La justice haïtienne met en cause la veuve du président Jovenel Moïse, assassiné en 2021

Qui a tué Jovenel Moïse ? Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, le président haïtien, au pouvoir depuis 2017, était abattu d’une douzaine de balles par un commando, à son domicile de Pétion-Ville, dans la banlieue de Port-au-Prince. Deux ans et demi après l’assassinat du chef d’Etat, cette question hante toujours les esprits en Haïti, mais demeure sans réponse, alors que le pays est sous tension et que des manifestations réclament depuis lundi la démission du premier ministre, Ariel Henry.

Celui-ci s’était engagé, en décembre 2022, à organiser des élections et à quitter le pouvoir mercredi 7 février, mais cela n’aura vraisemblablement pas lieu. Lundi, Guy Philippe, l’un des meneurs du coup d’Etat de 2004 contre le président Jean-Bertrand Aristide, a ouvertement appelé à l’insurrection.

Ariel Henry assure la présidence par intérim depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, sur lequel l’enquête haïtienne n’a toujours pas été en mesure d’identifier un commanditaire ou un mobile. Lundi 29 janvier, un nouveau rebondissement dans cette affaire a néanmoins créé la surprise dans ce pays caribéen de 11 millions d’habitants : un mandat d’arrêt émis par le juge d’instruction chargé de ce dossier contre la veuve du président était rendu public sur les réseaux sociaux.

Martine Moïse est recherchée « pour être interrogée sur les faits de vol à main armée, tentative d’assassinat, assassinat, association de malfaiteurs, etc., au préjudice du président de la République », est-il précisé dans ce document d’une page daté du 25 octobre 2023 et divulgué par la presse fin janvier. Il est signé de la main de Walther Wesser Voltaire, juge d’instruction au tribunal de première instance de Port-au-Prince, qui ajoute que ces faits « lui sont reprochés ».

« Versions franchement divergentes »

Pour nombre d’Haïtiens, l’éventualité d’une participation de Mme Moïse à ce complot avait jusqu’alors semblé hautement improbable. Grièvement blessée durant cette nuit sanglante, elle avait été évacuée vers la Floride pour y être soignée, puis était retournée en Haïti et avait assisté aux funérailles de son époux, à Cap-Haïtien, la deuxième ville du pays. Le 6 octobre 2021, l’ex-première dame avait été auditionnée durant plusieurs heures, en qualité de témoin, dans le bureau du juge Garry Orélien, alors chargé par le parquet de mener l’instruction. « Elle était sur les lieux au moment du crime. C’est elle qui était la personne la mieux placée pour donner des explications exactes à la justice », observe Iswick Théophin, avocat au barreau de Port-au-Prince.

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