Le Premier ministre Ariel Henry s’apprête à participer au sommet des Amériques, à Los Angeles, aux Etats-Unis, le 6 juin 2022. Sa présence a été annoncée jeudi par le coordonnateur du sommet, Kevin O’Reilly, lors d’une audition au Sénat américain le jeudi 26 mai 2022.
Le Premier ministre Ariel Henry, accepté dans ce cercle de leaders ayant l’onction démocratique, n’aura rien à annoncer sur les avancées de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse ni sur la transition sans échéance, sans large consensus avec les forces politiques et sociales, comme prescrit par la communauté internationale pour avancer vers le rétablissement d’un climat sécuritaire minimal et les élections générales.
Le Premier ministre Henry, à la tête d’un gouvernement faible, critiqué pour son inefficacité à lutter contre les gangs et son manque d’empathie quand les seigneurs de guerre laissent derrière eux des monticules de cadavres, à la plaine du Cul-de-Sac et ailleurs, jouit cependant de ses appuis. Il est appuyé par la communauté internationale.
Le Premier ministre Ariel Henry, appuyé aussi par les signataires de l’accord du 11 septembre, dont le PHTK, la Fusion, le SDP, le MTV et un conglomérat de partis politiques et de personnalités politiques hostiles à l’assassiné du 7 juillet, posera aux côtés des leaders de la région où les institutions existent, les élections se tiennent régulièrement, les conflits, quand ils surviennent, sont vidés de manière responsable, par le dialogue, la recherche de solutions consensuelles. Il sera quand bien même un mouton noir car, a moins d’un coup de théâtre, Ariel Henry se pointera à Los Angeles sans aucun accord avec Montana/Pen.
Comme d’autres leaders haïtiens avant lui, la faiblesse du Premier ministre Ariel Henry se mesura à l’aune de ses incapacités à rassembler les énergies et les bonnes volontés autour de la cause nationale, à défendre, en dehors de tout contexte, des petites contingences, des petits calculs sortis des cerveaux de gardiens de cartels d’intérêts particuliers, jamais loin des espaces de pouvoir et souvent en cheville avec la petite et la grande criminalité.
Jusqu’ici, les deux rencontres, en tête à tête, du Premier ministre Ariel Henry avec Magali Comeau Denis du Bureau de suivi de l’accord de Montana, n’ont débouché sur un aucun « tèt kole » sur le minimum possible pour lutter contre l’insécurité, la violence des gangs, pour avancer vers les élections. Ces consultations, infructueuses, tenues sur fond de suspicions, de critiques, ont provoqué des fissures dans l’édifice Montana/Pen. Pour le moment, on ne sait pas si le PM Henry fait du Racine, s’il embrasse son rival pour l’étouffer.
Des appuis et pas de bilan
Si le Premier ministre Ariel Henry est encore fort de ses appuis, le temps passe. Il n’a pas obtenu le consensus large, ne dispose d’aucun bilan au plan de la sécurité à rétablir, de la violence des gangs à combattre, de l’insécurité alimentaire à atténuer.
Son bilan quasi inexistant, à ce sommet des Amériques, là où l’on discutera de la migration, un mois et un jour avant le premier anniversaire de l’assassinat du président Jovenel Moïse, fera peut-être froncer quelques sourcils.
Le cas Haïti
Il est probable qu’Haïti soit traité comme un cas. « Il est vraiment important qu’Haïti soit un sujet mis en avant et sur lequel on se concentre, parce que je pense qu’il y a des pays dans la région qui ont un intérêt direct, à commencer par la République dominicaine qui partage évidemment Hispaniola avec eux, mais d’autres ont un intérêt direct à contribuer à un certain niveau de stabilité gouvernementale là-bas et de sécurité, de sorte que cela puisse ensuite être construit pour fournir un meilleur avenir », a déclaré Marco Rubio, sénateur républicain, lors d’une audition hier jeudi, peut-on lire dans un article du Miami Herald. « J’espère simplement que le sujet d’Haïti figurera en bonne place dans l’ordre du jour et qu’il s’agira d’un sujet auquel nous nous confronterons vraiment », a-t-il dit.
« L’absence de la stabilité en Haïti a un impact sur de multiples pays », a déclaré M. Rubio lors de cette audition de la sous-commission des relations étrangères du Sénat sur l’hémisphère occidental, le jeudi 26 mai 2022, au sujet du prochain sommet. « Même Cuba intercepte désormais les migrants haïtiens ».
Lors de l’audition au Sénat le jeudi 26 mai 2022, Rubio a exprimé de « profondes inquiétudes au sujet d’Haïti » et a noté qu’il n’y a pas beaucoup de clarté sur « ce qui se passe. Si Dieu nous en préserve » Henry est renversé. « Nous espérons que cela n’arrivera pas », a-t-il dit. « J’imagine que la question d’Haïti, de son avenir, de sa direction, de la manière dont elle va évoluer à partir de maintenant, sera à l’ordre du jour du sommet », a-t-il demandé à O’Reilly, selon cet article du Miami Herald.
