“Macky Sall s’impose de façon unilatérale comme maître du jeu politique au Sénégal”

Courrier international : Quels événements ont mené à la décision de report du scrutin présidentiel annoncée le 3 février par Macky Sall ?

Ousmane Diallo : C’est le dernier épisode d’une crise politique qui se déroule depuis 2021. Si la déclaration du 3 février de Macky Sall repoussant l’élection présidentielle est un coup d’éclat majeur, elle a été précédée, au cours des trois précédentes années, par des transgressions des libertés fondamentales, des droits humains et de l’état de droit, jusqu’à ce que le président sénégalais décide de reporter cette élection présidentielle en s’appuyant sur une crise institutionnelle manufacturée de toutes pièces, avec l’appui de certains députés de l’opposition, dont du PDS [Parti démocratique sénégalais, de Karim Wade], et ceux de la majorité présidentielle.

Ce qui est cocasse dans cette “crise” est que les accusations contre le Conseil constitutionnel portent sur des soupçons de corruption de deux juges formulées par le candidat du PDS, Karim Wade. Ces accusations de corruption active visent nommément le Premier ministre, Amadou Ba, qui est pourtant le candidat de la majorité pour l’élection présidentielle. Or Macky Sall a renouvelé sa confiance à son Premier ministre, en Conseil des ministres du 7 février, contredisant son discours du 3 février au cours duquel il a parlé de ces accusations graves de corruption contre ces deux juges, mettant en péril tout le processus électoral et rendant une suspension inévitable.

Quand vous dites qu’il s’agit d’une crise “manufacturée”, que voulez-vous dire ?

Il faut reprendre les événements qui ont abouti à cette crise. Karim Wade a vu sa candidature invalidée pour cause de double nationalité, française et sénégalaise. Même si le 16 janvier, un décret paru au JO français affirmait que Karim Wade avait été délié de tous ses liens d’allégeance envers la République française, ce décret est paru trois semaines après le dépôt de la candidature de Karim Wade et sa déclaration sur l’honneur de ne disposer que d’une nationalité. C’est un autre candidat à la présidentielle, Thierno Alassane Sall, qui avait saisi le Conseil constitutionnel pour qu’il constate cette inéligibilité de Karim Wade.

Mais le parti de Karim Wade, le PDS, a rué dans les brancards après son exclusion du jeu et accusé le Premier ministre d’avoir corrompu deux juges du Conseil constitutionnel. Très vite, une commission parlementaire a été mise sur pied, le 2 février, par les députés du PDS et de la majorité présidentielle pour faire la lumière sur cette affaire et sur d’autres candidatures recalées. À la suite de la publication de la liste définitive des candidats, ce 21 janvier, certains candidats recalés avaient écrit à Macky Sall pour dénoncer d’autres décisions concernant le processus et l’invalidation de leurs dossiers par le Conseil constitutionnel.

C’est sur la base de ces allégations et accusations que Macky Sall a annoncé ce 3 février la suspension du processus électoral, alors même que la commission parlementaire n’a même pas commencé ses travaux. D’ailleurs, on ne parle désormais plus de cette commission, qui n’a servi que de prétexte pour suspendre le calendrier électoral.

Macky Sall compte sur un dialogue national, auquel il a invité les candidats à l’élection présidentielle, pour définir les modalités de l’élection du 15 décembre. Il avait déjà convoqué un dialogue national en juin 2023, qui avait permis l’inclusion de Karim Wade et de Khalifa Wade dans les potentiels candidats à l’élection prévue alors le 25 février. Or ce prétendu dialogue est souvent utilisé pour justifier les coups de semonce sur les lois c

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