Le franc CFA vit-il ses dernières heures ?

Le franc CFA pourrait disparaître de trois pays d’Afrique sahélienne

C’est en tout cas ce qu’a laissé entendre le chef des généraux putschistes nigériens, le général Tiani, lors d’un entretien à la télévision nationale. A la question de savoir si le Niger travaillait à créer sa propre monnaie, il a plutôt évoqué une monnaie commune :

Une devise que partageraient le Mali, le Burkina Faso et donc le Niger parce que, je cite, « la monnaie est une étape de sortie de la colonisation » et « qu’il n’est plus question », je cite toujours, « que nos États soient la vache-à-lait de la France ».

Ces trois pays ont beaucoup en commun : ils luttent ensemble contre le même phénomène djihadiste ; ils ont aussi ensemble – à quelques mois de distance – décidé de se débarrasser de la collaboration française après des coups d’États militaires

Ensemble ils se sont tournés vers la Russie et ont même créé ensemble en septembre une « Alliance des États du Sahel ». Puis, toujours ensemble ont quitté il y a deux semaines la CEDEAO, le bloc régional qui rassemblait jusqu’à leur départ 15 pays d’Afrique de l’Ouest.

Un bloc régional qui les a sanctionnés…

C’est vrai ! La CEDEAO a multiplié les sanctions commerciales et politiques contre ces trois pays. Des sanctions qui ont été en partie levées pour le Mali mais qui enveniment les relations avec les trois capitales.

Aujourd’hui, c’est surtout surtout le Niger qui est le plus durement sanctionné avec un blocus économique lourd, les avoirs de l’État nigérien qui sont bloqués et les banques locales qui ont du mal à se fournir en liquidités, entravant les opérations financières.

Les habitants ressentent ces sanctions au quotidien ?

Au Niger peut-être plus encore qu’ailleurs qu’au Mali ou au Burkina Faso : depuis fin juillet, date du putsch à Niamey, les files d’attente s’allongent aux guichets des banques qui ont restreint les retraits à 50 000 francs CFA par jour, soit environ 75 euros.

S’ajoute à cela le blocus économique qui renchérit tous les prix et le fait que le Nigéria voisin ne fournit plus qu’au compte-goutte l’électricité dont le pays a besoin, entrainant des coupures de courant incessantes. Une situation qui ne cesse de se dégrader.

Et donc pour ces 3 pays, la solution, c’est de sortir du franc CFA ?

On voit bien qu’il y a une part de fuite en avant. Mais pas seulement ! Il y a aussi, de la part du Niger notamment, un pari sur l’avenir proche. A compter de ces jours-ci, Niamey devrait commencer à encaisser les recettes de nouvelles exportations pétrolières.

Un oléoduc long de 2000 kms a été inauguré en novembre et il permet d’exporter 100 000 barils de pétrole par jour. Rapidement, les recettes pourraient représenter la moitié du budget nigérien et redonner des couleurs à l’économie locale.

Mais au-delà de ce pari économique encore incertain, le calcul est avant tout politique : sortir du Franc CFA est très populaire dans la région, où l’on associe cette monnaie à la France et au lien colonial : les trois pays espèrent donc jouer les avant-gardes.

En attendant, aucune décision n’a été prise sinon celle d’envisager de « mettre en place un comité chargé d’approfondir les réflexions sur les questions d’union économique et monétaires »… Ce qui signifie, demain ou après-demain peut-être, éventuellement.


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