confiance » de Gabriel Attal envers Amélie Oudéa-Castéra.

« Elle n’est pas légitime pour être ministre de l’Éducation », fustige Rodrigo Arenas, député La France insoumise de Paris, auprès d’actu.fr. Fin connaisseur du milieu scolaire, il était coprésident de la FCPE entre 2018 et 2021. « Elle a perdu sa légitimité de son propre fait. »

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Elle a menti, alors que la première chose nécessaire dans ce ministère, c’est de la franchise.

Rodrigo ArenasDéputé La France insoumise de Paris

En mentant sur le sujet des absences de professeurs, « cela ne peut provoquer que de la colère », enrage Rodrigo Arenas. « On ne peut pas instrumentaliser la souffrance des parents, des professeurs et des élèves ». 

Si Amélie Oudéa-Castéra avait publiquement demandé à « clore ce chapitre des attaques personnelles et de la vie personnelle », Rodrigo Arenas rappelle qu’elle a « menti dans l’exercice de ses fonctions sur un choix personnel ».

« Emmanuel Macron ne peut pas se permettre de l’évacuer »

Dès lors, peut-elle continuer à être à la tête de ce superministère ? La lourde tâche incombant aux ministres de l’Éducation, rajoutée au portefeuille des sports une année de Jeux olympiques, cela peut paraître compliqué.

Amélie Oudéa-Castéra, dont les services n’ont pas répondu à actu.fr, aurait (officiellement) la confiance du Premier ministre et d’Emmanuel Macron. 

« Rien ne l’oblige, dans tout ce qu’elle a fait, à démissionner », insiste Christophe Boutin, professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie et politologue, sollicité par actu.fr. 

« Ce sont des fautes politiques, une mauvaise communication, mais cela ne conduit pas à une démission », assure le politologue.

En même temps, sur le plan politique, Emmanuel Macron « ne peut se permettre d’évacuer » Amélie Oudéa-Castéra, estime pour actu.fr le politologue Paul Bacot, professeur émérite de Sciences Po Lyon. 

Cela ferait plus que mauvais effet avec la valse des ministres de l’Éducation ces dernières années. Ça commence à faire beaucoup.

Paul BacotPolitologue, professeur émérite de Sciences Po Lyon

Dans son rôle d’opposition, Rodrigo Arenas, juge qu’Amélie Oudéa-Castéra « est protégée par son collègue de promotion de l’ENA, Emmanuel Macron ». 

« Cela montre comment fonctionne ce gouvernement, c’est une réseaucratie (sic). Ils ont le même parcours de la haute bourgeoisie française. Ce sont des gens entre eux, déconnectés de la réalité de ce pays », analyse le député insoumis.

Un dialogue avec les professeurs difficile

Si la ministre reste à la barre, le dialogue avec les professionnels sera « tendu », prévient Guislaine David, porte-parole du SNUipp-FSU (Syndicat national unitaire des instituteurs), à actu.fr.

« Il est déjà très difficile », regrette-t-elle. Les syndicats ont déjà claqué la porte d’une première réunion avec la ministre. 

Il y a un fossé entre elle et le terrain, elle ne nous comprend pas. Il faut des réformes pour faire évoluer l’école. Les relations vont se tendre, cela va coincer sur les réformes pour la rentrée.

Guislaine DavidPorte-parole du SNUipp-FSU

Rodrigo Arenas estime qu’Amélie Oudéa-Castéra doit davantage « s’occuper des écoles publiques, où il y a la majorité des élèves, que des écoles privées ».

« On ne peut rien espérer d’elle », souffle Guislaine David, un brin fataliste. « Il faut que Gabriel Attal prenne ses responsabilités. » 

Une autre hypothèse ?

Depuis plusieurs jours, un refrain entêtant résonne. Celui d’un ministre délégué, prenant une partie du portefeuille de l’Éducation nationale, sous la coupe d’Amélie Oudéa-Castéra, à la tête d’un superministère.

La liste des ministres délégués, publiée après le discours de politique générale de Gabriel Attal, prévu mardi 30 janvier, permettra d’en savoir davantage.

« Avec 1,2 million de personnels, ce serait invraisemblable de ne pas avoir un ministre de plein exercice », lâche Guislaine David, porte-parole du SNUipp-FSU. « On marche sur la tête. »

En attendant, c’est une ministre en difficulté qui devra faire face au premier mouvement de grève, à l’appel de l’intersyndicale de l’Éducation, ce jeudi 1ᵉʳ février 2024.

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