Au Cameroun, les projets de dépenses du président du Conseil économique et social font scandale

Ce n’est pas que le Cameroun n’est pas habitué aux scandales de corruption et au train de vie souvent pharaonique de ses dirigeants. La publication des dépenses envisagées par le président du Conseil économique et social (CES) a cependant provoqué une vague d’indignation. Les commentaires, dans les médias et sur les réseaux sociaux, concernant la demande de financement pour l’achat d’un véhicule d’apparat et l’appel d’offres pour la construction de la résidence de Luc Ayang, quatrième personnalité du pays dans l’ordre protocolaire, sont sans concession.

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Les 120 millions de francs CFA (183 000 euros) pour le véhicule et les 2 milliards de francs CFA (plus de 3 millions d’euros) pour la villa sont jugés « faramineux » pour une institution jugée « inutile », voire « fantomatique ». Il faut dire que le CES, créé en 1972 comme une assemblée consultative représentant les principales activités économiques, sociales et culturelles du pays, n’a plus été saisi « depuis 1986, avec l’abandon des plans quinquennaux et la mise en œuvre des plans d’ajustement structurel », rappelle la présidence de la République sur son site Internet.

« Construire une résidence pour une institution inutile… Surtout dans un pays où les hôpitaux ne sont presque pas équipés, où le peuple a de la peine à manger à sa faim et boire à sa soif, s’étrangle Serge, un internaute, sur Facebook. Un pays où le chômage est […] grandissant, ce qui pousse les jeunes à aller mourir dans la Méditerranée parce qu’ils fuient la misère ! »

« Gabegie organisée »

En sommeil, le CES continue cependant de fonctionner, fort d’un budget annuel de près de 2 milliards de francs CFA, avec à sa tête Luc Ayang, inamovible président depuis 1984. Reste que cet ancien premier ministre âgé de 76 ans, aussi discret que l’institution qu’il dirige, demeure un inconnu pour bon nombre de Camerounais. Certains n’ont découvert son existence et celle de sa structure qu’au moment de la lecture des documents d’appel d’offres, qu’il a lui-même signés.

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« Si vous demandez au commun des Camerounais ce que c’est que le CES, il serait difficile, même pour ceux qui sont relativement instruits, de vous dire ce que c’est, pour la simple raison que c’est une institution fantomatique [qui], depuis pratiquement trente ans, n’a pas produit un seul rapport, un seul avis », s’est indigné Richard Makon sur la chaîne privée Canal 2 International. D’après ce spécialiste en droit, enseignant à l’université de Douala, face aux diverses crises que traverse le pays et la « grande gabegie organisée où tout le monde festoie comme dans une foire », les Camerounais ont le droit de s’interroger sur cette institution « totalement inutile ».

Le pays est régulièrement secoué par des scandales de corruption, à tel point qu’un Tribunal criminel spécial a été créé pour instruire spécifiquement les infractions de détournements de deniers publics. Des anciens ministres, comme Polycarpe Abah Abah, ou des secrétaires généraux de la présidence, comme Marafa Hamidou Yaya, sont aujourd’hui emprisonnés, accusés ou condamnés pour des détournements s’élevant à plusieurs milliards de francs CFA, même si les suspicions de règlement de comptes politique demeurent.

Véhicules, immeubles…

Fin janvier, Edgar Alain Mébé Ngo’o, ancien puissant ministre de la défense incarcéré depuis 2019, a été condamné à trente ans de prison pour le détournement de 23 milliards de francs CFA. Pendant son procès, les Camerounais ont pu consulter la liste de ses biens : une trentaine de véhicules et engins lourds, une vingtaine de comptes bancaires, une cinquantaine d’immeubles, des centaines de millions en espèces… Son épouse a également été condamnée à dix ans de prison. Tous deux ont fait appel.

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« La gabegie est devenue un quotidien », s’attriste Remi Tassing, promoteur de Katika, une plateforme qui surveille notamment l’attribution des marchés publics au Cameroun. Depuis 2021, cet ingénieur informatique, membre du collectif d’organisations de la société civile Stand up for Cameroon, écume les sites de l’Agence de régulation des marchés publics, des impôts ou de la Banque mondiale, en quête des appels d’offres, des contrats publics, des déclarations d’impôts…

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En deux ans, il a relevé de nombreuses « incongruités » : des marchés octroyés à des entreprises introuvables, des appels d’offres obtenus par les mêmes sociétés ou par des proches de ceux ayant lancé l’appel, des surfacturations, des volumes « très élevés » d’achats de véhicules… « Il y aurait tout de même une meilleure utilisation à faire des fonds publics, estime Remi Tassing. On n’arrive pas à payer les enseignants et personnels soignants et on bousille 500 millions de francs CFA en achats de véhicules ! »

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