Inculpation de Georges Marsan: une affaire de plus dans une Principauté pourtant en mode commando pour soigner sa réputation

Jeudi 14 décembre 2023, à l’aube, la police judiciaire investit le domicile du maire, Georges Marsan, la mairie de Monaco et son annexe, pour mener des perquisitions à la plus grande stupeur d’une poignée de témoins. Après huit mois d’enquête discrète, le maire et quatre autres supposés complices sont placés en garde à vue, dans le cadre d’une commission rogatoire délivrée par des juges d’instructions monégasques. La nouvelle prend de court jusqu’au plus haut sommet de l’État et mettra de longues heures à traverser la Principauté.

48 heures après le début de sa garde à vue, Georges Marsan ressort de la Sûreté publique inculpé, sous contrôle judiciaire strict et, selon nos informations, aurait échappé d’extrême justesse à la détention. Inédit en Principauté, la situation tourne au silence radio, y compris lors du conseil communal du vendredi 15 décembre où la Première adjointe de Georges Marsan, Camille Svara, siège à sa place sans le moindre commentaire sur les opérations en cours. Le tout dans un contexte déjà lourd à Monaco.

« Nous sommes dans une période de transition »

Deux mois plus tard, Camille Svara occupe toujours l’intérim. Et le 25 janvier, à l’occasion des vœux à la presse du conseil communal, elle se montre optimiste. « Nous sommes dans une période de transition, dans l’attente du retour de Georges Marsan en mairie, qui, quand il reviendra, retrouvera sa place. » Car le maire, présumé innocent, tenterait, via son avocat Me Thomas Brezzo, d’assouplir encore son contrôle judiciaire pour retrouver au plus vite son fauteuil de maire. Sauf à démissionner, rien ne pouvant en l’état le contraindre à abandonner ses fonctions.

En attendant, cette situation n’est pas sans embarrasser une Principauté où une affaire en chasse une autre.

Objet d’un suivi renforcé depuis janvier 2023 du Comité Moneyval, organe permanent du Conseil de l’Europe chargé d’apprécier la conformité aux principales normes internationales en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et contre le financement du terrorisme, l’exécutif monégasque est en mode commando depuis un an pour éviter que le pays ne bascule sur liste grise. Or, difficile d’œuvrer dans la sérénité quand les têtes tombent régulièrement à tous les étages.

L’ultime trahison

La faute aux « Dossiers du Rocher », divulgués dès octobre 2021 par un corbeau sur Internet. Une centaine de documents et mails piratés sur la messagerie de Me Thierry Lacoste, alors avocat du prince Albert II, et laissant entendre que des proches du Souverain profiteraient de leur position pour leurs intérêts.

Un « G4 » composé de Thierry Lacoste, ami d’enfance du Souverain ; Claude Palmero, administrateur des Biens de la famille princière ; Laurent Anselmi, alors haut fonctionnaire du gouvernement princier ; et Didier Linotte, président du Tribunal Suprême de Monaco.

Après les avoir défendus, le prince Albert II les écartera du pouvoir progressivement dès juin 2023, refroidi par des révélations sur la conduite de dossiers majeurs en Principauté, comme le rachat du terrain stratégique de la Crémaillère à Beausoleil, surplombant le Casino de Monte-Carlo.

La riposte de Claude Palmero, comptable de la famille princière pendant 22 ans qui a saisi la Cour européenne des droits de l’Homme après son renvoi du Palais princier, sonnant comme l’ultime trahison pour le Prince.

A lire dès mercredi dans Monaco-Matin : « Les dessous de la Crémaillère »

À partir du mercredi 21 février, Monaco-Matin décryptera l’acquisition récente du terrain stratégique de la Crémaillère à Beausoleil, à la lisière de Monaco.

Un terrain plombé de 250 millions d’euros d’hypothèques et promis aux enchères dont l’administrateur des Biens du Palais princier, Claude Palmero, fera finalement l’acquisition à l’amiable pour le compte de la Principauté, qui a pris possession de ces parcelles stratégiques dès septembre 2022 au travers d’un transfert de parts des sociétés dont Claude Palmero restera étonnamment le gérant longtemps après son éviction du Palais princier.

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