Report de la présidentielle au Sénégal : un étudiant tué, les manifestations violemment dispersées

Le Sénégal semble s’enfoncer dans la crise depuis l’annonce du report controversé de la présidentielle. Des manifestations contre ce report et le pouvoir du président Macky Sall ont eu lieu vendredi à Dakar ainsi que dans plusieurs villes du pays. Elles ont été violemment dispersées. À Saint-Louis, dans le nord du pays, un étudiant en deuxième année de licence de géographie, Alpha Yoro Tounkara, a été tué.

« Il était non seulement un brillant étudiant, mais aussi un camarade aimé et respecté. Sa présence chaleureuse et son enthousiasme contagieux manqueront à tous ceux qui ont eu la chance de le connaître », écrit Cheikh Ahmadou Bamba Diouf, président du club de géographie de l’université Gaston Berger, où le jeune homme étudiait.

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À Dakar, la police a fait un usage abondant de gaz lacrymogènes pour disperser les centaines de personnes qui cherchaient à se rassembler aux abords de la place de la Nation. Tous les accès avaient été fermés par les autorités. L’autoroute et des axes importants ont également été bloqués. Des manifestants ont riposté en lançant des pierres et en érigeant des barricades avec des objets de fortune, notamment des planches et des pierres, et en incendiant des pneus.

Cette mobilisation sur tout le territoire sénégalais est la première contestation d’ampleur depuis le report du scrutin décrété par Macky Sall, trois semaines seulement avant l’échéance, en pleine bagarre politique sur les candidatures retenues ou écartées pour le scrutin. L’Assemblée nationale a approuvé lundi un ajournement au 15 décembre et a aussi voté le maintien de Macky Sall au pouvoir jusqu’à la prise de fonctions de son successeur. Ces décisions ont ouvert une grave crise politique au Sénégal et plongé le pays dans une période d’incertitude.

Des journalistes visés

Reporters sans Frontières s’est « indigné » du ciblage d’au moins 5 journalistes par les policiers lors des manifestations à Dakar. Une journaliste du site Seneweb a été brutalement interpellée et a été hospitalisée suite à un malaise, selon l’ONG. Un autre journaliste du journal Enquête a été frappé à la mâchoire, et des gaz lacrymogènes ont notamment visé le siège de la télévision privée Walf TV, dont la licence a récemment été retirée par les autorités.

À la mosquée Masjidounnour de Dakar, pour la grande prière musulmane du vendredi, l’imam Ahmed Dame Ndiaye s’est insurgé contre la situation politique. « Même le président peut faire des erreurs et dans ce cas c’est à nous de lui dire la vérité », a-t-il estimé, ajoutant que « personne n’a le droit de regarder la société en train d’être détruite ».

Dans la matinée, les professeurs ont donné le ton avec des débrayages dans les écoles. Au lycée Blaise Diagne de Dakar, des centaines d’étudiants ont quitté leurs cours à 10 heures. « C’est juste le début d’un combat. Si le gouvernement s’entête, nous serons obligés de mener d’autres actions », a déclaré à l’AFP Assane Sene, un professeur d’histoire-géographie syndiqué de cet établissement.

Une autre manifestation prévue mardi

Le report de la présidentielle de 10 mois a soulevé une indignation largement partagée sur les réseaux sociaux. L’opposition crie au « coup d’État constitutionnel ». Elle soupçonne une manigance pour éviter la défaite du candidat du camp présidentiel, voire pour maintenir le président Sall à la tête du pays encore plusieurs années.

Un collectif de 14 candidats de l’opposition a déposé dans l’après-midi un recours devant la Cour suprême. Les tentatives de manifestations depuis l’annonce du report ont été réprimées et des dizaines de personnes interpellées. Des dizaines de personnes ont été tuées et des centaines arrêtées depuis 2021 lors de différents épisodes de contestation.

Le collectif Aar Sunu Élection (« Protégeons notre élection »), qui prévoit une autre manifestation mardi a insisté sur sa volonté de protester pacifiquement. Une douzaine de candidats opposés au changement de calendrier, sur les 20 retenus par le Conseil constitutionnel, ont exprimé leur souhait d’une convergence avec la société civile.


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