« Est-ce quelque chose que nous soulevons de manière proactive ? Nous sommes très engagés, dans le cadre de l’ensemble de notre diplomatie dans l’hémisphère, sur cet agenda, monsieur », a répondu Kevin O’Reilly, coordonnateur de ce sommet.
L’immobilisme politique sur fond de kidnapping, de violence des gangs ayant provoqué des milliers de réfugiés intérieur et la dégradation de la situation socio-économique poussent les Haïtiens hors de leur pays. Plus de 4,5 millions d’Haïtiens vivent dans l’insécurité alimentaire. Le taux d’inflation est supérieur à 25 % au mois de mars et la gourde continue de perdre de la valeur face au dollar américain. Pour des montants élevés, le vendredi 27 mai 2022, il faut débourser plus de 120 gourdes pour 1 dollar. Le chômage, endémique, toucherait plus de 60 % de la population en âge de travailler. Le gouvernement Henry, dans son décret de budget de 210,5 milliards de gourdes, prévoit seulement 38 milliards de gourdes d’investissements, dont 15 millions proviendront de ressources internes de l’Etat. A pieds, en avion, sur de frêles esquifs et, depuis un certain temps, sur des navires plus conséquents, des Haïtiens font tout pour quitter le pays.
Le mardi 24 mai, un cargo transportant plus de 800 migrants haïtiens a échoué dans les eaux cubaines, s’arrêtant avant d’avoir pu atteindre sa destination, les Florida keys. Et depuis, début du mois d’octobre 2021, les garde-côtes américains ont arrêté en mer plus de 5 000 personnes originaires d’Haïti qui tentaient d’atteindre les États-Unis. Plus de 1 400 ont réussi à atteindre le sol américain entre les Florida keys et le territoire américain de Porto Rico, où, au début du mois, 36 migrants haïtiens ont été secourus et 11 retrouvés morts après le chavirement d’un bateau dans les eaux au nord-ouest de l’île.
487 morts violentes entre janvier et mai 2022
La violence s’est aggravée, a confié au Nouvelliste Jocelyne Colas Noël de la Commission justice et paix (CJILAP), vendredi 27 mai 2022. « Entre janvier et mai 2022, je souligne que le mois de mai n’est pas encore terminé, nous avons déjà recensé 487 cas de mort violentes », a indiqué la militante des droits de l’homme. Comme toujours, la majorité des cas sont observés au niveau de la zone métropolitaine de Port-au-Prince où les gangs imposent leur volonté. Ils tuent et s’entretuent.
Mi-mai, Michelle Bachelet, la Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, avait tiré la sonnette d’alarme. « La violence armée a atteint des niveaux inimaginables et intolérables en Haïti », avait-elle indiqué dans un communiqué le mardi 17 mai 2022.
« Du 24 avril au 16 mai, au moins 92 personnes non affiliées à des gangs et quelque 96 personnes présumées membres de gangs auraient été tuées lors d’attaques armées coordonnées à Port-au-Prince ».
« Selon des chiffres corroborés par les officiels des Nations unies, 113 autres personnes ont été blessées, 12 autres ont été portées disparues et 49 autres ont été enlevées contre rançon ». « Le nombre réel de personnes tuées pourrait être beaucoup plus élevé », a confié ce communiqué.
« Des violences extrêmes ont été signalées, notamment des décapitations, des mutilations et des corps incendiés, ainsi que l’assassinat de mineurs accusés d’être des informateurs d’un gang rival », a fait savoir ce communiqué de la Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.
L’étau des gangs se resserre encore plus
Alors que trois des quatre entrées de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, Martissant au sud, Canaan au nord et Croix-des-bouquets à l’est sont quasiment contrôlées par des gangs qui empêchent la circulation normale des personnes et des biens, des mesures annoncées pour doter la Police nationale d’Haïti de moyens matériels pour renforcer ses capacités opérationnelles ne sont pas encore prises. « Entre la paperasserie, les autorisations à obtenir, des problèmes réels de gouvernance au sein de la PNH, les tentations de faire des commissions sur l’achat de certains équipements et des gages démocratiques supplémentaires à obtenir auprès de certains chefs, du retard est accusé dans le processus de commande et de livraison de ces équipements », ont confié des sources à Le Nouvelliste. « Le Premier ministre Henry veut que les choses se passent correctement. San koutay sur les équipements », a soutenu une autre source.
Au-delà des annonces, chaque jour sans équipements pour la PNH, les FAD’H est un jour de sang pour des victimes des gangs de Croix-des-Bouquets, de Martissant qui sont contrôlés par les gangs. Le 1er juin 2022 fera un an. Le Premier ministre Ariel Henry et ses ministres de la Justice et de l’Intérieur, totalement transparents, sont en poste depuis fin juillet 2021.
Roberson Alphonse
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