Après quelques mois de retraite, l’ancien directeur de l’ACM Christian Tornatore reprend du service pour l’étape du Tour de France à Monaco

Nous l’avions quitté après un énième aiguillage victorieux des rallyes et Grands Prix de Monaco en 2022, pour le retrouver chef de gare dans le sous-sol de sa demeure de la Condamine à modéliser des trains d’époque, vivant une retraite active à deux pas de sa seconde maison durant 55 ans, l’Automobile Club de Monaco (ACM). « Prendre le temps est ma plus grande richesse. Mais on est vite débordé et il m’arrive d’arriver en retard à mes rendez-vous [rires]. Entre le vélo, le club de boules, le stand de tir [il fut champion de France départemental à la carabine à 10 mètres, ndlr] et, bien sûr, les petits enfants! »

Mais voilà qu’à l’automne dernier, une autre passion a poussé Christian Tornatore à poser ses lunettes binoculaires et rempiler: le vélo. À 72 ans, le métronome a été nommé par l’État Commissaire général de l’étape du Tour de France cycliste du 21 juillet 2024, au départ de Monaco. Itinéraire d’un expert reconnu à l’international.

Des BRM à Graham Hill

Né en 1952 à Monaco, Christian Tornatore tombe très tôt dans un baquet. « On allait voir les BRM [ancienne écurie de sport auto britannique, ndlr] avec mon père au Garage du Pont, au-dessus du pont Sainte-Dévote. À 6-7 ans, je suis monté dans une voiture de course », se remémore celui qui a grandi à Beausoleil. Les bolides de compétition dorment alors dans les garages du pays. Ferrari était chez Fiat, boulevard d’Italie. Renault sur le boulevard Albert-Ier. « Les mécanos mettaient les moteurs en route juste en dessous de la maison (…) La communion se faisait automatiquement entre la population et la compétition automobile. Et puis ma mère était passionnée. Elle faisait signer des autographes, de Graham Hill à Bruce McLaren, et dédicacer les programmes des Grands Prix. Malheureusement, je ne sais plus ce que j’en ai fait… »

À chaque Monte-Carl’, le petit Christian se poste au carrefour du cimetière de Cap-d’Ail, d’où il entend les bolides dévaler les pentes de La Turbie avant de glisser dans la courbe de la Basse corniche. « C’était Walter Röhrl, Michèle Mouton, Didier Auriol. Je n’avais pas de pilote idéal mais celui qui m’a marqué, c’est Graham Hill. Avec son flegme totalement british, son casque noir avec des bougies blanches. Une image que j’ai gardée. »

Il taquinera lui-même le volant en rallye, toujours en dehors de la Principauté. « J’ai toujours fait des courses mais pas de résultats. Et parfois les roadbook devenaient des road-bouffe », plaisante-t-il.

Bien après le tournant de 1967. Encore ado, Christian Tornatore voit alors la lumière dans un jour funeste.

Débuts à 15 ans et demi

« J’étais dans les jardins de l’Hôtel de Paris parce que mon père y travaillait, à la réception puis comme directeur technique. Je regardais le Grand Prix et tout d’un coup, un nuage de fumée. C’était l’accident de Bandini [le pilote, dont la voiture prit feu, décédera trois jours après, ndlr]. Il n’y avait pas d’écran à l’époque et on ne savait pas ce qui s’était passé. Mais on devinait un accident grave. C’est une image qui m’est restée gravée. Cela aurait pu me faire reculer mais j’ai attaqué mon premier Grand Prix l’année d’après. »

En 1968, à 15 ans et demi, il s’inscrit ainsi auprès de l’ACM pour être bénévole ou contrôleur. « Mais tu es le fils d’Alex! Bien sûr que tu peux travailler », lui répond Jo Viale, commissaire général de l’ACM. « Il était par ailleurs le concierge de nuit de l’Hôtel de Paris et copain avec mon père. » Un mois plus tard, brassard et laissez-passer lui sont confiés. « J’ai commencé au poste de liaison. Je distribuais les photocopies, des papiers ronéotypés que j’amenais en salle de presse à l’ACM. » En 1969, c’est la bascule au service de contrôle pour prendre les inscriptions. L’ascension ira jusqu’à faire référence au poste de Commissaire général du Grand Prix F1 et du Rallye Monte-Carlo, et exporter son savoir-faire avec un leitmotiv: « Je suis pour la précision à tous les niveaux, que tout soit nickel. »

à l’honneur à Singapour

Les Grands Prix se multipliant en milieu urbain, des émissaires se pressent en Principauté pour s’inspirer du travail des hommes du président Michel Boeri. Ainsi, en 2006, le ministre des Sports de Singapour assiste à une réunion détaillant l’organisation de l’événement, en prévision de l’intégration de son pays au calendrier au championnat du monde 2008. Cette même année, les organisateurs assistent au montage du GP à Monaco et sollicite l’expertise de Christian Tornatore. « Je suis allé à Singapour sur mes vacances, en juillet-août. Et qu’elle n’a pas été ma surprise! À quelques détails près, les structures de protection, les passerelles… tout était exactement identique à Monaco! Ils avaient même reproduit les rails alors qu’ils ne se fabriquaient pas en Asie. [rires] Ils avaient simplement amélioré les escaliers mais c’était une copie conforme. J’ai travaillé avec eux jusqu’au départ de la course et j’ai vu la fin du Grand Prix depuis l’aéroport. » En 2009, c’est en invité d’honneur que Christian Tornatore revient à Singapour. Et une nouvelle surprise l’attend. « Ils ont apposé une plaque à mon nom sur une tribune en remerciement. »

Des anecdotes, Christian Tornatore en trimballe plein sur son porte-bagages. « Je me souviens des Azéris venus en délégation assister à la course. On a les avait placés au poste 1 à Sainte-Dévote, ils sont sortis de la tribune photographes tellement ils ont eu peur. Mais ils sont revenus après. » [rires]

Des souvenirs comme un hommage aux équipes et bénévoles de l’ACM. Toujours en première ligne. « J’ai attendu 25 ans pour aller sous le tunnel et me rendre compte de la performance des commissaires bénévoles et ce qu’ils prennent dans les oreilles. Les boules Quies sortaient presque de leurs oreilles tellement ça vibrait à l’époque des moteurs 3,5 l 10-12 cylindres. On a toujours dit que c’était le purgatoire et je n’y suis jamais retourné. » Et à vélo?

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