Les Léopards avaient affiler leurs griffes. La République démocratique du Congo (RDC) rêvait de découper une bande de garçons jusqu’ici un peu trop insolents. Le sort en a voulu autrement. Samedi 10 février au stade Félix-Houphouët-Boigny à Abidjan, l’Afrique du Sud a fini par renverser les Léopards lors de la petite finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) aux tirs au but (0-0, 6-5 aux t.a.b.).
19 h 43. Le stade se remplit gentiment mais sûrement. 21 975 spectateurs (sur une capacité de 29 000 places) sont venus voir cette affiche, l’avant-dernière affiche de la CAN, et ils sont quasiment tous pour la RDC. Les Léopards n’ont pas reproduit leur geste puissant effectué lors du match précédent pendant leur hymne pour dénoncer les violences dans l’est de leur pays et le silence les entourant. Ils avaient cette fois-ci la main sur le cœur, mais pas sur la bouche, ni deux doigts sur la tempe en forme de pistolet.
20 heures, c’est parti. Les chants des supporteurs de la RDC transportent Abidjan à Kinshasa. Dès les premières secondes, les Léopards sont d’attaque. Mais très vite, les Bafana Bafana imposent leur jeu presque à l’aveugle. La sélection arc-en-ciel possède une caractéristique rare sur le continent : un esprit club très poussé, puisque dix de ses internationaux évoluent au Mamelodi Sundowns, la meilleure écurie sud-africaine, basée à Pretoria. De l’autre côté, c’est tout le contraire : sur les 24 Léopards sélectionnés, un seul joue en RDC et dix-sept sont nés à l’étranger, essentiellement en Europe.
Une chaleur accablante
10e minute. L’Afrique du Sud multiplie les approches dans la surface adverse, et continue de combiner naturellement, c’est à croire que les joueurs communiquent par télépathie. Il ne se passe pas grand-chose. Theo Bongonda tente de créer du rythme, des accélérations dans un duel assez fermé. Le public a compris et semble pousser les Léopards. Le défenseur Chancel Mbemba, pour l’instant, multiplie les mauvais choix.
Mauvais présage ? Face aux avancées sud-africaines, les Congolais sont obligés de défendre à dix, dominés, devant les yeux de Moïse Katumbi, président du Tout puissant Mazembe, mythique club congolais et candidat à la présidentielle de décembre 2023. Sur la ligne de touche, le coach de la RDC, le Français Sébastien Desabre, s’agite, nerveux. Enfin, l’attaque congolaise se réveille, multiplie les incursions mais la défense sud-africaine tient toujours.
Mi-temps. Un tir cadré partout. L’ennui n’est pas loin, mais comment jouer, même pour une troisième place de la CAN, sous une chaleur aussi assommante (36 °C ressentis pour 80 % d’humidité) ? On se dit alors que les deux équipes peuvent encore être longtemps sur le terrain sans que rien ne se passe…
La RDC voulait une victoire « pour donner de la joie »
Reprise. Les Léopards ont faim et commencent à déborder sur les côtés. Ils deviennent menaçants : frappe de Simon Banza qui frôle la transversale ; tir de Grady Diangana qui finit dans les tribunes. C’est au tour de la RDC de camper chez les Sud-Africains. Les occasions se multiplient, les Bafana Bafana répondent, le match prend vie. Une femme continue de s’époumoner en hurlant « allez Bafana ». Elle est bien la seule.
65e. L’Afrique du Sud est tout près de craquer : les Léopards manquent deux chances de prendre l’avantage. Le public est là, vit le match intensément, encourage la RDC. Un tacle litigieux dans la surface ? Il réclame « la vidéo ».
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75e. Encore un énorme raté pour les Congolais : Mbemba, seul dans les six mètres, manque sa frappe. Sébastien Desabre continue de faire entrer des joueurs plus frais. La RDC veut cette troisième place, cette médaille de bronze, comme en 2015. Pour les Léopards, cette petite finale a quelque chose de « particulier » : une victoire pour « donner de la joie et des sourires (…) à tous ceux qui souffrent au Congo », a souligné Sébastien Desabre avant le match.
85e. La RDC joue avec le feu et n’arrive pas à concrétiser les innombrables occasions. Au même moment, l’Afrique du Sud n’est pas loin d’ouvrir le score. Juste avant la 90e minute, Fiston Mayele, après un amorti de la poitrine, croise trop sa frappe qui échoue près du poteau gauche des Bafana Bafana. Trois minutes plus tard, sur un centre sublime de Mayele, Yoane Wissa ouvre trop son pied. Une énième occasion gaspillée. Les regrets risquent d’être éternels…
« Numéro 3 ou 4, c’est la même chose »
Fin du match. 0-0. Pour la petite finale, il n’y a pas de prolongations, la médaille va se jouer aux tirs au but. Le premier à s’avancer est le Sud-Africain Teboho Mokoena : sa frappe s’écrase sur le poteau droit. Arrive le tour du capitaine de la RDC, le dernier tireur. Si Chancel Mbemba marque, les Léopards emportent la petite finale. Mais Ronwen Williams arrête la frappe, le gardien avait déjà arrêté quatre ballons face au Cap-Vert en quarts de finale. Sa parade arrive au bon moment. C’est au tour du Congolais Meschack Elia. Williams est trop fort et contre le cuir. L’Afrique du Sud s’impose encore aux tirs au but. Troisième, comme en 2000.
Et dire que son sélectionneur belge, Hugo Broos, vainqueur en 2017 de la CAN avec le Cameroun, avait assuré la veille de la confrontation : « Si vous me demandez mon avis, ce match ne devrait pas être joué. Si vous êtes numéro 3 ou numéro 4 demain, pour moi, c’est exactement la même chose. » Vraiment ?
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