Colère des agriculteurs : Gabriel Attal annonce plusieurs aides financières sans convaincre les manifestants

Des centaines d’agriculteurs barrent toujours, ce mardi, huit grands axes autoroutiers desservant Paris pour continuer à mettre la pression sur le gouvernement de Gabriel Attal. Le Premier ministre a assuré, devant l’Assemblée, qu’il devait y avoir « une exception agricole française », et a promis que le gouvernement serait « au rendez-vous, sans aucune ambiguïté » pour répondre à la crise agricole. Revivez cette nouvelle journée de mobilisation avec France Bleu.

L’essentiel

  • Les grands axes autoroutiers autour de Paris toujours bloqués ce mardi
  • Le convoi à destination du marché de Rungis prévoit de passer la nuit à Orléans
  • Le président de la FNSEA estime que ce n’est pas une « bonne idée » de s’en prendre à Rungis
  • Les barrages se poursuivent dans plusieurs régions
  • Emmanuel Macron a déclaré s’opposer à l’accord commercial Mercosur
  • Ce que les agriculteurs ont obtenu, ce qu’ils demandent encore : le point dans cet article
  • Emmanuel Macron évoquera la crise jeudi à Bruxelles lors d’un entretien avec la présidente de la Commission européenne
  • Les agriculteurs espagnols et italiens se joignent au mouvement de colère européen

Aides financières, contrôles Egalim, Gabriel Attal annonce plusieurs mesures

Lors de son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre Gabriel Attal a appelé à « une exception agricole française », et promis « d’être au rendez-vous » pour répondre à la crise. Il a annoncé plusieurs mesures pour les agriculteurs. « D’ici le 15 mars, toutes les aides de la PAC seront versées sur les comptes bancaires » des agriculteurs, a-t-il dit. La mesure concerne les agriculteurs qui n’ont pas encore reçu le solde des aides de la politique européenne de soutien à l’agriculture au titre de 2023.

Gabriel Attal a aussi évoqué un renforcement des aides fiscales aux éleveurs et « un grand plan de contrôle sur la traçabilité des produits », alors que de plus en plus d’agriculteurs ont décidé d’inspecter par eux-mêmes des camions visiblement étrangers sur les routes de France, et dénoncent l’importation de denrées produites dans des conditions interdites en France.

Le Premier ministre a aussi annoncé des aides pour le carburant utilisé par les agriculteurs, le GNR, ou encore pour la prise en charge des frais vétérinaires des exploitations touchées par l’épidémie de MHE, qui touche les bovins.

Gabriel Attal a aussi annoncé la multiplication des contrôles pour faire respecter la loi Egalim, censée assurer la rémunération des agriculteurs. Toutes les amendes de l’industrie et la grande distribution seront redistribuées aux agriculteurs, a-t-il promis.

Il a également annoncé un fonds d’urgence avant la fin de la semaine pour les viticulteurs.

Le discours de Gabriel Attal a été reçu froidement par des agriculteurs interrogés par l’AFP. « Il ne répond absolument pas à nos attentes ! On aurait aimé par exemple qu’il annonce (la suppression) des droits de succession agricoles », a indiqué le président de la Coordination rurale du Lot-et-Garonne, Serge Bousquet-Cassagne. Des éleveurs basques déplorent « des rustines » et « du vent » au micro de France Bleu Pays Basque.

La dérogation sur les jachères prolongée ?

Gabriel Attal a également annoncé que la France était « proche d’aboutir à une prolongation de la dérogation sur les jachères. Il a affirmé que la France avait réuni une coalition de 22 pays sur le sujet. « Nous ne nous laisserons pas faire », a affirmé le Premier ministre.

Emmanuel Macron s’oppose au Mercosur

Depuis Stockholm en Suède, Emmanuel Macron a déclaré que la France s’oppose à l’accord commercial Mercosur, actuellement en négociations entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay et Venezuela). Pour le président français, les règles ne sont pas « homogènes » avec les règles européennes.

Le chef de l’État a également estimé que ce serait de la « facilité de tout mettre sur le dos de l’Europe » pour expliquer les difficultés des agriculteurs français, qui dénoncent certaines obligations de la Politique agricole commune (PAC). Il a aussi demandé des « mesures claires » pour les importations de poulets et de céréales d’Ukraine.

Des campements en Île-de-France pour faire le « siège » de Paris

Pour le deuxième jour, les agriculteurs étaient présents sur ce qu’ils appellent le « siège » de Paris, pour continuer à mettre la pression sur le gouvernement. Huit autoroutes [A1, A4, A5, A6, A10, A13, A15, A16] sont toujours fermées ce mardi sur certaines portions. D’autres axes dans le Val-d’Oise, la Seine-et-Marne ou dans les Yvelines sont perturbés. Pour tenir ce blocus, les manifestants ont également installé des campements pour tenir sur le long terme.

Des agriculteurs ont installé un barrage sur l'A13 au niveau du péage de Buchelay © Radio France -
Des agriculteurs ont installé un barrage sur l’A13 au niveau du péage de Buchelay © Radio France – © Radio France
Robin Bernaud

Le convoi en direction de Rungis prévoit une arrivée ce mercredi

Un convoi de plus de 200 tracteurs est parti lundi du Lot-et-Garonne avec pour objectif le marché de Rungis, à l’appel de la Coordination rurale. Après avoir passé la nuit à Limoges, les agriculteurs ont repris la route à 5h du matin sur l’A20 ce mardi. Le convoi, long de 3 km, s’est étoffé au fur et à mesure. Les forces de l’ordre ont bloqué le convoi au nord de Limoges, forçant les agriculteurs à continuer leur route sur la départementale.

