le Bénin veut « révéler le vodun au monde »

Le vaudou -ou vodun terme plus exact désormais en vigueur – est né en Afrique, dans l’ancien royaume du Dahomey – sur les vestiges duquel s’est bâti le Bénin moderne – et s’est répandu à travers la planète au fil d’une longue tragédie, le commerce des esclaves.

Depuis une trentaine d’années, le Bénin célèbre le 10 janvier la Fête nationale du vodun, partie intégrante de la culture du pays. L’actuel président béninois, Patrice Talon, fidèle à sa volonté exprimée il y a huit ans de « révéler le vodun au monde », a décidé de faire de cette journée un festival au rayonnement international.

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Illustration d’un nouveau genre de « soft power » que le chef de l’État a présenté dans une interview accordée à plusieurs médias internationaux.

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Le président du Bénin Patrice Talon lors de son entretien avec plusieurs représentants de la presse internationale.

© Lucien Agbeko Masseme

Pour Patrice Talon, le vodun « a été dépeint négativement par les religions du Livre », une mauvaise réputation amplifiée par les caricatures et préjugés occidentaux. « Aujourd’hui, souligne-t-il, le vodun se pratique parfois encore secrètement en même temps que les autres religions officielles, comme le catholicisme ou l’islam. »

 Nous voulons faire découvrir le vodun comme art, culture et mode de vie. 

Patrice Talon, président du Bénin

L’ambition de Patrice Talon est donc, dans un premier temps, de « déconstruire les images négatives autour du vodun ».
Rappelant que cette spiritualité « ne convertit pas » et célèbre « les forces de la nature, les quatre éléments, l’eau, la Terre, l’air et le feu », Patrice Talon considère qu’elle n’entre pas en concurrence avec les autres religions. Mieux il y voit une « synergie ». « Nous voulons faire découvrir le vodun comme art, culture et mode de vie. Mais bien sûr, l’État reste laïque, nous ne privilégions pas une spiritualité par rapport à une autre. C’est pour cela que nous mettons l’accent davantage sur ses dimensions culturelles et artistiques plutôt que sur l’aspect purement religieux. » Le festival se veut ainsi didactique avec « une cérémonie expliquant les concepts spirituels et sociologiques du vodun. »

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Des répercussions économiques majeures

L’autre objectif du président béninois est économique. Avec un budget relativement modeste, le succès populaire a été au rendez-vous : « Ça n’a pas coûté beaucoup mais les répercussions économiques sont majeures. Nous voulons en faire un secteur de développement touristique et donc économique. Ce sont des investissements rentables », assure-t-il. Des projets ambitieux qui passent aussi par la création d’un musée international du Vodun.

Patrice Talon souhaite, avec ce festival et ce futur musée, faire connaître l’histoire de l’esclavage « non pour revendiquer quelque chose mais pour montrer les traces de cette partie de l’Histoire de l’humanité, violente et cruelle ; les générations à venir doivent pouvoir toucher du doigt ce qu’a été le monde à cette période-là, pour ne jamais retomber dans les mêmes travers. »

Une quête fondamentale

Selon le président béninois, le vodun peut devenir un symbole de ralliement pour tous les descendants de la diaspora africaine, éparpillée dans le monde par l’esclavagisme : « La demande est forte d’un rattachement des Afro-descendants à l’Afrique, c’est une quête fondamentale », souligne-t-il.

« Le commerce des esclaves a été assez ingénieux pour brouiller toutes les pistes d’un retour à la Terre natale. Mais il peut y avoir une solution qui apaise : un Afro-descendant des Antilles, de la Guadeloupe ou de l’Amérique du Nord a un lien global avec l’Afrique, donc avec le Bénin, même si ses ancêtres n’en sont pas précisément originaires. Est-il impératif de savoir si un Jamaïcain est venu du Ghana, du Congo ou du Bénin ? Cela importe peu, Ce qui est important c’est de proclamer que chaque pays d’Afrique est le pays d’un Afro-descendant. Il faut accomplir la démarche morale et spirituelle pour que le Bénin, comme chaque pays d’Afrique, soit le pays de tous les Afro-descendants. »

Enfin sorti de l’ombre, le vodun commence déjà à éclairer l’avenir. 

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