Au Niger, plus de six mois après le coup d’Etat, des Français refoulés à leur arrivée

La brouille diplomatique entre Paris et la junte nigérienne a gagné les aéroports. Depuis fin janvier, la plupart des ressortissants de l’Hexagone ayant tenté de se rendre au Niger avec des documents en règle ont été refoulés lors de leur arrivée à Niamey, selon plusieurs sources diplomatiques françaises et des responsables nigériens. Lundi 19 février, une Franco-Tchadienne s’est vu refuser l’entrée au Niger à sa descente de l’avion, rapporte un salarié de l’aéroport de Niamey. Fin janvier, Jean-Noël Gentile, le responsable du Programme alimentaire mondial (PAM), pourtant titulaire d’un passeport diplomatique des Nations unies, avait connu le même sort.

« Les Français et les binationaux doivent désormais avoir un laissez-passer de la part des autorités pour pouvoir venir chez nous. Sinon, on les renvoie. Ce sont les consignes qu’on nous a données », témoigne la source nigérienne, affirmant avoir assisté au refoulement de six ressortissants français ces dernières semaines.

La junte du général Abdourahamane Tiani, au pouvoir depuis le coup d’Etat perpétré fin juillet contre le président élu, Mohamed Bazoum – toujours détenu avec son épouse –, n’a pas officiellement communiqué sur un quelconque changement de procédure d’entrée. Contacté par Le Monde, un conseiller du gouvernement nigérien reconnaît toutefois que les Français sont bien « refoulés à Niamey, sans être arrêtés ». Les rares qui ont réussi à franchir les portes de l’aéroport ces dernières semaines se sont vu confisquer leur passeport par les autorités, d’après nos informations.

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Samedi 10 février, la route a été barrée à Patrick (son prénom a été changé), un Français résidant depuis plus de dix ans au Niger, titulaire d’un titre de séjour et muni d’un passeport valide, après qu’il a atterri. « L’agent a repéré que j’étais français à la couleur de mon passeport, que je tenais à la main. Il me l’a pris et est parti avec. Quand il est revenu quelques minutes plus tard, il l’a donné au commandant de bord en lui disant : “Ramenez-le d’où il vient.” Je n’ai donc pas pu débarquer et je suis reparti en Europe », raconte-t-il.

Actes « illégaux et xénophobes »

Comme lui, une dizaine de Français avec des visas ou des cartes de séjour en règle, délivrées par les autorités nigériennes, ont ainsi été priés de repartir, confirme une source officielle française, qui fustige des actes « totalement illégaux et xénophobes ». « La France aussi a refoulé des ressortissants nigériens, à qui on a dit que le visa était annulé, sans explications », rétorque le conseiller gouvernemental nigérien. Paris a en effet révoqué une dizaine de visas accordés à des Nigériens jugés hostiles à la France. « On n’allait pas les maintenir pour des gens qui passent leur temps à nous insulter », réagit la source officielle française, qui voit dans les expulsions récentes une manière pour le régime militaire de rendre à la France la monnaie de sa pièce.

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