Une partie du convoi a réussi à récupérer l’A20 une fois arrivé dans l’Indre, au niveau d’Argenton-sur-Creuse. D’autres tracteurs sont toujours sur les départementales. La préfecture du département a annoncé la fermeture de l’A20 entre les échangeurs 9 et 14 en direction de Paris. La stratégie des gendarmes est « de rassembler tout le monde sur cette autoroute« , nous indique France Bleu Berry.

Le convoi a observé une pause à l’heure du déjeuner quelques kilomètres avant Châteauroux. L’objectif de la journée est désormais Orléans pour y passer la nuit. Les agriculteurs comptent arriver à Rungis mercredi.

Les agriculteurs font une pause déjeuner sur l'A20, quelques kilomètres avant Châteauroux
Les agriculteurs font une pause déjeuner sur l’A20, quelques kilomètres avant Châteauroux © Radio France
Marc Bertrand

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De son côté, Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, a estimé sur Europe 1 que d’aller « faire le coup de force à Rungis« , poumon alimentaire de Paris, n’était « pas une bonne idée« , se démarquant vivement de la Coordination rurale. « Je rappelle la nécessité du calme, de la non-violence« , a-t-il dit.

D’autres convois en route pour rejoindre l’Île-de-France

Un autre convoi, parti de l’Eure ce mardi matin, veut également rejoindre le « siège » de Paris. Il se dirigeait vers le péage de Buchelay, sur l’autoroute A13 dans les Yvelines. Des agriculteurs de Seine-Maritime ont l’intention de les rejoindre mercredi.

Même objectif pour les agriculteurs de la Somme qui se sont retrouvés à Roye, dans l’est du département, pour mettre le cap vers l’A1 et rallier l’un des points de blocage en Île-de-France.

Des agriculteurs venus de Haute-Saône espéraient, eux, être vers 14 heures en Seine-et-Marne, après être partis vers 20h lundi soir.

Les agriculteurs de la Coordination rurale de Haute-Saône sont partis ce lundi, vers 20h.
Les agriculteurs de la Coordination rurale de Haute-Saône sont partis ce lundi, vers 20h.
Coordination rurale 70

Les blocages se poursuivent partout en France

Les blocages ont continué un peu partout dans le pays. En Gironde, les agriculteurs se sont réunis en sept points différents. Plusieurs modes d’action sont observés : blocages de route, blocages de centrales d’achat et barrages filtrant.

Dans les Bouches-du-Rhône, plusieurs dizaines d’agriculteurs ont passé la nuit sur l’A51, à hauteur d’Aix-en-Provence. L’autoroute est fermée à la circulation dans le secteur.

Dans la Sarthe, les agriculteurs bloquaient plusieurs portions des autoroutes A81, A11 et A28 autour du Mans. Ils comptaient rester 24 heures sur place. En Loire-Atlantique, les agriculteurs poursuivaient le blocage de la N165 entre Nantes et Vannes au niveau de Missilac. La FNSEA 44 et les Jeunes Agriculteurs appelaient aussi à bloquer le pont de Cheviré ce mardi soir, dès 22 heures.

La FDSEA 31 et des Jeunes agriculteurs ont pertubé les alentours de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Dans les Hauts-de-France, les agriculteurs belges ont rejoint le mouvement. De nouveaux barrages ont aussi été mis en place dans la Marne depuis 6h ce mardi matin.

En Isère, les agriculteurs se sont rassemblés devant le péage de Saint-Quentin-Fallavier. Les autoroutes A48, A480 et A43 sont donc complètement ou partiellement bloquées dans le département. L’A43, qui relie le nord de l’Isère à Lyon, est habituellement un axe très fréquenté. C’est également une route où se trouvent de nombreuses plateformes logistiques.

Tracteurs en centre-ville et actions coup de poing

Les tracteurs sont entrés dans le cœur de plusieurs villes, comme à OrléansLaval ou Château-Gontier en Mayenne, où des bâtiments appartenant à l’État ont été pris pour cible, entourés de pneus pour être « emmurés ».

Les agriculteurs déposent des pneus devant la sous-préfecture de Château-Gontier-sur-Mayenne.
Les agriculteurs déposent des pneus devant la sous-préfecture de Château-Gontier-sur-Mayenne. © Radio France
Marcellin Robine

À Orléans, 150 tracteurs ont envahi le centre-ville et circulent devant la cathédrale.

Les agriculteurs espagnols et italiens se mobilisent à leur tour

Ce mardi, les trois principaux syndicats agricoles espagnols ont indiqué rejoindre le mouvement de colère des agriculteurs en Europe. Ils annoncent une série de « mobilisations » dans l’ensemble du pays dans les « prochaines semaines« . « Le secteur agricole en Europe et en Espagne est confronté à une frustration et un malaise croissants en raison des conditions difficiles et de la bureaucratie étouffante générées par les réglementations européennes« , ont-ils expliqué dans un communiqué.

En Italie aussi, la colère monte peu à peu. Ce mardi, des dizaines d’agriculteurs transalpins ont manifesté avec leurs tracteurs près de Milan. Plusieurs mobilisations ont déjà eu lieu ces dernières semaines, de la Sicile au nord du pays. Même si l’ampleur du mouvement n’a pas encore atteint le niveau de celui qui touche la France, l’Allemagne ou la Belgique, des blocages de routes sont régulièrement signalés.

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