Antillais, Guyanais et Réunionnais sont français, tout comme les Néo-Calédoniens et les Polynésiens. Toutefois, migrants, ils le furent lorsque plus de 200 000 d’entre eux vinrent en métropole pour trouver du travail, dans les années 1960-1970, et le sont encore aujourd’hui par vagues. Ils arrivent dans des ghettos urbains, expérimentent des discriminations liées à leur couleur de peau… Et découvrent une société bien moins religieuse que leurs petites patries. Cela les rend naturellement proches des autres immigrés, en particulier, des Africains.
La « communauté invisible »
Comme les autres migrants, beaucoup d’ultramarins sont des « petites mains » de la liturgie, de la décoration des églises, du catéchisme, avec une discrétion telle que le poète réunionnais Alain Lorraine les a qualifiés dans les années 1990 de « communauté invisible ».
Beaucoup s’éloignent aussi du catholicisme, ce que l’ancien archevêque de Martinique Michel Méranville reprochait avec franchise aux évêques de métropole. « Nous, on forme nos jeunes aux Antilles et quand ils viennent chez vous, on les perd. Qu’est-ce que vous faites dans vos églises ? », leur aurait-il dit, cité par la sociologue Gwendoline Malogne-Fer dans un artcle de la revue Social Sciences and Missions sur l’Aumônerie nationale des Antilles et de la Guyane en Île-de-France. Vieille de 45 ans, cette structure a été réactivée par David Macaire, archevêque de Fort-de-France, pour offrir aux jeunes Antillais un cadre catholique exigeant, missionnaire et chaleureux.
L’Église en métropole doit aussi gérer les blessures liées à l’esclavage, pratiqué aux Antilles et à La Réunion jusqu’à l’abolition de 1848. « L’esclavage affecte encore l’identité antillaise, jusque dans les rapports hommes-femmes », observe Thierry de Lastic, qui a découvert au cours de son ministère de prêtre le trouble identitaire de ses paroissiens antillais. « Ils ont joué la carte de l’assimilation. Mais les jeunes générations se sentent coincées entre Français blancs et Noirs “de référence” que sont les Africains. »
Associée à la colonisation française, l’Église a été blâmée par l’écrivain martiniquais Aimé Césaire pour avoir délaissé « ceux qu’on domestiqua et christianisa ». Mais la foi catholique est aussi celle qui a animé Toussaint Louverture, architecte de la première république noire indépendante à Haïti, et l’abbé Pierre-Paul Castelli, militant pour l’abolition de l’esclavage en Martinique.
Favoriser la rencontre
Le catholicisme demeure un trait d’union entre maîtres et esclaves d’hier. « Parce qu’elle est composée de métropolitains et d’ultramarins, l’Église peut aider à la réconciliation de la France avec son passé esclavagiste : le Christ nous unit et nous guérit beaucoup plus que les cérémonies républicaines ! », affirme Thierry de Lastic, qui prépare une thèse au Centre Sèvres sur la mémoire antillaise de l’esclavage. « D’un côté, la droite catholique est dans le déni de ce que l’esclavage et la colonisation ont pu susciter pour ces personnes. De l’autre, le descendant d’esclave n’est pas esclave : quand il s’approprie la souffrance de ses ancêtres et s’y complaît, il s’abîme spirituellement. » Il préconise de « favoriser la rencontre, dans un cadre où la souffrance peut déboucher sur le pardon ». Une méthode que le prêtre aimerait étendre aux autres Français issus de l’immigration.
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