A quelques jours du début officiel de la campagne pour l’élection présidentielle du 25 février, la candidate du mouvement Sénégal nouveau, Rose Wardini, s’est rendue vendredi 2 février au soir à la Division des investigations criminelles (DIC), à Dakar, selon une source policière. Cette convocation, dont les motifs ne sont pas encore connus, intervient alors la gynécologue est soupçonnée de posséder la double nationalité franco-sénégalaise. Or, la Constitution indique clairement que les candidats au scrutin présidentiel doivent être exclusivement sénégalais. Une règle qui a déjà valu à Karim Wade, le fils et ancien ministre de l’ex-président Abdoulaye Wade, d’être éliminé de la course.
La polémique sur la double nationalité de Rose Wardani a commencé jeudi 1er février avec la publication, sur les réseaux sociaux, de captures d’écran du site officiel de l’administration française service-public.fr où apparaissent la date de naissance de la candidate et son numéro d’électeur sur la liste du consulat de France de Dakar. Elle y était toujours inscrite le 2 février 2024, alors que son dossier de candidature à l’élection présidentielle, qui comprenait une déclaration sur l’honneur selon laquelle elle était uniquement sénégalaise, a bien été validé par le Conseil constitutionnel.
L’équipe de campagne de Mme Wardini n’a pas encore réagi, mais l’affaire alimente déjà la controverse sur la principale instance de contrôle du scrutin. La mise en place d’une commission d’enquête parlementaire, initiée par des députés du groupe parlementaire du Parti démocratique sénégalais (PDS) et de ses alliés, a été adoptée mercredi 31 janvier en assemblée plénière par 120 députés sur 165 afin d’examiner le processus de sélection et d’éviction des candidats à l’élection présidentielle par le Conseil constitutionnel. Cette commission a maintenant six mois pour examiner les conditions dans lesquelles les candidats – dont celui du PDS, Karim Wade – ont été exclus du processus électoral.
Le Conseil constitutionnel dans la tourmente
Les députés du groupe parlementaire PDS ont d’ores et déjà évoqué dans un communiqué des « allégations de conflits d’intérêts, d’avantages indus et des soupçons de corruption et de collusion impliquant certains membres du Conseil constitutionnel dans le processus de contrôle de parrainage et de validation des candidatures au prochain scrutin présidentiel ». Des accusations qui ont fait réagir l’institution, laquelle a dénoncé des « accusations graves et infondées ».
« Aucune commission parlementaire n’a la compétence pour entendre un magistrat », a rappelé l’Union des magistrats du Sénégal. « Les membres de la commission peuvent convoquer qui ils veulent, dont les juges constitutionnels. Mais l’assemblée nationale n’a pas de pouvoir coercitifs et ils ont donc le droit de ne pas se présenter », rétorque Saliou Dieng, député PDS et rapporteur de la commission d’enquête parlementaire.
Le camp de Karim Wade ne s’en cache pas : l’objectif est d’obtenir un report du scrutin présidentiel dans l’espoir que leur candidat puisse participer. « Compte tenu des failles du processus électoral dans le contrôle des parrainages et dans l’examen des dossiers, le report est la seule solution pour revoir tout le processus de sélection des candidats », assure M. Dieng en invoquant l’article 52 de la Constitution qui donne au président de la République des « pouvoirs exceptionnels » quand « les institutions de la République, l’indépendance de la nation, l’intégrité du territoire national ou l’exécution des engagements internationaux sont menacées d’une manière grave et immédiate, et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ou des institutions est interrompu. »
« C’est à elle de démissionner ou à la justice de la sanctionner »
Mais plusieurs acteurs de la société civile ont rappelé qu’une commission d’enquête parlementaire n’avait pas le pouvoir de reporter des élections. D’après l’article 29 de la Constitution, seul le décès d’un candidat permet le dépôt de nouvelles candidatures jusqu’à la veille du scrutin et le report de l’élection à une nouvelle date fixée par le Conseil constitutionnel.
Thierno Alassane Sall, député candidat à l’élection présidentielle et ancien ministre de l’énergie du président sortant Macky Sall, avait déposé un recours mi janvier pour dénoncer la double nationalité de Karim Wade après la publication de la liste provisoire des candidats. « Cette fois-ci, le délai de recours devant les sept sages est dépassé, la liste est définitive. Mais si la double nationalité de Rose Wardini est avérée, c’est à elle de démissionner ou à la justice de la sanctionner pour fausse déclaration et délit de parjure », estime le président du parti politique La République des valeurs qui écarte toute possibilité de report du scrutin. « La commission d’enquête a été validée par des députés frustrés de l’élimination de la candidature leurs candidats ou de la validation d’opposants mais ils risquent de créer une crise constitutionnelle », s’alarme-t-il.
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